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HISTORIQUE


Opération Si un jour

L'opération Si un jour est une invasion nazie simulée de la ville canadienne de Winnipeg dans le Manitoba et ses alentours le 19 février 1942 lors de la Seconde Guerre mondiale. Elle est organisée par le comité des obligations de guerre du Grand Winnipeg mené par l'influent homme d'affaires J. D. Perrin. L'événement est le plus grand exercice militaire jamais organisé à Winnipeg.

L'opération Si un jour comporte un combat mis en scène entre les troupes canadiennes et des volontaires déguisés en soldats nazis, l'internement des politiciens influents, la mise en place de l'autorité nazie et une parade. Il permet de collecter plus de 3 millions de dollars à Winnipeg. Il est l'objet d'un documentaire en 2006 et apparait dans le film Winnipeg mon amour (My Winnipeg) de Guy Maddin.


Faux Nazis harcelant un livreur de journaux durant le If Day.

L’If Day est conçu pour promouvoir l'achat d'obligations de guerre. Ces obligations, qui sont des prêts faits au gouvernement pour accroitre les dépenses militaires, sont vendues aux citoyens et aux entreprises de tout le Canada. L'organisation de l’If Day est pensée dans le cadre de la seconde campagne pour les obligations qui commence le 16 février 1942 et continue jusqu'au 9 mars. Le Manitoba espère ainsi récolter 45 millions de dollars (620 millions de dollars de 2011), dont 24,5 millions à Winnipeg. Le comité des obligations de guerre du Grand Winnipeg, une branche régionale du National War Finance Committee, organisa le If Day sous la présidence de J. D. Perrin. Les organisateurs pensent alors qu'amener la guerre (ou plutôt une simulation de celle-ci) au cœur de la vie des habitants permettrait de faire évoluer l'attitude de ceux qui ne se sentaient pas concernés par le conflit.

Le comité divise le Manitoba en 45 secteurs représentant une cible d'un million de dollars. L'argent gagné par l'achat des obligations devait permettre de les reprendre aux envahisseurs nazis. La carte est affichée dans le centre-ville et l’If Day est annoncé dans les journaux locaux quelques jours avant mais l’invasion prend de nombreux citoyens par surprise. Pour éviter une panique, les résidents frontaliers du nord du Minnesota sont également avertis car les informations alarmantes de la radio pouvaient y être reçues. Les organisateurs espérent éviter une répétition du canular radiophonique sur La Guerre des Mondes de 1938 lorsque l'annonce d'une invasion extraterrestre terrifia les habitants. Les appareils de l'Aviation royale du Canada peints pour ressembler aux avions allemands survolent la ville le 18 février. Selkirk, une petite ville au nord-est de Winnipeg, organise sa propre simulation avec un black-out d'une heure et un faux bombardement le 18 février en préparation de l'événement principal.

La simulation implique 3 500 membres de l'armée canadienne, représentant toutes les unités de Winnipeg faisant de celle-ci le plus grand exercice militaire organisé à Winnipeg jusque là. Les défenseurs sont commandés par les colonels E. A. Pridham et D. S. McKay. Les soldats sont issus des Royal Winnipeg Rifles, du Queen's Own Cameron Highlanders of Canada, des Winnipeg Grenadiers, de l'infanterie légère de Winnipeg, de la garde des vétérans du Canada (dont 300 vétérans de la Première Guerre mondiale), du 18e régiment blindé du Manitoba et de la réserve militaire de la ville. Les troupes nazies sont des volontaires de la chambre de commerce portant des uniformes loués à Hollywood avec des cicatrices peintes sur le visage. Ils étaient commandés par Erich von Neurenberg mais on ne sait pas s'il s'agissait d'un pseudonyme ou de son vrai nom. Environ 3 000 dollars sont dépensés pour l'organisation.

Les patrouilles nazies commencent dans la ville avant 5 h 30 le 19 février. Un annonceur radio est emprisonné et son micro est réquisitionné à 5 h 45. Les troupes nazies s'organisent à l'ouest de la ville une demi-heure après les premières patrouilles. Les troupes canadiennes sont massées dans la caserne de Fort Osborne et aux armureries de Minto et de Macgregor à 6 h 30 et à 7 h, la sirène annonçant un raid aérien est déclenchée et un blackout est organisé en préparation de l'invasion. Le faux bombardement aérien débute à 7 h. Trois minutes plus tard, les troupes nazies entamment leur attaque simulée de la ville défendue par un petit groupe de réservistes assistés par des organisations civiles locales. Les soldats forment un périmètre défensif autour du centre-ville et des zones industrielles de la ville à environ 5 km de l'hôtel de ville.

Les combats incluent d'importants mouvements de troupes et la destruction simulée des principaux ponts. Neuf formations tiennent trois positions chacune durant la séquence d'invasion très précisément écrite ; elles sont dirigées via un téléphone (une ligne par formation) et des signaux lumineux émis depuis le quartier-général installé à la chambre de commerce. Le schéma défensif est similaire à celui employé à Paris durant la Première Guerre mondiale pour diriger les soldats vers le front. Des blindés légers sont positionnés aux intersections routières et ferroviaires avec l'intensification des combats. Trente véhicules anti-aériens tirent à blanc sur les appareils survolant la ville aidés par les batteries anti-aériennes situées sur les bâtiments du centre-ville. La première fausse perte est rapportée à 8 h. Des stations sanitaires sont installées à des points stratégiques pour traiter les fausses victimes ; elles soignent également les deux vraies victimes de l'événement : un soldat qui s'ést foulé la cheville et une femme qui s'est coupé le pouce en préparant des toasts durant le blackout matinal.

À 9 h 30, les troupes canadiennes capitulent et se rendent au point de rassemblement au centre-ville maintenant occupé. Les faux Nazis commencent une large campagne de harcèlement et envoient des troupes armées dans toute la ville. Un char descend Portage Avenue, l'une des principales rues de la ville. Certaines personnes sont emmenées dans un camp d'internement à Lower Fort Garry ; parmi les prisonniers figurent d'éminents politiciens locaux comme le Premier ministre John Bracken (arrêté avec plusieurs membres de son cabinet lors d'un caucus), le maire John Queen, le lieutenant-gouverneur du Manitoba Roland F. McWilliams et l'ambassadeur norvégien aux États-Unis Wilhelm de Morgenstierne alors en visite dans la région. Un membre du conseil, Dan McClean, s'échappe mais est recapturé après une recherche intensive. Le chef de la police, George Smith, évite la capture car il déjeune à l'extérieur quand les soldats arrivent à son bureau. L'Union Flag de Lower Fort Garry est remplacée par le drapeau nazi. La ville est renommée Himmlerstadt et Main Street devint Hitlerstrasse.


Erich von Neurenberg prend les fonctions de gauleiter (responsable administratif) ; il est assisté par George Waight qui joue le rôle du chef local de la Gestapo. Leur objectif mis en scène est d'aider Hitler dans ses plans pour coloniser la région faiblement peuplée. Von Neurenberg publie le décret suivant qui est affiché dans toute la ville :

Ce territoire fait maintenant partie du Grand Reich et est placé sous la juridiction du colonel Erich Von Neuremburg, Gauleiter du Führer.

Aucun civil n'est autorisé dans les rues entre 21 h 30 et le lever du soleil.

Tous les lieux publics sont interdits aux civils et les rassemblements de plus de huit personnes sont interdits quel que soit l'endroit.

Tous les foyers doivent accueillir cinq soldats.

Toutes les organisations de nature militaire, semi-militaire ou fraternelle sont dès à présent dissoutes et interdites. Les organisations de jeunesse comme les scouts restent autorisés mais sous la direction du Gauleiter et des sections d'assaut.

 Tous les propriétaires de voitures, de camions et de bus doivent s'enregistrer au Quartier-Général où leurs véhicules seront saisis par l'Armée d'Occupation.

Chaque fermier doit immédiatement communiquer tous ses stocks de céréales et son cheptel et aucun produit agricole ne pourra être vendu sans passer par le bureau du Kommandant du ravitaillement de Winnipeg. Il ne pourra rien garder pour sa propre consommation mais devra le racheter à l'Autorité Centrale de Winnipeg.

Tous les symboles nationaux à l'exception de la Swastika doivent être immédiatement détruits.

Chaque habitant recevra une carte de rationnement ; la nourriture et les vêtements ne pourront être achetés que sur présentation de cette carte.

Les délits suivant seront punis de mort sans procès :

Tenter d'organiser les résistances contre l'Armée d'Occupation.

Entrer ou sortir de la province sans autorisation.

 Incapacité à communiquer tous les biens possédés si demandé.

