guerreaucanada

guerreaucanada

Opération Cobra

Depuis le 21 juillet, le lieutenant-general Simonds travaille sur l'offensive vers l'est, quand Montgomery lui demande de planifier dans l'urgence l'opération Spring. Elle doit pouvoir être lancée au plus tôt, pour contrebalancer l'opération Cobra qui est prévue initialement pour le 20 juillet mais retardée jusqu'au 24 pour cause de mauvais temps.

Simonds prévoit l'opération en trois phases:

La prise de la ligne de front allemande May-Verrières-Tilly, avec la ligne de crête Verrières-Tilly, en première partie de la nuit ; L’ouverture du front par la prise de Fontenay-le-Marmion, Rocquancourt et Garcelles-Secqueville en deuxième partie de la nuit ; En cas de succès, idéalement au lever du jour, l'exploitation par la prise des hauteurs de Cintheaux et de l'éperon de Cramesnil.

Si l'opération aboutit à l'écroulement des forces allemandes et avec l'engagement des régiments de reconnaissance, il envisage des véhicules blindés sur la rivière du Laizon à la tombée du jour et pourquoi pas ensuite Falaise.

En préalable, le Queen's Own Cameron Highlanders of Canada doit s'assurer de Saint-André-sur-Orne et Saint-Martin-de-Fontenay pour dégager la ligne de départ des bataillons qui le suivent.

Le Calgary Highlanders doit prendre May-sur-Orne, suivi par le Black Watch avec Fontenay-le-Marmion pour objectif après s'être assuré l'ouest de la crête. Leurs actions sont appuyées par les chars du squadron B des 1st Hussars.

Le Royal Hamilton Light Infantry prend en charge le village de Verrières en haut de la crête avec l'appui des chars du 1er Royal Tank regiment. Il est suivi par le Royal Regiment of Canada qui a pour objectif Rocquancourt avec l'appui des chars du squadron C des 1st Hussars.

Tilly-la-Campagne est l'objectif assigné au North Nova Scotia Highlanders avec l'appui des chars du squadron B du Fort Garry Horse. Suit le Stormont, Dundas and Glengarry Highlanders avec Garcelles-Secqueville pour objectif.


Artillerie royale au sud de Caen été 1944

Simonds mobilise également l'artillerie de campagne qui doit soutenir à heure précise l'avancée de l'infanterie et éclairer les lieux de combat au fumigène pour permettre l'intervention de l'appui aérien. Cet appui d'artillerie est confié au 3e groupe d'artillerie canadien, aux régiments de campagne des deux divisions canadiennes et au 19e régiment de campagne de l'Artillerie royale canadienne ainsi qu’au 25e régiment de campagne et au 3 e et 8 e groupe de l'Artillerie royale anglaise.

L’appui aérien doit s'attaquer à la forêt à l'est de Garcelles dès le 24 juillet à 21 h 20. Ce bombardement consiste, au moins en partie, de bombes à retardement réglées pour exploser à 6 h 30 le lendemain matin. Un nouveau bombardement doit avoir lieu le matin du 25 à 7 h 30. La Royal Air Force doit faire également de la reconnaissance armée, c'est-à-dire pilonner tout mouvement des forces ennemies, dès que la visibilité est suffisante au-dessus du champ de bataille.

Simonds prévoit le déclenchement de l'opération de nuit par des combats en milieu urbain à 3 h 30. Si la lune est couverte par un ciel nuageux, il prévoit d'éclairer les nuages bas avec des projecteurs anti-aériens pour baigner le champ de bataille dans un faux clair de lune. La préparation (entre autres le dégagement de la ligne de départ) se fait sans discrétion particulière puisque l'objectif stratégique est de fixer le maximum de chars allemands à l'est. L'opération devant avoir lieu quelles que soient les conditions météo.


