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BATAILLES


Opération Cobra

Depuis le 21 juillet, le lieutenant-general Simonds travaille sur l'offensive vers l'est, quand Montgomery lui demande de planifier dans l'urgence l'opération Spring. Elle doit pouvoir être lancée au plus tôt, pour contrebalancer l'opération Cobra qui est prévue initialement pour le 20 juillet mais retardée jusqu'au 24 pour cause de mauvais temps.

Simonds prévoit l'opération en trois phases:

La prise de la ligne de front allemande May-Verrières-Tilly, avec la ligne de crête Verrières-Tilly, en première partie de la nuit ; L’ouverture du front par la prise de Fontenay-le-Marmion, Rocquancourt et Garcelles-Secqueville en deuxième partie de la nuit ; En cas de succès, idéalement au lever du jour, l'exploitation par la prise des hauteurs de Cintheaux et de l'éperon de Cramesnil.

Si l'opération aboutit à l'écroulement des forces allemandes et avec l'engagement des régiments de reconnaissance, il envisage des véhicules blindés sur la rivière du Laizon à la tombée du jour et pourquoi pas ensuite Falaise.

En préalable, le Queen's Own Cameron Highlanders of Canada doit s'assurer de Saint-André-sur-Orne et Saint-Martin-de-Fontenay pour dégager la ligne de départ des bataillons qui le suivent.

Le Calgary Highlanders doit prendre May-sur-Orne, suivi par le Black Watch avec Fontenay-le-Marmion pour objectif après s'être assuré l'ouest de la crête. Leurs actions sont appuyées par les chars du squadron B des 1st Hussars.

Le Royal Hamilton Light Infantry prend en charge le village de Verrières en haut de la crête avec l'appui des chars du 1er Royal Tank regiment. Il est suivi par le Royal Regiment of Canada qui a pour objectif Rocquancourt avec l'appui des chars du squadron C des 1st Hussars.

Tilly-la-Campagne est l'objectif assigné au North Nova Scotia Highlanders avec l'appui des chars du squadron B du Fort Garry Horse. Suit le Stormont, Dundas and Glengarry Highlanders avec Garcelles-Secqueville pour objectif.


Artillerie royale au sud de Caen été 1944

Simonds mobilise également l'artillerie de campagne qui doit soutenir à heure précise l'avancée de l'infanterie et éclairer les lieux de combat au fumigène pour permettre l'intervention de l'appui aérien. Cet appui d'artillerie est confié au 3e groupe d'artillerie canadien, aux régiments de campagne des deux divisions canadiennes et au 19e régiment de campagne de l'Artillerie royale canadienne ainsi qu’au 25e régiment de campagne et au 3 e et 8 e groupe de l'Artillerie royale anglaise.

L’appui aérien doit s'attaquer à la forêt à l'est de Garcelles dès le 24 juillet à 21 h 20. Ce bombardement consiste, au moins en partie, de bombes à retardement réglées pour exploser à 6 h 30 le lendemain matin. Un nouveau bombardement doit avoir lieu le matin du 25 à 7 h 30. La Royal Air Force doit faire également de la reconnaissance armée, c'est-à-dire pilonner tout mouvement des forces ennemies, dès que la visibilité est suffisante au-dessus du champ de bataille.

Simonds prévoit le déclenchement de l'opération de nuit par des combats en milieu urbain à 3 h 30. Si la lune est couverte par un ciel nuageux, il prévoit d'éclairer les nuages bas avec des projecteurs anti-aériens pour baigner le champ de bataille dans un faux clair de lune. La préparation (entre autres le dégagement de la ligne de départ) se fait sans discrétion particulière puisque l'objectif stratégique est de fixer le maximum de chars allemands à l'est. L'opération devant avoir lieu quelles que soient les conditions météo.


L’opération Spring commence donc par l’attaque aérienne de 21 h 20 sur la forêt à l'est de Garcelles. Elle est de peu de résultats à cause d'intenses tirs de DCA, à peine un avion sur quatre trouve l’objectif. Au même moment sont lancées les deux opérations préparatoires pour dégager la ligne de départ. Une autre attaque aérienne a lieu à 6 h 12 et à 8 h 30 sur la forêt proche de la Hogue avec 46 Mitchell et 28 Boston. Des incendies et des explosions indiquent que des objectifs sont atteints.