Possession d'armes à feu. Personne n'agira, ne parlera ou ne pensera en contradiction de nos décrets.


Titre du Winnipeg Tribune, 19 février 1942

Des pancartes sont accrochées dans les églises interdisant les services religieux et tous les prêtres qui refusent sont arrêtés. Les bus sont stoppés et leurs passagers fouillés par des soldats armés. Le Winnipeg Tribune est renommé Das Winnipeger Lügenblatt (Le journal mensonger de Winnipeg), une publication nazie avec des articles largement censurés et une première page presque entièrement rédigée en allemand. Un article satirique note qu'il s'agit d'un grand jour pour le Manitoba. Les Nazis comme Der Fürher sont patients, aimables et tolérants mais LEUR PATIENCE COMMENCE À S'ÉPUISER RAPIDEMENT. Henry Weppler, un livreur de journaux du Winnipeg Free Press est attaqué et ses exemplaires déchirés]. Le Winnipeg Free Press fait sa une sur l'invasion et décrit avec beaucoup de détails la dévastation causée par les Nazis à Winnipeg.

Des livres sont brulés en face de la branche Carnegie de la bibliothèque publique de Winnipeg (les livres avaient déjà été sélectionnés pour la destruction car endommagés ou trop vieux). Des soldats entrent dans la cafétéria de la société Great West Life et volent les repas des employés. Ils saisissent les parkas de la gendarmerie royale et les portent toute la journée car les températures sont inférieures à -8 °C. Dans une école élémentaire, le directeur est arrêté et remplacé par un éducateur nazi devant enseigner la Vérité nazie ; des cours spéciaux sont préparés pour les collégiens de toute la ville. Certains magasins et maisons sont pillés par les faux soldats. La monnaie canadienne est remplacée par de faux reichsmarks allemands, la seule monnaie de propagande que le Canada ait créée durant la guerre.


Faux billets allemands ; le revers faisait la publicité des obligations de guerre.

La journée se termine à 17 h 30 avec la cérémonie de libération des prisonniers, une parade et les discours des dignitaires relâchés. Des membres du comité d'organisation et des commerçants locaux défilent le long de Portage Avenue avec des pancartes portant les slogans Cela ne doit PAS arriver ici ! et Achetez des obligations de guerre. Après la parade, un banquet est organisé dans le bâtiment de la Compagnie de la Baie d'Hudson. L'ambassadeur de Morgenstierne parle de ses expériences avec le If Day et la Norvège, avançant que l'occupation imaginaire de Winnipeg était un aperçu authentique du comportement allemand dans l'Europe occupée.

Les villes alentour sont également affectées par l'invasion : Par exemple, à Neepawa, des soldats nazis font face aux habitants dans les rues. Virden est renommé Virdenberg. Une fausse attaque est organisée contre des cibles stratégiques à Brandon. La Société Radio-Canada diffuse un programme intitulé Swastika sur le Canada dans toute la province avec des musiques militaires et des extrais de discours d'Hitler.

Effets

L'opération Si un jour entraine non seulement des ventes d'obligations de guerre dans le Grand Winnipeg bien supérieure à l'objectif mais elle attire également l'attention de toute l'Amérique du Nord sur les moyens innovants utilisés dans la ville. Le magazine Life publie un article illustré sur les activités de l’If Day à Winnipeg et dans les autres villes du Manitoba rédigé par William Shrout. Des journalistes de plusieurs périodiques américains dont Newsweek, The New York Times et The Christian Science Monitor sont également présents pour l'événement ; le caméraman Lucien Roy réalise un film de la journée. Des journaux de pays aussi distants que la Nouvelle-Zélande rapportent l'événement. Environ 40 millions de personnes dans le monde eurent connaissance de l'opération.

La seule journée du 19 février permet de lever 3,2 millions de dollars, le record journalier pour la ville. Winnipeg réalise son quota d'obligations de guerre de 24 millions le 24 février, largement grâce aux effets du If Day. Le total pour la province est de 60 millions, bien au-delà des 45 millions prévus. La campagne permet de récolter environ 2 milliards de dollars à l'échelle nationale et l'opération est considérée comme l'un des événements les plus efficaces de la campagne de collecte de fonds. Les fonctionnaires avaient espéré une hausse significative du nombre de recrues à l'issue de la journée, mais celle-ci ne parvient pas à enrayer le déclin du recrutement : seulement 23 personnes s'engagent au bureau de recrutement de Winnipeg le jour de l'opération, contre 36 par jour en moyenne durant la première moitié du mois de février.

L’If Day est copié par plusieurs autres communautés. Le gouvernement américain contacte le comité d'organisation pour obtenir les détails de l'événement. Une invasion sur une plus petite échelle est organisée à Vancouver et utilise des matériels promotionnels employés à Winnipeg.

En 2006, un documentaire pour la télévision sur le If Day est réalisé par Aaron Floresco. Ce dernier incorpore des films de l'événement ainsi que des interviews avec des historiens et des participants. Le réalisateur Guy Maddin utilise une brève séquence cinématographie de l'événement dans son film Winnipeg mon amour.


24/06/2013
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LA CONSCRIPTION AU CANADA

Crise de la conscription (1944)

La Crise de la conscription de 1944 est une crise politique et militaire survenue au Canada durant la Deuxième Guerre mondiale. Suite à une mauvaise gestion des soldats francophones dans l'armée canadienne, la population francophone s'est activement opposée aux menées du gouvernement canadien pour augmenter les effectifs de l'armée canadienne.

Semblable à la Crise de la conscription de 1917, elle fut moins dommageable politiquement.

Le Canada, avec le reste de l'Empire britannique, déclare la guerre à l'Allemagne le 10 septembre 1939 et envoie une division en Europe, qui ne peut combattre avant que la France ne soit complètement envahie par l'Allemagne. En 1940, le premier ministre King promet de limiter la participation canadienne au conflit. La plupart des Canadiens appuient cette position de King, même s'il devenait de plus en plus évident que la guerre continuerait pour plusieurs années. Le 8 décembre 1941, le Canada suit encore le Royaume-Uni et déclare la guerre à l'Empire du Japon. Les hommes et les femmes s'enrôlent, mais en nombre insuffisant pour remplacer ceux tués en Europe et en Extrême-Orient, particulièrement dans l'infanterie et les forces blindées.

Tout comme pendant la Première Guerre mondiale, les jeunes Canadiens-français qui cherchent l'aventure ou à fuir l'ennui de la vie de ferme, se dirigent vers les quelques régiments traditionnels francophones de l'armée canadienne, comme le Royal 22e Régiment, et plusieurs régiments de réserve qui sont mobilisés pour la guerre. La vie dans les quartiers d'infanterie et l'entraînement se déroulaient en français. Seuls le commandement et les échanges radio étaient en anglais.


Manifestation à Montréal en faveur du non, lors du plébiscite concernant la mobilisation nationale

Dans le reste des forces militaires, toutefois, les unités fonctionnent en anglais à cause de la prédominance de la radio, ainsi que l'instruction technique intense qui se faisait dans des centres d'entraînement exclusivement anglophones.

Le gaspillage de talent des soldats, des marins et des pilotes canadiens-français est démontré par la carrière d'un des officiers francophones du Three Rivers, Jean-Victor Allard. Frustré par l'anglicisation de son unité et la marginalisation des Canadiens-Français (y compris lui-même), il mute vers l'infanterie, où il gravit rapidement les échelons pour commander un bataillon et une brigade pendant la Seconde Guerre mondiale.

Les unités comme le Royal 22e Régiment, les Fusiliers Mont-Royal, le Régiment de la Chaudière et le Régiment de Maisonneuve ont tous des bilans exceptionnels durant la Seconde Guerre mondiale. Pourtant, tout comme pendant la Première Guerre mondiale, la tradition militaire canadienne quelque peu francophobe :

Refuse l'usage du français pour le commandement,

Fait des efforts inadéquats pour placer les recrues francophones dans les unités francophones

Limite l'expansion du secteur francophone de l'armée.

Certains estiment que s'ils avaient été concentrés dans la même brigade (ce que les Canadiens-Français réclamaient et qui existe aujourd'hui dans les Forces armées canadiennes), elle aurait été un sujet de fierté pour le Canada français, encourageant l'effort de guerre et l'appui politique au Québec. Toutefois, les unités sont plutôt distribuées dans les différentes divisions anglophones de l'Armée canadienne outre-mer. Dans son livre The Generals, le Dr Jack Granatstein note que toute tentative de créer une brigade entièrement francophone se serait soldée par un échec suite à une pénurie d'officiers francophones de formation.