L’opération Spring commence donc par l’attaque aérienne de 21 h 20 sur la forêt à l'est de Garcelles. Elle est de peu de résultats à cause d'intenses tirs de DCA, à peine un avion sur quatre trouve l’objectif. Au même moment sont lancées les deux opérations préparatoires pour dégager la ligne de départ. Une autre attaque aérienne a lieu à 6 h 12 et à 8 h 30 sur la forêt proche de la Hogue avec 46 Mitchell et 28 Boston. Des incendies et des explosions indiquent que des objectifs sont atteints.


Boston A-20 en opération de bombardement en Normandie

La ferme de Troteval

Une compagnie des Fusiliers Mont-Royal prend d'assaut avec succès la ferme Troteval, soutenue par un feu d'artillerie et de mortiers lourds et appuyée par des chars des Sherbrooke Fusiliers. Mais la prise de Saint-André-sur-Orne et Saint-Martin-de-Fontenay est plus difficile.

La bataille de Saint-André-sur-Orne et Saint-Martin-de-Fontenay

La prise de ces deux villages, positions avancées de la 272e division d'infanterie allemande, est confiée au Queen's Own Cameron Highlanders of Canada, soutenu lui aussi par les chars du Sherbrooke Fusiliers. Le Cameron Highlanders l’ignore encore mais il va se confronter à rude partie. En effet, la présence au sud de Saint-André-sur-Orne, au lieu-dit La Fabrique, d’un puits de mine creusé au centre d'un groupe de bâtiments et communiquant directement avec tout un réseau d'ouvrages souterrains, permet aux troupes allemandes de circuler sans danger d'un secteur à l'autre du front et de réoccuper des positions après en avoir été délogées.


Char Churchill dans le village de Maltot, 26 juillet 1944

À 21 h 20 dans l’obscurité, les Camerons rencontrent toutes les difficultés à dégager la ligne de départ. Ils livrent des combats acharnés et confus parmi les bâtiments de Saint-André-sur-Orne et de Saint-Martin-de-Fontenay. De plus, le 2e SS-Panzerkorps tient la colline 112 et les autres positions élevées de la rive gauche de l’Orne ce qui lui permet de faire feu de flanc et d’arrière sur les deux villages en appui au 272e. Les projecteurs éclairent les nuages qui donnent un semblant de clair de lune au théâtre d'opération. Vers minuit, les Camerons annoncent la prise partielle de Saint-Martin-de-Fontenay et juste dans les temps, à 3 h 30, la prise de Saint-André-sur-Orne. Ils déclarent la ligne dégagée malgré la présence d’une vive résistance favorisée par le réseau souterrain de galeries de la mine de fer.

L'attaque allié


Déroulement de l'attaque des troupes alliées le 25 juillet 1944 Légende : BW : Black Watch of Canada - CH : Calgary Highlanders - CHC : Queen's Own Cameron Highlanders of Canada - FGH : Fort Garry Horse - FMR : Fusiliers Mont-Royal - NNSH : North Nova Scotia Highlanders - RHLI : Royal Hamilton Light Infantry - RRC : Royal Regiment of Canada - SF : Fusiliers de Sherbrooke - 6RB : 1st Hussars DI : Division d'infanterie allemand - PZ : Division blindée allemande.

La bataille de May-sur-Orne

3 h 30, le Calgary Highlanders attaque à partir de Saint-André-sur-Orne avec pour objectif de s'emparer de May-sur-Orne. Il constate immédiatement que la ligne de départ n'est pas complètement dégagée et sa progression est retardée dès le début.


En début de matinée, des éléments du bataillon atteignent les limites nord de May mais ils doivent reculer sur leur ligne de départ devant la contre-attaque de la 272e division d'infanterie du generalleutnant Schack. Le lieutenant-colonel D. G. MacLauchlan, commandant le Calgary Highlanders, est dans l'impossibilité de se faire une idée précise des actions de ses compagnies du fait de mauvaises communications radio, et laisse ses troupes à leurs initiatives.


Fantassin canadien dans May-sur-Orne

Elles repartent en milieu de matinée de l'avant pour s'assurer le village de May, mais une fois de plus la résistance allemande les repousse aux environs de Saint-André, en infligeant au bataillon de lourdes pertes. L'échec du Calgary Highlanders laisse à découvert le flanc droit du Black Watch qui doit opérer en direction de Fontenay-le-Marmion. C'est pourquoi un escadron des 1st Hussars est envoyé en direction de May et, de là, soutenir le Black Watch par des tirs de flanc. Trois groupes de chars entrent dans May avant que le Black Watch atteigne la crête, sans pouvoir lui apporter son appui car les groupes sont violemment attaqués par des canons antichars et des chars Panther. Les chars de trois chefs de groupes étant mis hors combat, les autres chars encore en capacité de combat font repli. Au cours de la journée, tous les officiers de l'escadron sauf un seront portés sur la liste des pertes.

La bataille de Fontenay-le-Marmion

À 3 h 30, le Black Watch prend sa position de départ avancée à Saint-Martin-de-Fontenay. La traversée des lignes du Queen's Own Cameron Highlanders of Canada est particulièrement difficile du fait de la présence d'Allemands. Le Black Watch perd beaucoup de temps à les déloger dans l'obscurité. C'est au cours de l'action que le lieutenant-colonel S. S. T. Cantlie, commandant le Black Watch, est mortellement blessé par une rafale de mitrailleuse. Le commandement revient alors au major (commandant) F. P. Griffin.

Tous ces retards ne permettent pas d'exécuter l'attaque selon l'horaire établi sous le couvert de l'artillerie à heures fixes. Griffin conduit son bataillon à Saint-André-sur-Orne que le Queen's Own Cameron Highlanders of Canada vient de déclarer clair. Il demande un nouveau plan d'appui coordonné avec l'artillerie et les chars et, en attendant, il envoie une reconnaissance à May-sur-Orne. La patrouille pénètre dans le village et déclare au Calgary Highlanders que la position est peu défendue par les Allemands. Plus tard, celui-ci constate lors de son attaque que les Allemands n'ont fait que retenir leur feu.


En attente de la fin du tir d'artillerie pour monter à l’assaut

Ayant déjà subi d'assez lourdes pertes, une compagnie n'est plus commandée que par un sergent. Le Black Watch reçoit à 6 h 47, du Brigadier W. J. Megill à son Q.G., l'ordre d'aller de l'avant. Le major Griffin, lors d'un groupe de commandement, obtient l'appui du 5e régiment de campagne de l'Artillerie royale canadienne et de l'escadron de chars des 1st Hussars (6e régiment blindé), qui seconde le bataillon.


Heinz Harmel

À 9 h 30, le Black Watch part du sud de Saint-Martin, avance en terrain découvert à l'extrémité ouest de la crête, en direction de Fontenay-le-Marmion. Le bataillon est à peine en ordre de marche qu'il affronte déjà un feu intense et précis venant de toutes parts, en provenance de la 2e Panzerdivision du generalleutnant Heinrich Freiherr von Lüttwitz sur la crête de Verrières, de la 272e division d'infanterie aux ordres du generalleutnant Schack du village de May et des positions de la 10e Panzerdivision SS Frundsberg du SS-gruppenführer Heinz Harmel au-delà de l'Orne. Les pertes sont importantes mais le Black Watch continue d'avancer sans fléchir entraîné par le major Griffin. Sur les 325 hommes de tous grades, une soixantaine seulement atteint le plateau qui forme le sommet de la crête. Ils se heurtent là à une position de la 272e d'infanterie bien camouflée, renforcée de chars enterrés de la 503e Panzerdivision. Ils sont cloués au sol par la puissance de feu de l'ennemi.

Griffin est dans l'impossibilité de communiquer avec la 5e brigade d'infanterie, sa jeep radio étant détruite dès le début de l'attaque. Le brigadier Megill, commandant de la brigade, est dans l'incertitude quant au sort de l'unité. L'appui d'artillerie continue par salves, y compris d'obus fumigènes, dans l'espoir de protéger au mieux les hommes. Comme il n'est plus possible de progresser, Griffin ordonne à ses hommes de rebrousser chemin, chacun pour soi. Seuls quinze d'entre eux réussissent à regagner les lignes canadiennes. Quand les Alliés reprennent la position lors de l'opération Totalize, ils retrouvent le corps du major Griffin parmi ceux de ses hommes tombés sur la crête.