La perception d'une culture militaire anti-française fait renaître les souvenirs du mauvais traitement réservé aux soldats canadiens-français pendant la guerre de 1914-1918. Dans l'infanterie du moins, on acceptait depuis le début de la Seconde Guerre mondiale des unités entièrement francophones. Ceci constitue une différence majeure avec la guerre précédente, quand la création du 22e bataillon d'infanterie (canadien-français) a nécessité de grandes manifestations de la part des Canadiens-Français, ainsi qu'une énorme pression politique, afin de venir à bout de la haine que vouait le ministre de la Défense Sam Hughes à cette idée. Cette plus grande acceptation des unités canadiennes-française sous leurs propres chefs, ainsi que l'acceptation de l'usage informel de la langue, a sans doute grandement contribué à diminuer la résistance du Québec envers l'effort de guerre.

En juin 1940, le gouvernement canadien adopte la conscription pour le service au pays par la Loi sur la mobilisation des ressources nationales qui permet au gouvernement d'enrôler hommes et femmes et de les placer dans des emplois considérés comme nécessaires à l'effort de guerre, mais n'autorise pas la conscription pour le service militaire outre-mer.

Après des campagnes en Italie en 1943 et le Débarquement de Normandie en 1944, faute de volontaires, le Canada fait face à une pénurie de troupes. Les ministres canadiens-français de King, et le Québec en général, ne font pas confiance au ministre de la défense James Ralston, et King juge politiquement sensible de le remplacer par le général anti-conscription Andrew McNaughton en novembre 1944. Cependant, ce dernier est incapable de produire un grand nombre de volontaires pour l'infanterie, bien qu'il y ait un grand nombre de volontaires pour la marine et l'aviation. Le cabinet de King menace de démissionner et de faire tomber le gouvernement. King accepte finalement la conscription en novembre.


Rassemblement contre la conscription devant le Château Frontenac, Québec

Lorsqu'en 1943, une brigade est envoyée aux Îles Aléoutiennes, alors occupées par l'Empire du Japon, il y avait des centaines de conscrits dans les rangs (les îles étant techniquement en terre nord-américaine, le déploiement n'était donc pas considéré comme (outre-mer) et des désertions avant l'embarquement sont notées. Toutefois, aucun autre déploiement n'est fait avant 1945, quand 12 908 hommes sont envoyés à l'étranger. La plupart proviennent des conscrits pour le service domestique recrutés sous la Loi sur la mobilisation des ressources nationales, et non dans la population en général. Peu participent aux combats en Europe : seuls 2 463 hommes atteignent les unités en première ligne. De ceux-ci, 79 conscrits perdent la vie. Politiquement, il s'agit d'un pari réussi pour King, qui évite de s'embourber dans une crise politique et demeure au pouvoir jusqu'à sa retraite en 1948.

Les hommes conscrits sous la Loi sur la mobilisation des ressources nationales qui refusent de devenir actifs sont affublés du surnom dérisoire de Zombis, autant au Canada qu'à l'étranger. Farley Mowat raconte, dans ses mémoires de guerre, la haine sauvage qu'il entretenait face à ceux qui portaient l'uniforme, mais refusaient de faire les mêmes sacrifices que lui et ses camarades furent appelés à faire en Italie et dans le nord-ouest de l'Europe.


22/06/2013
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LE CANADA ET LA DEUXIÈME GUERRE MONDIALE

LA CRISE MONDIALE 1931-1939

Dans les années 1930, plusieurs crises internationales menèrent à une guerre mondiale. Adolf Hitler et le Parti nazi accédèrent au pouvoir en Allemagne en 1933 et ne tardèrent pas à établir une dictature sans merci. L’Allemagne s’empara de l’Autriche en 1938 et occupa la Tchécoslovaquie en 1938-1939. L’Italie, une autre dictature, attaqua l’Abyssinie (l’Éthiopie) en 1935 et occupa l’Albanie en 1939. Après avoir envahi la Mandchourie en 1931, le Japon attaqua la Chine en 1937. La Grande-Bretagne et la France apaisèrent ces régimes cruels dans l’espoir d’éviter une autre guerre mondiale – politique qu’approuvaient la plupart des Canadiens.

L’agression militaire nazie conduisit directement à la Deuxième Guerre mondiale. En août 1939, l’Allemagne insista pour que la Pologne lui cède des territoires. Abandonnant finalement leur politique d’apaisement, la Grande-Bretagne et la France promirent d’aider les Polonais et d’arrêter Hitler. Le 1er septembre 1939, l’Allemagne envahit la Pologne et, deux jours plus tard, la Grande-Bretagne et la France déclaraient la guerre à l’Allemagne. La Deuxième Guerre mondiale venait de commencer.


LE CANADA ENTRE EN GUERRE 1939

Le Canada déclare la guerre à l’Allemagne en septembre 1939. La déclaration de guerre de la Grande-Bretagne n’a pas automatiquement engagé le Canada, comme cela avait été le cas en 1914. Mais on n’a jamais vraiment douté de la réponse du Canada : le gouvernement et la population soutenaient unanimement la Grande-Bretagne et la France. Après que le Parlement eut débattu de la question, le Canada déclara la guerre à l’Allemagne le 10 septembre.


Athlone, Roosevelt, Churchill, et King à la conférence de Québec en 1943.

Le Premier ministre William Lyon Mackenzie King promit que seuls des volontaires serviraient outre-mer.

Le Canada n’était pas prêt à se lancer dans la guerre. L’armée régulière de 4500 hommes, augmentée de 51 000 réservistes partiellement entraînés, ne possédait pratiquement aucun équipement moderne. L’aviation disposait de moins de 20 avions de combat modernes, et la marine d’à peine six destroyers la plus petite classe de navires de guerre océaniques. C’était un début modeste.


LE CANADA AU CÔTÉ DE LA GRANDE-BRETAGNE 1939-1942

Le Canada dépêcha le plus tôt possible d’importantes forces militaires en Grande-Bretagne. Les forces armées canadiennes connurent une croissance rapide. Dans le seul mois de septembre 1939, plus de 58 000 Canadiens s’enrôlèrent. En décembre, les premières troupes canadiennes étaient en route pour la Grande-Bretagne. Trois ans plus tard, la Première Armée canadienne formait le cœur de l’engagement canadien de 250 000 hommes outre-mer. Ottawa mit également sa marine à la disposition de la Grande-Bretagne et envoya deux escadrons de chasse dans ce pays avant la fin de 1940. Beaucoup d’autres allaient suivre.

Au début, la situation semblait presque désespérée. En juin 1940, l’Allemagne avait défait la France et occupait la plus grande partie de l’Europe occidentale. L’Italie entra aussi en guerre au côté de l’Allemagne, formant l’alliance de l’(Axe). Ses alliés en Europe défaits, la Grande-Bretagne fut soudain menacée d’invasion. Durant toute une année, jusqu’à ce que l’Allemagne attaque l’Union soviétique en juin 1941, le Canada fut le principal allié subsistant de la Grande-Bretagne dans la lutte contre la tyrannie.


LA BATAILLE DE L’ATLANTIQUE 1939-1945

La stratégie allemande consistait à rompre le cordon de sécurité océanique de la Grande-Bretagne au moyen d’une massive offensive de sous-marins (U-boot). Pour maintenir son effort de guerre, la Grande-Bretagne importait d’énormes quantités d’approvisionnements par voie de mer. Si les Allemands coulaient des navires marchands alliés transportant armes, matières premières et nourriture à un rythme plus élevé que celui de leur remplacement, la Grande-Bretagne perdrait lentement sa capacité de faire la guerre. C’est ce combat qu’on a appelé la bataille de l’Atlantique. Halifax était le principal port de la côte est de l’Amérique du Nord où les navires marchands s’organisaient en convois, des groupes de navires marchands effectuant ensemble la périlleuse traversée de l’Atlantique.

L’Allemagne faillit gagner cette guerre en mer, mais en mai 1943, après avoir subi de graves pertes face aux navires de guerre et avions alliés, les Allemands retirèrent la plupart de leurs U-boot du milieu de l’Atlantique. Tout au long de la guerre, la Marine royale du Canada (MRC), la marine marchande canadienne et l’immense production de l’industrie canadienne s’avérèrent cruciales dans la coûteuse victoire alliée.