La bataille de Verrières


Appui de mortier canadien

À 3 h 30, le Royal Hamilton Light Infantry du lieutenant-colonel J. M. Rockingham prend position à l'ouest de la route de Caen à Falaise avec pour objectif le village de Verrières. À la demande du commandant de bataillon, l'assaut est retardé d'une demi-heure pour lui permettre d'envoyer sa compagnie de réserve contre des chars allemands qui menacent l'extrémité ouest de sa ligne de départ, auparavant déclarée libre par les Fusiliers Mont-Royal.


J. M. Rockingham

À 4 h 10, le bataillon traverse la route de Saint-Martin-de-Fontenay à Hubert-Folie, sans les tirs de barrage de l'artillerie prévus pour 3 h 30. Les compagnies de pointe, en remontant la pente en direction de Verrières, essuient le feu nourri de mitrailleuses de chars de la 2e Panzerdivision du generalleutnant Heinrich Freiherr von Lüttwitz. Quatre de ces chars allemands sont détruits, depuis la ferme Troteval, par des obus de 17 livres d'un détachement du 2e régiment antichars de l'Artillerie royale canadienne. Les compagnies de flanc avancent avec cet appui et celui de l'artillerie de campagne pour seconder la compagnie du Royal Hamilton Light Infantry qui tient le village de Verrières. Ils repoussent une contre-attaque de chars ennemis au moyen de PIAT et, après de rudes combats, le bataillon se déclare maître de Verrières à 7 h 50.


PIAT utilisé par des soldats canadiens

La journée se passe sans action notable quand à 18 h la 9e Panzerdivision SS Hohenstaufen déclenche une puissante contre-attaque contre Verrières, seul objectif atteint et tenu par les troupes canadiennes. Le Royal Hamilton Light Infantry tient héroïquement ses positions avec l'aide des chars et de l'aviation, au prix de 53 nouveaux tués et de nombreux blessés.

La bataille de Rocquancourt

À 9 h le Royal Regiment of Canada du lieutenant-colonel J. E. Ganong traverse à Verrières les lignes du Royal Hamilton Light Infantry et avec les chars de la 7e division blindée poussent vers leur objectif de Rocquancourt. Vers 9 h 30, les troupes canadiennes avancées d'environ 400 mètres au sud de Verrières sont prises sous un feu intense. Les chars britanniques du 1er Royal Tank Régiment sont arrêtés par des canons antichars établis au nord de Rocquancourt. La compagnie C du bataillon canadien signale la présence d'environ 30 chars allemands de la 2e Panzerdivision du generalleutnant Heinrich Freiherr von Lüttwitz enterrés sur la crête entre Fontenay et Rocquancourt et au nord-est de Rocquancourt. Elle s'engage mais est presque anéantie.

La bataille de Tilly-la-Campagne


J. D. Learment

L'objectif de Tilly-la-Campagne est confié, au départ de Bourguébus, au North Nova Scotia Highlanders sous les ordres du major J. D. Learment. Pour affronter la 1er Panzerdivision SS Leibstandarte Adolf Hitler aux ordres du SS-brigadeführer Theodor Wisch, il y lance trois compagnies. Les compagnies B et D avancent à l'est et la compagnie C à l'ouest de la voie ferrée qui relie Bourguébus à Tilly. Une fois l'assaut déclenché, les projecteurs s'allument pour éclairer le théâtre d'opération mais le commandement se plaint qu'ils découpent la silhouette des assaillants qui sont alors pris pour cible d'un feu nourri de mitrailleuses. La compagnie C prend position au nord de Tilly sans trop subir de pertes.