LA BATAILLE DE HONG KONG 1941

Les envahisseurs japonais écrasent des soldats canadiens et d’autres nationalités défendant Hong Kong. En novembre 1941, le Canada envoya 1975 soldats pour contribuer à défendre la colonie britannique de Hong Kong. Bien qu’envoyés dans le cadre d’un plan visant à dissuader toute agression japonaise, les Canadiens n’étaient pas complètement équipés et entraînés. Le 7 décembre 1941, le Japon entra en guerre avec une série d’offensives couronnées de succès en Asie et dans le Pacifique. Les Japonais envahirent Hong Kong le 8 décembre et se rendirent maîtres de ses maigres défenses en 17 jours.

Dans leur premier combat terrestre de la guerre, les soldats canadiens se battirent vaillamment dans une lutte brutale et inégale. Les pertes furent lourdes : 290 tués au combat et des centaines de blessés. Les survivants furent tous faits prisonniers. Victimes de malnutrition, de maladie, d’épuisement et de divers sévices, près de 300 autres Canadiens moururent en captivité.


DÉSASTRE À DIEPPE 1942

Le raid canadien sur la ville côtière française de Dieppe fut une catastrophe. À l’été de 1942, l’Union soviétique, qui chancelait sous les coups d’une féroce attaque allemande, cria à l’aide. L’Armée canadienne accepta avec empressement un plan britannique consistant à attaquer les Allemands à Dieppe et à détourner leur attention. À l’aube du 19 août 1942, près de 5000 soldats canadiens appuyés par des commandos britanniques se lancèrent à l’assaut du port et des villages voisins de Puys et Pourville. Le raid fut un désastre : les défenses allemandes étaient en état d’alerte et plus fortes que prévu, et les Canadiens ne disposaient pas du soutien naval et aérien nécessaire.

Les pertes furent pour le Canada les pires subies en un seul jour au cours de cette guerre : 807 morts et 1946 prisonniers. Cent autres Canadiens moururent en captivité, beaucoup de blessures reçues au combat. Seuls 2110 hommes retournèrent en Grande-Bretagne. Certains historiens affirment que les leçons apprises à Dieppe ont contribué au succès des débarquements alliés ultérieurs; d’autres prétendent que le raid ne fut qu’une bourde mal préparée.


LE PLAN D’ENTRAÎNEMENT AÉRIEN DU COMMONWEALTH BRITANNIQUE 1939-1945

Le Plan d’entraînement aérien du Commonwealth britannique (PEACB) fut l’une des plus grandes contributions du Canada à la victoire. Le Canada disposait de grands espaces pour l’entraînement aérien, le temps y était favorable au vol, et le pays se trouvait hors de portée des forces ennemies. Le PEACB, créé par une entente signée en décembre 1939 par le Canada, la Grande-Bretagne, l’Australie et la Nouvelle-Zélande, prévoyait que le Canada entraînerait les aviateurs de ces pays. C’était une entreprise énorme. Ottawa administrait le programme et payait la plupart des coûts, mais la majorité des diplômés, venus plus tard de nombreux pays alliés, servirent dans la Royal Air Force britannique.

À son apogée, le Plan disposait de 231 lieux d’entraînement et avait besoin de plus de 10 000 avions et de 100 000 militaires pour le faire fonctionner. Il formait des pilotes, des navigateurs, des viseurs de lance-bombes, des radiotélégraphistes, des mitrailleurs de bord et des mécaniciens de bord. Plus de la moitié de ses 131 553 diplômés étaient canadiens.


BOMBER COMMAND 1943-1945

Le plus important engagement aérien du Canada outre-mer se fit au sein du Bomber Command britannique. L’offensive de bombardement stratégique allié visait à annihiler la capacité de l’Allemagne de faire la guerre. Par conséquent, la plupart des cibles étaient des villes dotées d’installations militaires et industrielles. La contribution du Canada à cette campagne fut une force d’intervention aérienne extrêmement puissante. Organisée en janvier 1943 sous le nom de No. 6 (R.C.A.F.) Group du Bomber Command, elle en vint à comprendre près de 300 bombardiers quadrimoteurs lourds Lancaster ou Halifax transportant chacun plusieurs tonnes de bombes. Au début, le No. 6 Group subit de lourdes pertes, mais l’amélioration de l’équipement, de l’entraînement et de la tactique corrigea la situation. Environ 9980 aviateurs canadiens furent tués lors des opérations du Bomber Command.

Les historiens ont vivement débattu de la moralité et de l’efficacité du bombardement stratégique.


L’AVIATION ROYALE DU CANADA 1939-1945

L’Aviation royale du Canada a joué un rôle clé dans la victoire alliée. De 1939 à 1945, l’Aviation royale du Canada enrôla 232 000 hommes et 17 000 femmes et organisa 86 escadrons, dont 47 outre-mer. Des Canadiens volèrent dans des bombardiers et des avions de chasse, de reconnaissance et de transport, et effectuèrent d’autres missions à travers le monde. Des dizaines de milliers d’aviateurs canadiens servirent aussi dans la Royal Air Force britannique et des avions de chasse canadiens participèrent à la légendaire bataille d’Angleterre en 1940. Pendant le reste de la guerre, des chasseurs-bombardiers canadiens attaquèrent des secteurs côtiers de l’Europe occupée par les Allemands, tandis que des bombardiers lourds canadiens visaient des cibles situées beaucoup plus loin dans l’intérieur. En outre, des bombardiers de patrouille maritime canadiens basés au Canada, à Terre-Neuve, en Islande et en Grande-Bretagne combattirent des sous-marins allemands. En 1945, l’ARC était devenu la quatrième force aérienne du monde. Plus de 17 000 aviateurs canadiens périrent pendant la guerre.


LE FRONT INTÉRIEUR 1939-1945

L’effort de guerre eut de profondes répercussions sur la vie quotidienne au Canada. La Loi sur les mesures de guerre invoquée en 1939 a permis à Ottawa de prendre toutes les mesures que le gouvernement jugeait nécessaires pour poursuivre la guerre avec succès. Le gouvernement fédéral contrôlait soigneusement la diffusion de l’information et, en 1941, imposa un contrôle strict des prix et des salaires. À partir de 1942, il rationna des biens de consommation tels que la viande, le sucre, le café, l'essence, le caoutchouc, et les tissus.

Des millions de Canadiens, en plus de ceux qui étaient dans l’armée ou travaillaient dans les industries de guerre ou l’agriculture, ont participé à l’effort de guerre total. Ils travaillaient bénévolement au sein d’organisations telles que la Croix-Rouge ou en participant à des campagnes de récupération, recueillant tout ce qu’ils pouvaient trouver, des morcaux de métal au papier journal. Pendant toute cette période, des millions de Canadiens, lisant les rapports officiels des pertes dans les journaux, s’inquiétaient quotidiennement du sort de leurs amis et parents outre-mer.


LA CONSCRIPTION 1939-1945

En 1944, Ottawa imposa une conscription limitée pour le service outre-mer. Lorsque la guerre éclata, les principaux partis politiques fédéraux s’entendirent pour qu’il n’y ait pas de conscription pour le service outre-mer. Après la défaite de la France en juin 1940, le Parlement vota la Loi sur la mobilisation des ressources nationales, qui introduisait la conscription mais seulement pour le service au Canada. En avril 1942, le gouvernement fédéral organisa un référendum national demandant aux Canadiens de le libérer de son engagement de ne pas imposer la conscription si, dans l’avenir, Ottawa jugeait qu’il était nécessaire d'envoyer des conscrits outre-mer. Alors que dans l’ensemble du pays plus de 70 % des Canadiens votèrent oui, les quatre cinquièmes des Québécois votèrent non. Tout comme en 1917-1918, la nation était divisée en camps linguistiques. En novembre 1944, après que les unités d’infanterie de première ligne servant dans le nord-ouest de l’Europe et en Italie eurent subi de lourdes pertes, Ottawa autorisa l’envoi outre-mer de 16 000 conscrits de la défense territoriale. À partir de janvier 1945, 13 000 d’entre eux partirent pour la Grande-Bretagne, mais seulement quelques milliers combattirent en Europe avant la fin de la guerre. La guerre livrée par le Canada outre-mer a été presque entièrement un effort volontaire.


LA CAMPAGNE D’ITALIE 1943-1945

Les forces canadiennes participèrent dès le début à la campagne alliée en Italie. Dans la première opération terrestre soutenue du Canada lors de la guerre, des troupes canadiennes contribuèrent à s’emparer de la Sicile au cours d’une campagne de cinq semaines ayant débuté le 10 juillet 1943. En septembre, les Alliés envahirent la péninsule italienne et, malgré la rapide capitulation de l’Italie, les occupants allemands se battirent pour chaque mètre de terrain montagneux. Les pertes furent lourdes des deux côtés. En décembre, des troupes canadiennes s’emparèrent du port d’Ortona, sur l’Adriatique, à la suite d’une féroce bataille maison par maison.

Au début de 1944, le Canada renforça son engagement en Italie et organisa ses forces pour constituer le Ier Corps canadien. En mai, les Canadiens rompirent les défenses de la ligne Hitler au sud de Rome, et pendant l’été percèrent les fortifications de la ligne gothique, plus au nord. En février 1945, le Ier Corps canadien se déplaça dans le nord-ouest de l’Europe. Plus de 92 000 Canadiens servirent en Italie. Il y eut 26 000 pertes, dont plus de 5300 morts.


LE CANADA LE JOUR J 1944

Le Canada joua un rôle essentiel dans le succès des débarquements alliés en Normandie (jour J). Déterminées à mettre fin à quatre années d’occupation allemande souvent brutale, les forces alliées envahirent l’Europe occidentale le 6 juin 1944, le long d’un front de 80 kilomètres en Normandie, en France. Sur les près de 150 000 soldats alliés débarqués ou parachutés dans la zone d’invasion, 14 000 étaient canadiens. Ils prirent d’assaut une plage portant le nom de code de Juno, tandis que des parachutistes canadiens sautaient juste à l’est des plages de débarquement. Les Alliés se heurtèrent à des défenses allemandes hérissées d’artillerie, de mitrailleuses, de mines et d’objets piégés, mais l’invasion fut couronnée de succès.

D’autres Canadiens jouèrent un rôle dans cette victoire. La Marine royale du Canada fournit 110 navires et 10 000 marins pour soutenir les débarquements, l’ARC ayant pour sa part aidé à préparer l’invasion en bombardant des cibles dans l’intérieur. Le jour J et au cours de la campagne qui suivit, 15 escadrons de chasse et de chasseurs-bombardiers de l’ARC contribuèrent à obtenir la maîtrise du ciel au-dessus de la Normandie et attaquèrent des cibles ennemies. Le jour J, les Canadiens subirent 1074 pertes, dont 359 morts.


 LA CAMPAGNE DE NORMANDIE 1944

 Les Canadiens jouèrent un rôle de premier plan dans la campagne de Normandie, qui fut une meurtrière guerre d’usure. Au cours du premier mois qui suivit les débarquements du jour J, il y eut une impasse au cours de laquelle les Alliés augmentèrent leur sforces en une étroite tête de pont. D’autres formations canadiennes furent lancées dans la lutte et organisées en tant que IIe Corps d’armée au sein de la Première Armée canadienne.

En juillet, des troupes canadiennes contribuèrent à la conquête de Caen. Puis elles participèrent à une série d’offensives difficiles, vers Falaise, ayant pour but de réaliser une jonction avec les forces américaines venues du sud et d’encercler les forces allemandes de Normandie. Le 21 août, ces dernières avaient soit battu en retraite, soit été détruites, prises dans la tenaille canado-britannique et américaine. Au cours de la campagne de Normandie, qui a duré dix semaines, les Canadiens subirent 18 000 pertes, dont 5000 morts.


 LA LIBÉRATION DU NORD-OUEST DE L’EUROPE 1944-1945

En septembre 1944, la Première Armée canadienne se dirigea vers le nord le long de la côte de la Manche, libérant les ports fortement fortifiés de Boulogne et de Calais. Au même moment, les Britanniques, qui avaient désespérément besoin de ses installations portuaires pour être approvisionnés, s’emparaient de la ville belge d’Anvers. Toutefois, les Allemands occupaient les deux rives de l’estuaire de l’Escaut, qui relie Anvers à la mer sur 70 kilomètres. La plus grande partie de ce territoire se trouvait aux Pays-Bas. Au cours d’une campagne d’un mois qui débuta le 6 octobre, les Canadiens combattirent dans des conditions effroyables en terrain découvert et inondé afin de s’emparer des abords d’Anvers. Ils perdirent plus de 6300 hommes tués ou blessés au cours de cette campagne.


LA VICTOIRE 1945

La Première Armée canadienne participa à la dernière offensive alliée contre l’Allemagne. La principale offensive terrestre alliée à partir de l’ouest contre le territoire allemand fut lancée le 8 février 1945. Se frayant un passage à force de combats à travers la Rhénanie, perçant la redoutable ligne Siegfried et pénétrant dans les forêts de Reichswald et de Hochwald, les Canadiens contribuèrent à donner le coup de grâce à la résistance allemande dans ce secteur. Ce ne fut pas facile. Les Canadiens devaient traverser des forêts denses ou avancer sur des terrains fortement détrempés tout en se heurtant à la féroce résistance de l’ennemi.

En avril, les troupes canadiennes libérèrent la plus grande partie des Pays-Bas. Lorsque les forces allemandes sur le front britannique et canadien se rendirent le 5 mai, les Canadiens avaient atteint Oldenburg, dans le nord de l’Allemagne, mais des parachutistes canadiens avaient pénétré encore plus loin à l’est. Les Allemands capitulèrent officiellement le 8 mai 1945, jour connu sous le nom de jour de la Victoire en Europe.


LA GUERRE CONTRE LE JAPON 1941-1945

Le Canada, qui s’était fortement engagé dans la guerre contre l’Allemagne, ne fournit qu’un effort limité dans la guerre du Pacifique. Le Canada répondit au déclenchement de la guerre avec le Japon en renforçant de façon significative ses défenses côtières du Pacifique, en venant à poster plus de 30 000 soldats, 14 escadrons d’aviation et plus de 20 navires de guerre en Colombie-Britannique. Les forces canadiennes collaborèrent également avec les États-Unis à expulser les Japonais des îles Aléoutiennes, au large de l’Alaska.


La compagnie du croiseur NCSM Uganda, août 1945. Photo prise par le lieutenant Gerald M. Moses.

Avant que le Japon ne capitule en août 1945, un croiseur canadien, le NCSM Uganda, avait participé aux opérations navales du Pacifique, deux escadrons de transport de l’Aviation royale du Canada (ARC) avaient transporté des approvisionnements en Inde et en Birmanie, et des spécialistes des communications avaient servi en Australie.


UN DÉPLACEMENT FORCÉ: L'HISTOIRE DES CANADIENS D'ORIGINE JAPONAISE 1942-1947

En 1942, le gouvernement fédéral expulsa les Canadiens d'origine japonaise des zones côtières de la Colombie-Britannique. Les victoires déjà remportées par les Japonais firent craindre, au sein de la population de la Colombie-Britannique, d'autres attaques auxquelles pourraient bien participer des Canadiens d'origine japonaise. La guerre suscita aussi de la haine à leur endroit et donna à des pressions racistes menant à leur expulsion de la côte ouest. Pliant devant la pression populaire, le gouvernement fédéral évacua de force 22 000 d'entre eux vers l'intérieur des terres, dans des campements rudimentaires, des campements routiers et des établissements de culture de betteraves à sucre. Le gouvernement traita ceux qui résistaient ouvertement au déplacement comme des fauteurs de troubles et les envoya dans des camps d'internements militaires à Angler et Petawawa, en Ontario. Autorisés à apporter avec eux quelques-uns de leurs biens, les expulsés virent ensuite le reste de leurs biens confisqués, puis vendus par le gouvernement fédéral.


Camp Angler en Ontario, camp d’internement pour civils canadiens d’origine japonais.

En 1945, le gouvernement canadien offrit deux options plutôt cruelles aux Canadiens et aux Canadiennes d'origine japonaise : la dispersion dans des localités situées à l'est des Rocheuses ou le rapatriement vers le Japon. Menacés par le démembrement de leurs familles, environ 10 000 d'entre eux consentirent à être rapatriés, et ce, malgré des protestations publiques contre le plan du gouvernement. Lorsque le Premier ministre canadien Mackenzie King annulera le projet, en 1947, quelques 4 000 personnes auront déjà été rapatriées; les autres étaient revenus sur leur consentement. Quant à ceux et celles qui étaient demeurés au Canada, peu retournèrent en Colombie-Britannique tandis que la plupart tentèrent de refaire leur vie ailleurs au pays.


LE RETOUR AU FOYER 1945-1946

Après la capitulation des Allemands, les troupes canadiennes furent démobilisées aussi vite que possible. Plus d’un million de Canadiens ont servi à temps plein dans les forces armées pendant la Deuxième Guerre mondiale, environ 731 000 dans l’armée, 106 000 dans la marine et 250 000 dans l’aviation. Ces chiffres incluent près de 50 000 femmes. Ceux qui étaient outre-mer avaient hâte de retrouver les leurs et de reprendre une vie normale. Même si le rapatriement fut parfois d’une lenteur décourageante, particulièrement pour ceux qui avaient passé 5 ans ou plus outre-mer, la plupart étaient de retour au Canada au début de 1946. Ils revenaient avec environ 48 000 épouses de guerre, pour la plupart britanniques, et plus de 22 000 enfants.