Theodor Wisch

Les compagnies B et D doivent livrer un terrible combat à l'infanterie allemande bien protégée dans un réseau de tranchées. À la compagnie D, le major Matson est tué à la tête de sa section. Les compagnies réussissent à se renforcer dans un verger situé au nord-est du village. Mais une fois dans Tilly, elles n'arrivent pas à en prendre possession. Le second du major Matson, le capitaine Nicholson, qui a pris le commandement, est tué à son tour. La compagnie B rencontre les mêmes difficultés et le major Wilson, blessé, sauve sa vie en tuant deux Allemands. Il parvient plus tard à rejoindre sa ligne de départ. La compagnie C est envoyée à la rescousse, avec mission d'attaquer le village par le flanc ouest. Des chenillettes Bren et plusieurs canons antichars autopropulsés se lancent aussi dans la bataille. Mais ces tentatives se soldent par de lourdes pertes. Alors qu'il explore le terrain avec le major Jefferson, le capitaine McNeil est gravement blessé. Un autre soldat blessé qui tente de rejoindre ses lignes découvre les corps d'une vingtaine d'allemands tués par des tirs amis alors qu'ils tentaient de prendre à revers les troupes canadiennes.


North Nova Scotia Highlanders montant en ligne

Les contacts avec le poste de commandement du bataillon, une fois de plus, sont interrompus. À 5 h 25, le colonel Petch, chef de bataillon, annonce que les compagnies B et D ont atteint leur objectif. Mais à 6 h 14, apprenant l'échec, il demande l'aide de l'escadron de chars du Fort Garry Horse (10e régiment blindé canadien), qui est en réserve pour appuyer le Highland Light Infantry of Canada lors de la phase suivante, l'attaque de Garcelles-Secqueville. L'escadron B du 10e régiment blindé se déploie à l'ouest du village où il se mesure à des chars Panther et des canons antichars de la SS Leibstandarte Adolf Hitler en tentant de couvrir de son feu l'avance de la compagnie C. Mais les blindés pris à partie perdent onze chars.


Regroupement des blindés du Fort Garry Horse

Dans l'après-midi à 16 h 25, le reste du 10e régiment blindé se replie sur Bourguébus, d'où il continue à appuyer l'action de loin. L'infanterie reçoit l'ordre de s'enterrer et d'essayer de revenir à la nuit sur sa base de départ. Seule une centaine d'hommes de tous grades rentre. Au début de la matinée du 26, le commandant de la compagnie A revient avec seulement neuf de ses hommes. Il déclare que des petits groupes tiennent encore le terrain autour du village mais qu'ils ne peuvent pas s'en sortir par leurs propres moyens. Ils doivent faire face à une dizaine de chars et à deux compagnies d'infanterie. Le Stormont, Dundas and Glengarry Highlanders reçoit alors l'ordre de se tenir prêt à passer à l'action pour récupérer les restes du North Nova Scotia. Mais cette unité n'est pas engagée, le commandement reconnaissant l'échec de l'opération, le SS-Brigadeführer Theodor Wisch reste maître de Tilly. Les changements de commandement au sein de la 9e brigade, principalement du North Nova Scotia Highlanders et du Stormont, Dundas and Glengarry Highlanders, montrent que les officiers sont jugés, par le commandement supérieur canadien, responsables de cet échec.

La contre-attaque allemande


Generalfeldmarschall von Kluge

Le matin du 25 juillet à 8 h 45, le generalfeldmarschall von Kluge visite le 1er SS-Panzerkorps  et, informé de la situation, donne l’ordre d’attaquer au nord et de rétablir la HauptKampfLinie (HKL, le front en avant du secteur de combat)

La doctrine de défense allemande utilisée pendant la bataille de Normandie repose sur trois principes forgés pendant les dernières années de la Première Guerre mondiale: directement derrière la HKL, une zone avant légèrement tenue ; ensuite un secteur de défense principal ; enfin en arrière un secteur de réserves prêtes à bloquer toute intrusion ou à contre-attaquer si l'attaquant est bloqué en avant.