Dix-sept mille autres soldats canadiens serivrent dans la force d’occupation alliée en Allemagne. Ils revinrent au Canada au milieu de 1946.


LES COÛTS DE LA GUERRE 1939-1945

Plus de 42 000 Canadiens ont perdu la vie au cours de la Deuxième Guerre mondiale. Le Canada joua un rôle important dans la défaite des puissances de l’Axe. Le prix de la victoire fut élevé : environ 23 000 Canadiens perdirent la vie dans l’armée, 17 000 dans l’aviation, 2000 dans la marine et 1600 dans la marine marchande. Cinquante-quatre mille autres Canadiens ont été blessés et des milliers sont restés mutilés ou psychologiquement meurtris à vie. Plus de 700 Terre-Neuviens sont également morts pendant la guerre.

Les cimetières de guerre canadiens à travers le monde témoignent de leur sacrifice. A l’heure du crépuscule et celle de l’aurore, nous nous souviendrons d’eux. Tous les Canadiens ont à l’égard des enfants de la nation morts à la guerre une dette de reconnaissance.


UNE NATION MÉTAMORPHOSÉE 1939-1945

La Deuxième Guerre mondiale a profondément transformé le Canada. Au cours de la guerre, le Canada vit son industrie se transformer et son économie était en plein essort. De nouvelles technologies et de nouveaux procédés de fabrication permirent de produire d'énormes quantités de matériel militaire. En 1942, on avait atteint le plein emploi alors que des centaines de milliers de Canadiens, hommes et femmes, trouvaient du travail dans les industries de guerre. La situation légale du mouvement syndical s’améliora. Ottawa créa des programmes sociaux importants, notamment l’assurance-chômage (1940) et les allocations familiales (1944). Suite à son énorme contribution militaire au cours de la guerre, le Canada fut également reconnu comme un acteur international important et sûr de lui, poursuivant de plus en plus sa propre voie en politique étrangère. Les expériences vécues au pays et outre-mer pendant la Deuxième Guerre mondiale ont renforcé le sentiment d’identité des Canadiens.


22/06/2013
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LE CANADA EN GUERRE

L'histoire militaire du Canada pendant la Seconde Guerre mondiale a débuté par la déclaration de guerre effectuée contre l'Allemagne le 10 septembre 1939. Les militaires canadiens ont joué un rôle important dans l'effort de guerre des Alliés en étant déployés sur tous les fronts dont l'Italie, l'Europe du Nord, l'Afrique du Nord, Hong Kong et les îles Aléoutiennes. Le Canada a également été très actif dans la défense des routes maritimes de l'Atlantique Nord et la Marine marchande canadienne a complété plus de 25 000 voyages transatlantiques. Les Canadiens ont également été actifs dans le Pacifique pendant la guerre. Ce sont en tout quelque 1,1 million de Canadiens qui ont servi dans l'une des trois forces armées ou avec les forces alliées au cours des six ans que dura la Seconde Guerre mondiale.

Au début de la guerre, l'engagement du Canada en Europe a été limité à une seule division. Le déploiement militaire du Canada demande une organisation de corps lors de l'invasion de l'Italie en 1943, de la Bataille de Normandie en 1944 et de la libération de la Belgique et des Pays-Bas en 1944 et 1945. Plus de 45 000 Canadiens ont perdu la vie et 54 000 autres ont été blessés au cours du conflit.

L'impact de cette guerre sur l'histoire canadienne a été considérable. La crise de la conscription a eu un effet majeur sur l'unité nationale entre les Canadiens francophones et anglophones, même si elle n'a pas été aussi dommageable politiquement que celle de la Première Guerre mondiale. L'effort de guerre a renforcé l'économie canadienne, a conduit à une diversification de la production et a renforcé la reconnaissance nationale auprès de la communauté internationale.


Soldats canadiens en 1944

Les origines du conflit

Le parti nazi d'Adolf Hitler prit le pouvoir en Allemagne en janvier 1933 avec des ambitions expansionnistes. En six ans, Adolf Hitler amena l'Europe au bord de la guerre en plus des dictateurs Benito Mussolini en Italie et Francisco Franco en Espagne. En effet, l'Italie tenta de se constituer un empire colonial en envahissant l'Éthiopie en 1935 alors que l'Allemagne remilitarisa la Rhénanie en mars 1936 et que la guerre civile espagnole éclata en juillet 1936. En 1938 eu lieu l'Anschluss, c'est-à-dire l'annexion de l'Autriche par l'Allemagne.

Pendant ce temps, au Canada, la population se remettait lentement de la Grande Dépression de 1929. L'économie canadienne connaissait des moments difficiles et plus du quart des Canadiens étaient sans emploi. Le conflit opposant les Canadiens anglais et les Canadiens français faisait toujours rage à la suite de la crise de la conscription pour la Première Guerre mondiale. Dans cette optique, William Lyon Mackenzie King, premier ministre du Canada, refusa de préparer la nation à servir dans une autre guerre afin de ne pas alimenter le sentiment isolationniste des Québécois.


William Lyon Mackenzie King premier ministre du Canada.

Ainsi, le Canada ne participa à aucune planification militaire importante avec la Grande-Bretagne et les États-Unis et ne fit aucune déclaration publique quant au soutien canadien à l'effort de guerre à venir. Cependant, le cabinet du premier ministre avait décidé secrètement que le Canada devrait déclarer la guerre à l'Allemagne si la Grande-Bretagne le faisait.

Le moment décisif arriva le 1er septembre 1939 lorsque l'Allemagne envahit la Pologne. Le refus d'Adolf Hitler d'obtempérer à l'ultimatum lancé par la Grande-Bretagne et la France de retirer ses troupes de Pologne força ces deux nations à déclarer la guerre à l'Allemagne le 3 septembre. La déclaration de guerre du Canada fut faite le 10 septembre.


File d'attente pour de la nourriture à la mission de la rue Yonge à Toronto dans les années 1930.

La mobilisation des forces

Ayant souffert de près de vingt années de négligence, les forces armées canadiennes étaient, en 1939, une petite organisation mal équipée et peu entraînée. En effet, durant l'entre-deux-guerres, le gouvernement fédéral voyait les forces armées comme un petit groupe de militaires professionnels dont le rôle était d'entraîner la milice et les autres forces non professionnelles[. En fait, la force permanente de l'armée canadienne était composée de moins de 4 000 soldats en 1931.

L'équipement moderne était rare au sein de l'armée et le budget alloué à la défense par le gouvernement fut extrêmement réduit durant la Grande Dépression. Les tentatives de modernisation de l'équipement avaient commencé à la fin des années 1930, mais l'achat de matériel fut lent. De son côté, la Marine royale canadienne était principalement composée de deux destroyers de classe River, le NCSM Saguenay et le NCSM Skeena, acquis en 1931.


Bien que les deux destroyers fussent modernes, ils ne possédaient pas la technologie moderne comme l'asdic et le radar. À la fin des années 1930, le gouvernement canadien acheta cinq destroyers à la Royal Navy du Royaume-Uni. La marine était organisée en une force professionnelle comprenant environ 1 900 marins à la fin des années 1930 et deux forces auxiliaires : la Réserve de la Marine royale canadienne et la Réserve volontaire de la Marine royale canadienne.

La force aérienne canadienne était sous le commandement de l'armée jusqu'en décembre 1938 et servait principalement des intérêts civils dans les années 1920 et le début des années 1930. Elle était alors composée d'un personnel de moins de 1 000 hommes et ses aéronefs étaient obsolètes. En 1939, le gouvernement acheta vingt Hawker Hurricane I au Royaume-Uni.

Hawker Hurricane I

Néanmoins, les forces armées canadiennes étaient déjà en alerte à la suite de la déclaration de guerre de la Grande-Bretagne et de la France le 3 septembre 1939 avant même que le Canada n'entre officiellement en guerre une semaine plus tard, le 10 septembre. À ce moment, la force permanente comprenait 4 268 hommes et la milice en comprenait 86 308. Aucune réelle planification militaire ni même de décision quant à la taille du contingent canadien n'avaient été faites avant la déclaration. Le recrutement massif commença dès la déclaration et ce furent 58 337 hommes et femmes qui s'engagèrent à servir au cours du mois de septembre 1939.