Sylvester Stadler

Dans le cadre de cette stratégie, les forces canadiennes ont donc franchi la HKL, ont traversé la première zone et butent maintenant sur le secteur de défense principal. Les Allemands organisent la contre-attaque après avoir pris la mesure des forces alliées. Cette contre-attaque est en fait constituée de trois opérations conduites chacune par une force de réserve dans des conditions défavorables, compte tenu de la suprématie aérienne et de l'efficacité de l'artillerie alliée : la 1er Panzerdivision SS Leibstandarte Adolf Hitler aux ordres du SS-Brigadeführer (général de division SS) Theodor Wisch sur Tilly-la-Campagne et Verrières ; les Kampfgruppen de la 9e Panzerdivision SS Hohenstaufen du SS-Brigadeführer Sylvester Stadler sur Saint-Martin-de-Fontenay et Verrières ; la 2e Panzerdivision du generalleutnant (général de corps d'armée) Heinrich Freiherr von Lüttwitz sur Saint-André-sur-Orne.


Déroulement de la contre-attaque des troupes allemandes le 25 juillet 1944 Légende : BW : Black Watch of Canada - CH : Calgary Highlanders - CHC : Queen's Own Cameron Highlanders of Canada - FGH : Fort Garry Horse - FMR : Fusiliers Mont-Royal - NNSH : North Nova Scotia Highlanders - RDM : Régiment de Maisonneuve - RHLI : Royal Hamilton Light Infantry - RRC : Royal Regiment of Canada - SDGH : Stormont, Dundas and Glengarry Highlanders - SF : Fusiliers de Sherbrooke - 1RT : 1er Royal Tank - 6RB : 1st Hussars DI : Division d'infanterie allemand - PZ : Division blindée allemande.

La contre-attaque de la 1er SS Panzerdivision

Après avoir tenu front et repoussé le North Nova Scotia Highlanders et les Shermans du Fort Garry Horse, la 1er Panzerdivision SS Leibstandarte Adolf Hitler a tenu ses positions-clés, à l’exclusion de Verrières où le Royal Hamilton Light Infantry tient le village depuis le début de la matinée. Mais le contrôle de Tilly-la-Campagne permet à la 1er Panzerdivision de dominer la route de Caen à Falaise et de délivrer son feu sur les troupes canadiennes en possession de Verrières. Elle apporte ensuite son soutien à la contre-attaque menée par la 9e SS Panzerdivision Hohenstaufen sur le village de Verrières.

La contre-attaque de la 9e SS Panzerdivision


Un blindé Panther V utilisé par la 9e Panzerdivision SS Hohenstaufen

La 9e Panzerdivision SS Hohenstaufen organise deux Kampfgruppen de contre-attaque : le Kampfgruppe aux ordres de l’SS-obersturmbannführer Otto Meyer composé de Panthers et de Mark IVs, d’un bataillon de Panzergrenadiers, d’une division du génie utilisée comme infanterie et d’une batterie de canons anti-aériens très efficace contre les chars ;

Le Kampfgruppe commandé par l’SS-obersturmbannführer Emil Zollhöfer composé d’un régiment de Panzergrenadiers, d’une division de Sturmgeschütz et d’une grande partie de l’artillerie de la 9e SS Panzerdivision.

L’objectif de ces deux Kampfgruppen est de contre-attaquer sur Verrières. Les deux attaques sont lancées à 18 h, à l'est de la position par le Kampfgruppe Meyer et à l'ouest par le Kampfgruppe Zollhöfer. Le temps est couvert mais n’empêche pas l’intervention de l’aviation alliée. Huit chars prennent à partie les positions avancées du Royal Hamilton Light Infantry à l'ouest de Verrières. Un combat mortel s'engage, mais l'action d'un escadron du 1er Royal Tanks et douze Typhoons des escadrilles 181 et 182 de la Royal Air Force, entre 18 h 40 et 19 h 40, armés de roquettes, et de l'artillerie qui utilise des obus à fumée rouge pour indiquer les cibles aux avions, sauvent la position. Un de ces obus tombe sur le Q.G. du lieutenant-colonel Rockingham, qui est alors attaqué par des roquettes, en ne faisant heureusement que des blessés.


Otto Meyer

Devant la résistance acharnée des Canadiens, à Verrières mais aussi autour de la Fabrique de Saint-Martin-de-Fontenay, le Kampfgruppe Zollhöfer est détourné à 18 h 40 pour aider la contre-attaque sur les villages de Saint-Martin et Saint-André-sur-Orne qui marque le pas. Le Kampfgruppe Meyer prend alors seul en charge la contre-attaque sur Verrières mais à la tombée de la nuit, le Royal Hamilton Light Infantry demeure maître de Verrières.

La contre-attaque de la 2e Panzerdivision

La contre-attaque sur les deux villages de Saint-Martin-de-Fontenay et Saint-André-sur-Orne, sur la ligne de départ de l’opération Spring pour la 3e DI canadienne et tenus par le Queen's Own Cameron Highlanders of Canada et les chars des Sherbrooke Fusiliers toujours aux prises avec la 272e division d'infanterie, revient au kampfgruppe de la 2e Panzerdivision commandé par le Major Werner Sterz.

Le Kampfgruppe Sterz est composé de son bataillon anti-chars Jagdpanzer IV de la 2e Panzerdivision auquel est joint le 3e régiment de Panzer leichterzug, une compagnie de chars Panther et un bataillon de grenadiers montés sur des transports de troupe semi-blindés. Ce sont ces troupes qui repoussent dans la matinée vers 9 h 45 la deuxième attaque des Calgary Highlanders sur May-sur-Orne. Sterz continue son action en repoussant les Shermans des 1st Hussars en leur infligeant de lourdes pertes. Ensuite, à 13 h 30, avec l’appui feu de la 10e SS Panzerdivision Frundsberg à partir des hauteurs à l’ouest de l’Orne, il lance ses Panthers en direction du nord, obligeant les Canadiens à se retirer sur leurs bases de départ.


Infanterie allemande en action

Avec l’aide du Kampfgruppe Zollhöfer, ils repoussent le Régiment de Maisonneuve, qui est venu en soutien pour ne pas perdre la position au nord des villages, et rétablissent ainsi la HKL.

Il est possible mais pas certain que le kampfgruppe Zollhöfer ait poursuivi son action pour reprendre la colline 67. Ce fait est uniquement accrédité par la mention dans les journaux de guerre du Calgary Highlanders et du Black Watch d’un recul à Fleury-sur-Orne au nord de la colline 67. Cette percée n’est pas confirmée par les journaux des autres bataillons qui tiennent le nord de Saint Martin-de-Fontenay et Saint André-sur-Orne et est peu vraisemblable compte tenu de l'action du régiment de Maisonneuve.

La suite des opérations

À 17 h 30, le lieutenant-general Simonds, commandant du corps d'armée, demande un renforcement des positions. Il est alors décidé de nouvelles attaques sur May-sur-Orne pour stopper la contre-attaque de la 2e Panzerdivision, sur Fontenay-le-Marmion pour aider le Black Watch, sur Rocquancourt et sur Tilly-la-Campagne. Il espère encore un succès de l'opération Spring.


À 18 h, le major-general Foulkes, commandant divisionnaire, entouré de ses brigadiers, étudie l'ordre de bataille de la nuit et du lendemain suite aux nouveaux ordres de Simonds. Le brigadier Young de la 6e brigade déclare qu'à son avis, il est impossible d'envisager d'autres opérations sur ce front aussi longtemps que les Allemands tiennent leurs positions sur les hauteurs à l'ouest de l'Orne. Foulkes, d'accord avec Young, décide d'en conférer avec Simonds. Au QG du corps d'armée, il apprend que Simonds, anticipant sur sa démarche, est parti voir le lieutenant-general Miles Dempsey. Le commandant d'armée se rend à l'avis de Simonds et décide qu'il faut arrêter l'opération Spring et consolider le peu qui avait été gagné, sans engager de nouvelles troupes.


Char américain traversant Coutances après la percée de l'opération Cobra

Dans la soirée, les restes de la 272e division d'infanterie du generalleutnant Schack, qui ont subi les plus lourdes pertes, est relevée par la 9e Panzerdivision SS Hohenstaufen du SS-Brigadeführer Sylvester Stadler sur ordre direct du generalfeldmarschall von Kluge. La 2e Panzerdivision du generalleutnant Heinrich Freiherr von Lüttwitz s'avance en deuxième ligne à la place de la 9e Panzerdivision et se tient prête à contre-attaquer.