Les premières campagnes

Entre la chute de la France en juin 1940 et l'invasion allemande par l'URSS en juin 1941, le Canada fournit aux Britanniques les besoins urgents en nourriture, armes et matériel de guerre à l'aide de convois maritimes et le transport aérien, ainsi que les pilotes et les avions qui combattirent lors de la Bataille d'Angleterre et le Blitz. Si l'invasion de la Grande-Bretagne par l'Allemagne avait eu lieu en 1941, les unités connues plus tard comme le 1er Corps canadien aurait déjà été déployé entre la Manche et Londres pour y répondre.


Fusilier canadien

À partir de 1939 jusqu'à la fin de la guerre en Europe en mai 1945, la Marine royale du Canada et la Marine marchande canadienne jouèrent un rôle particulièrement vital dans la seconde bataille de l'Atlantique.

Le Canada fut le lieu principal du plan d'entraînement des aviateurs du Commonwealth britanniqueBritish Commonwealth Air Training Plan (BCAT), qui demeure le principal programme de formation de l'armée de l'air dans l'histoire.

Plus de 167 000 membres du personnel du Commonwealth des forces aériennes, dont plus de 50 000 pilotes, furent formés dans les bases aériennes au Canada de 1940 à 1945. Plus de la moitié des diplômés BCAT étaient des Canadiens qui allèrent servir avec l'Aviation royale du Canada (ARC) et la Royal Air Force (RAF). Un des six commandements des forces de bombardement de l'armée de l'air royale britanniques des unités aériennes en Europe était canadien.


Soldats canadiens en Angleterre armés de Thompson en 1942.

Les soldats de l'Armée Canadienne combattirent dans la Bataille de Hong Kong en 1941 contre les Japonais et au désastreux débarquement de Dieppe de 1942, alors que la 2e Division d'infanterie canadienne appuyée par des commandos britanniques et une petite unité de rangers américains effectuaient une tentative ratée de débarquement dans le port français de Dieppe.

Les troupes canadiennes participèrent à la campagne d'Afrique du Nord. Au début de la guerre, les troupes japonaises avaient envahi l'Alaska. L'Armée de l'air canadienne effectua des patrouilles anti-sous-marines contre les Japonais tandis que sur terre, les troupes canadiennes combattirent côte à côte avec les troupes américaines contre les Japonais. Finalement, les Japonais furent repoussés.

Après la campagne d'Afrique, des soldats canadiens participèrent aux débarquements de 1943 lors de l'invasion alliée de la Sicile et de l'Italie continentale, puis combattirent à travers la longue campagne d'Italie. Bon nombre des premiers soldats alliés à entrer dans Rome étaient des commandos canadiens du 1er Détachement du service spécial.

Les Canadiens apportèrent une forte contribution tout au long de la campagne lors de la prise de la ville d'Ortona et jouèrent un rôle crucial pour briser la Ligne gothique. Au cours de la campagne d'Italie, plus de 25 000 soldats canadiens furent tués.


 
Spitfire LF Mk IX

Les escadrons de l'Aviation royale du Canada et les pilotes canadiens engagés dans la Royal Air Force britannique combattirent avec distinction aux commandes de Spitfire et d’Hurricane au cours de la Bataille d'Angleterre. Au 1er janvier 1943, il y avait assez de bombardiers de l'ARC et d'équipes en Grande-Bretagne pour former le 6e Groupe ARC, un des huit groupes de bombardiers dans la Royal Air Force Bomber Command.


Le débarquement de Dieppe

Le débarquement de Dieppe (opération Jubilee) du 19 août 1942 eut pour mission de faire débarquer une grande force d'assaut combinée de près de 5 000 soldats de la 2e Division d'infanterie canadienne et 1 000 commandos britanniques sur la côte de la France avant l'invasion de la Normandie de juin 1944. En dépit de l'appui aérien de chasseurs et de bombardiers alliés, et d'une flotte de 237 navires et péniches de débarquement, le raid fut un désastre.

Il fournit cependant de précieuses informations à propos de l'absolue nécessité d'une communication étroite entre les unités lors des opérations combinées.

Sur près de 6 000 soldats (composé principalement de Canadiens) qui prirent part au débarquement, plus d'un millier furent tués et 2 340 furent capturés par les Allemands.

En 1939, L. E. Emerson  a été le commissaire de la défense pour Terre-Neuve-et-Labrador. Winston Churchill l'a chargé de coopérer avec le Canada et de se conformer à une invasion amicale. Le roi et la monarchie canadienne conseilla à Mackenzie King d'effectuer cette occupation. En mars 1942, le commissaire Emerson a restructuré les organismes officiels, tels que le Aircraft Detection Corps Newfoundland, et les ont intégrés dans des unités canadiennes, comme le Aircraft Identity Corps.

L'armée britannique a rassemblé deux unités à Terre-Neuve pour le service outre-mer: Le 59e et le 166e Field Artillery (artillerie de campagne). Le 59e servit dans le nord de l'Europe, la 166e servit en Italie et Afrique du Nord. Le régiment de Terre-Neuve a également été rassemblé, mais n'a jamais été déployé à l'étranger. L'escadron no. 125 de la RAF (Terre-Neuve) servit en Angleterre et au Pays de Galles, et a fourni un appui pendant le Jour J : l'escadron a été dissous le 20 novembre 1945.

Plusieurs régiments canadiens ont été envoyés en garnison à Terre-Neuve pendant la Seconde Guerre mondiale : le régiment le plus célèbre fut le Royal Rifles of Canada qui était stationné à Cape Spear, avant d'être expédié vers Hong Kong. En juillet 1941, le Prince Edward Island Highlanders  arrive pour le remplacer. En 1941 et 1942, le Lincoln and Welland Regiment  a été affecté à l'aéroport international de Gander puis à St. John's.

L'Armée canadienne a construit une forteresse en béton à Cape Spear  avec plusieurs pièces lourdes pour dissuader les raids navals allemands. D'autres forts ont été construits surplombant le port de St. John's. L'arsenal et les bunkers ont été positionnés dans les South Side Hills et des grillages anti-torpilles ont été installés à l'embouchure du port. Des canons ont été érigés sur Bell Island  afin de protéger la marine marchande contre les attaques des sous-marins et des canons ont été positionnés à Rigolette pour protéger Goose Bay.

Tous les soldats canadiens affectés à Terre-Neuve de 1939 à 1945 ont reçu une boucle en argent à leur médaille canadienne du volontaire pour le service outre-mer. Parce que le Canada, l'Afrique du Sud, la Nouvelle-Zélande et l'Australie ont tous publié leurs propres médailles pour services volontaires, le gouvernement de Terre-Neuve a frappé sa propre médaille pour services bénévoles en 1978. La Médaille du volontaire de Terre-Neuve a été attribué seulement aux Terre-Neuviens qui ont servi outre-mer dans les forces du Commonwealth, mais n'ont pas reçu de médaille de service bénévole. La médaille est en bronze ; sur son avers est placé une couronne et un caribou ; sur son revers est positionné Britannia et deux lions.

Attaques des eaux canadiennes et du territoire



Les sous-marins de l'Axe ont opéré en eaux canadiennes et à Terre-Neuve pendant la guerre. Ils ont coulé beaucoup d'unités navales et de navires marchands. Deux attaques importantes ont eu lieu en 1942, lorsque des sous-marins allemands ont attaqué quatre transporteurs de minerais alliés à l'île Bell, dans le dominion de Terre-Neuve. Le navire cargo SS Saganaga et le SS Lord Strathcona ont été coulés par le U-513 le 5 septembre 1942, tandis que le SS Rosecastle et le PLM 27 ont été coulés par le U-518 le 2 novembre 1942 avec la perte de 69 vies. Lorsque le sous-marin a tiré une torpille sur le quai de chargement, l'île Bell est devenu le seul endroit en Amérique du Nord à être soumis à une attaque directe par les forces allemandes lors de la Seconde Guerre mondiale. Des U-Boat ont aussi été retrouvés dans le fleuve Saint-Laurent, au cours de la nuit du 14 octobre 1942, le traversier du Newfoundland Railway, le SS Caribou  a été torpillé par le U-69 et fut coulé dans le détroit de Cabot avec la perte de 137 vies.


Kiosque du sous-marin allemand U-190, où l'on peut voir le schnorkel et le pavillon blanc flottant au-dessus du drapeau de la Kriegsmarine. St. John's Terre-Neuve.

L'Esquimalt se fait torpiller par le U-190, qui sombre avec huit membres d'équipage. Il a coulé si rapidement (4 minutes) qu'aucun signal de détresse n'a été envoyé, et personne ne sait rien du naufrage jusqu'à environ huit heures plus tard, lorsque le NCSM Sarnia découvre pour la première fois les survivants. Pendant ce délai, 44 membres d'équipage sont morts de froid, n'en laissant que 26 encore en vie. Il est le dernier navire canadien à être perdu à la suite d'une action de l'ennemi pendant la Deuxième Guerre mondiale.