Le generalfeldmarschall von Kluge et l'état-major allemand du front Ouest attendent toujours la grande attaque au sud de Caen qui ouvrirait la route de Paris. Le general Bernard Montgomery qui a craint un instant que le faux départ de l'opération Cobra le 24 juillet, causé par le mauvais temps, n'alerte les Allemands ; au contraire cela a renforcé leur croyance en une attaque d'envergure à l'est. Plutôt que de dégarnir cette partie du front, von Kluge préfère faire venir des renforts du Groupe d'armées G cantonnée dans le sud de la France ainsi que de la XVe armée au nord de la Seine.

Ce n'est que le 27 juillet que la réalité de la situation apparaît aux Allemands et ces deux jours de retard ne seront jamais repris. Le 27 au soir, la 3e armée américaine du general Patton, est sur la route de Coutances et le 30 à Avranches. Sur ordres directs d'Hitler, toutes les forces blindées allemandes sont mobilisées pour la contre-attaque Lüttich sur Mortain. Cela dégarnit le front à l'est, permettant enfin la percée de Falaise. Toutes les forces blindées allemandes s'enferrent alors dans la poche de Falaise. La VIIe armée allemande et le 5e groupe Panzer ouest sont anéantis, mettant ainsi fin à la bataille de Normandie et autorisant ainsi la Libération symbolique de Paris.


George Patton

Les pertes humaines

Il est impossible de donner avec précision les pertes subies par les troupes canadiennes comme par les troupes allemandes engagées dans l'opération Spring. Il n'existe que des dénombrements partiels.


Jeunes soldats allemands tués

Il est certain que la journée du 25 juillet 1944 est l'une des plus sanglantes de la Seconde Guerre mondiale pour les troupes canadiennes. Les états officiels s'élèvent à 1 202 pertes dont 362 tués au combat. Mais toutes les pertes de cette journée n'ont pas été comptabilisées sur le 25 juillet. Les Black Watch inscrivent pour le 25 juillet 167 pertes dont 83 tués, mais ils ont 140 autres pertes pour la période du 26 au 28 juillet sans que le bataillon n'ait été engagé ces jours-là. Au total, 5 officiers et 118 hommes de troupe ont trouvé la mort dans ce bataillon pendant l'opération Spring. Le North Nova Scotia Highlanders annonce une perte de 139 hommes (61 tués au combat, 46 blessés et 32 prisonniers) de tous grades pour la journée du 25 juillet et 293 pertes dont 52 tués pour les jours suivants. Le Royal Hamilton Light Infantry, qui tient Verrières en livrant pendant plusieurs jours des combats défensifs, affiche plus de 200 pertes dont 53 tués.


Service funéraire pour enterrer des morts canadiens en Normandie en juillet 1944

 Les états du 26 au 28 juillet font apparaitre, en plus des pertes du 25 juillet, 432 pertes supplémentaires dont 113 tués. Cela fait un total de 1 634 pertes dont 475 tués, mais toutes ces pertes ne sont pas à imputer à l'opération Spring. Elles sont globalement estimées à plus de 1 500 pertes dont environ 450 tués.

Aucun état précis des pertes n'existe pour les troupes allemandes. Le général Zimmermann, qui appartient à l'état-major du commandement ouest, parle de 51 075 pertes entre le 15 juillet et le 7 août. Gregory Liedtke cite une source allemande (un historien de la 9e SS Panzerdivision) qui donne environ 2 000 pertes pour la seule 9e Panzerdivision SS Hohenstaufen les derniers jours de juin et au cours du mois de juillet 1944.


Les soldats canadiens tués pendant l'opération reposent au cimetière canadien de Bretteville-sur-Laize. Les soldats allemands tués lors de la bataille de Normandie sont regroupés et enterrés au cimetière allemand de La Cambe. 



06/07/2013
0 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Ces blogs de Histoire pourraient vous intéresser

Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 4 autres membres