Karl Dönitz
L'U-190 reçut l'ordre le 8 mai du Führer Karl Dönitz de se rendre. Le sous-marin va alors à la rencontre de corvettes de la Marine royale canadienne à environ 500 milles nautiques au large du Cap Race, à Terre-Neuve, le 11 mai. L'Oberleutnant Reith signe un document de reddition inconditionnelle, et est fait prisonnier avec son équipage. Avec le drapeau blanc volant à son mât, l'U-190 est appareillé, sous le commandement du lieutenant F.S. Burbidge à Bay Bulls, Terre-Neuve, le 14 mai. L'équipage allemand est fait prisonnier de guerre, puis est transféré à Halifax.


Un ballon japonais abattu en 1945, puis regonflé par les Américains en Californie.

La partie continentale canadienne a aussi été attaquée alors que le sous-marin japonais I-26  de l'Empire du Japon a effectué des tirs d'artillerie sur le Phare d’Estevan Point  sur Île de Vancouver le 20 juin 1942. Des ballons bombes ont également été lancés vers le Canada, certains sont arrivés en Colombie-Britannique et les autres provinces de l'ouest.

Exil de la famille royale des Pays-Bas


La famille royale des Pays-Bas a déménagé à Ottawa jusqu'à ce que les Pays-Bas soient libérés. En 1944-45, la 1re Armée canadienne a été chargée de libérer une grande partie des Pays-Bas de l'occupation allemande. La reine Wilhelmine des Pays-Bas, la princesse Juliana des Pays-Bas, la seule descendante et héritière du trône d'alors, et ses deux filles, Beatrix et Irene, ont cherché refuge au Canada durant la guerre. Pendant le séjour de la princesse Juliana au Canada, les préparations ont été effectuées pour la naissance de son troisième enfant. Afin d'assurer la citoyenneté néerlandaise de ce bébé royal, le Parlement canadien a adopté une loi spéciale déclarant la suite de la princesse à l'hôpital d'Ottawa extraterritoriale. Le 19 janvier 1943, la princesse Margaret  est née. Le jour après la naissance, le drapeau néerlandais a été déployé sur la Tour de la Paix. Ce fut le seul moment où un drapeau étranger a été agité au sommet d'édifices du Parlement canadien.

En 1945, le peuple des Pays-Bas a envoyé 100 000 bulbes de tulipes cueillies à la main comme cadeau d'après guerre pour le rôle joué par les soldats canadiens à la libération des Pays-Bas. Ces tulipes ont été plantées sur la colline du Parlement et le long de la promenade Reine-Élizabeth.

La princesse Juliana était si heureuse de l'importance accordée au don qu'en 1946, elle a décidé d'envoyer un don personnel de 20 000 bulbes de tulipes pour montrer sa reconnaissance pour l'hospitalité reçue à Ottawa. Le don fait partie d'un legs permanent. Depuis, les tulipes se sont multipliés à Ottawa comme un symbole de paix, de liberté et d'amitié internationale. Chaque année, la capitale du Canada reçoit 10 000 bulbes de la famille royale néerlandaise.

L’invasion de l’Europe


Capitaine Paul Triquet

La 1re Division d'infanterie canadienne et la 1re Brigade blindée canadienne ont participé au débarquement allié en Sicile lors de l'opération Husky le 10 juillet 1943 et également au débarquement allié en Italie lors de l'opération Avalanche le 3 septembre 1943. La participation canadienne en Sicile et les campagnes de l'Italie ont été rendues possible après que le gouvernement a décidé de diviser la 1re Armée canadienne qui était inactive en Grande-Bretagne. La pression du public qui demande aux troupes canadiennes de commencer la lutte le contraint à bouger avant l'invasion attendue du nord-est de l'Europe. Les soldats ont combattu pendant toute la longue et difficile campagne d'Italie jusqu'au rapatriement au nord-ouest de l'Europe en février et mars 1945, lors de l'opération Goldflake.

À cette époque, la contribution canadienne au théâtre italien avait été agrandie pour inclure le quartier général du 1er Corps canadien, la 1re Division d'infanterie canadienne, la 5e Division blindée canadienne et la 1re Brigade blindée canadienne, ce dernier possédant un statut indépendant. Trois Croix de Victoria ont été attribués aux troupes de l'Armée canadienne en Italie, le capitaine Paul Triquet du Royal 22e Régiment, le soldat Ernest Smith  du Seaforth Highlanders of Canada et le major John Keefer Mahony du Royal Westminster Regiment. Les batailles célèbres en Italie furent notamment la campagne de la rivière Moro, la bataille d'Ortona et les batailles pour briser la Ligne Hitler.


Les Forces canadiennes en Italie avançant de la Ligne Gustave à la Ligne Hitler

Le 6 juin 1944, la 3e Division d'infanterie canadienne débarque sur Juno Beach lors du Débarquement de Normandie, faisant partie de l'opération Overlord, et subira 50 % de pertes pendant les premières heures de l'attaque. À la fin du Jour J, les Canadiens avaient réussi à pénétrer plus profondément dans les terres de la France que les Britanniques et les Américains, en surmontant une résistance plus forte que n'importe laquelle des autres têtes de pont à l'exception d'Omaha Beach. Pendant le premier mois de la campagne de Normandie, les Canadiens, les Britanniques et Polonais ont été combattus par une partie des troupes allemandes les mieux formées et expérimentées, dont la 1re division SS, la 12e division SS et la Panzer Lehr Division.


Plusieurs opérations coûteuses ont été organisées par les Canadiens pour permettre de se frayer un chemin d'accès vers le pivot de la ville de Caen, puis au sud vers Falaise. Les troupes canadiennes ont joué un rôle important dans la libération de Paris. Trois Croix de Victoria ont été offertes aux Canadiens en Europe de l'Ouest : le major David Vivian Currie du South Alberta Regiment a obtenu la Croix de Victoria pour ses actions à Saint-Lambert-sur-Dive, le capitaine Frederick Albert Tilston du Essex Scottish Regiment et le sergent Aubrey Cosens du Queen's Own Rifles of Canada ont été récompensés pour leur service dans les combats de Rhénanie en 1945, ce dernier à titre posthume.


Des véhicules amphibies Buffalo transportant les troupes de la 1re Armée canadienne pendant la bataille de l'Escaut en Belgique en septembre 1944.

L'une des contributions canadiennes les plus importantes a été la bataille de l'Escaut, impliquant le 2e Corps canadien. Le Corps comprend la 2e Division d'infanterie canadienne, la 3e Division d'infanterie canadienne et la 4e Division blindée canadienne. Bien qu'étant une formation canadienne, le corps comprenait la 1re division blindée polonaise, la brigade Piron belge, la brigade Princesse Irène néerlandaise et la 51e Division (Highland) britannique.

Les Britanniques avaient libéré Anvers, mais ce port ne pouvait pas être utilisé jusqu'à ce que les Allemands soient chassés de l'estuaire fortifié de l'Escaut. En quelques semaines d'intenses combats à l'automne 1944, les Canadiens ont réussi à vaincre les Allemands dans cette région. Les Canadiens ont alors tourné vers l'est et ont joué un rôle central dans la libération des Pays-Bas.

Le Canada pendant la guerre

Un des apports majeurs du Canada à l'effort de guerre des Alliés a été le plan d'entraînement aérien du Commonwealth britanniqueBritish Commonwealth Air Training Plan, le plus grand programme de formation de l'armée de l'air de l'histoire. 131 553 membres d'équipage de la Force aérienne, y compris 49 808 pilotes ont été formés dans des bases aériennes au Canada depuis octobre 1940 jusqu'à mars 1945.

Cet effort a créé des difficultés politiques au Canada. Toutefois, la finesse politique de Mackenzie King, combinée avec une sensibilité militaire beaucoup plus grande aux bénévoles du Québec a entraîné une crise de la conscription qui a été mineure comparée à celle de la Première Guerre mondiale. Les volontaires canadiens-français étaient à l'avant et au centre du conflit, dans leurs propres unités, tout au long de la guerre, mis en évidence par les actions de Dieppe (Les Fusiliers Mont-Royal, Royal Regiment du Canada), Italie (Royal 22e Régiment), les plages de Normandie (Régiment de la Chaudière), la poussée en Hollande (Régiment de Maisonneuve), et dans la campagne de bombardement en Allemagne (425e Escadron). 


22/06/2013
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