Boston A-20 en opération de bombardement en Normandie

La ferme de Troteval

Une compagnie des Fusiliers Mont-Royal prend d'assaut avec succès la ferme Troteval, soutenue par un feu d'artillerie et de mortiers lourds et appuyée par des chars des Sherbrooke Fusiliers. Mais la prise de Saint-André-sur-Orne et Saint-Martin-de-Fontenay est plus difficile.

La bataille de Saint-André-sur-Orne et Saint-Martin-de-Fontenay

La prise de ces deux villages, positions avancées de la 272e division d'infanterie allemande, est confiée au Queen's Own Cameron Highlanders of Canada, soutenu lui aussi par les chars du Sherbrooke Fusiliers. Le Cameron Highlanders l’ignore encore mais il va se confronter à rude partie. En effet, la présence au sud de Saint-André-sur-Orne, au lieu-dit La Fabrique, d’un puits de mine creusé au centre d'un groupe de bâtiments et communiquant directement avec tout un réseau d'ouvrages souterrains, permet aux troupes allemandes de circuler sans danger d'un secteur à l'autre du front et de réoccuper des positions après en avoir été délogées.


Char Churchill dans le village de Maltot, 26 juillet 1944

À 21 h 20 dans l’obscurité, les Camerons rencontrent toutes les difficultés à dégager la ligne de départ. Ils livrent des combats acharnés et confus parmi les bâtiments de Saint-André-sur-Orne et de Saint-Martin-de-Fontenay. De plus, le 2e SS-Panzerkorps tient la colline 112 et les autres positions élevées de la rive gauche de l’Orne ce qui lui permet de faire feu de flanc et d’arrière sur les deux villages en appui au 272e. Les projecteurs éclairent les nuages qui donnent un semblant de clair de lune au théâtre d'opération. Vers minuit, les Camerons annoncent la prise partielle de Saint-Martin-de-Fontenay et juste dans les temps, à 3 h 30, la prise de Saint-André-sur-Orne. Ils déclarent la ligne dégagée malgré la présence d’une vive résistance favorisée par le réseau souterrain de galeries de la mine de fer.

L'attaque allié


Déroulement de l'attaque des troupes alliées le 25 juillet 1944 Légende : BW : Black Watch of Canada - CH : Calgary Highlanders - CHC : Queen's Own Cameron Highlanders of Canada - FGH : Fort Garry Horse - FMR : Fusiliers Mont-Royal - NNSH : North Nova Scotia Highlanders - RHLI : Royal Hamilton Light Infantry - RRC : Royal Regiment of Canada - SF : Fusiliers de Sherbrooke - 6RB : 1st Hussars DI : Division d'infanterie allemand - PZ : Division blindée allemande.

La bataille de May-sur-Orne

3 h 30, le Calgary Highlanders attaque à partir de Saint-André-sur-Orne avec pour objectif de s'emparer de May-sur-Orne. Il constate immédiatement que la ligne de départ n'est pas complètement dégagée et sa progression est retardée dès le début.


En début de matinée, des éléments du bataillon atteignent les limites nord de May mais ils doivent reculer sur leur ligne de départ devant la contre-attaque de la 272e division d'infanterie du generalleutnant Schack. Le lieutenant-colonel D. G. MacLauchlan, commandant le Calgary Highlanders, est dans l'impossibilité de se faire une idée précise des actions de ses compagnies du fait de mauvaises communications radio, et laisse ses troupes à leurs initiatives.


Fantassin canadien dans May-sur-Orne

Elles repartent en milieu de matinée de l'avant pour s'assurer le village de May, mais une fois de plus la résistance allemande les repousse aux environs de Saint-André, en infligeant au bataillon de lourdes pertes. L'échec du Calgary Highlanders laisse à découvert le flanc droit du Black Watch qui doit opérer en direction de Fontenay-le-Marmion. C'est pourquoi un escadron des 1st Hussars est envoyé en direction de May et, de là, soutenir le Black Watch par des tirs de flanc. Trois groupes de chars entrent dans May avant que le Black Watch atteigne la crête, sans pouvoir lui apporter son appui car les groupes sont violemment attaqués par des canons antichars et des chars Panther. Les chars de trois chefs de groupes étant mis hors combat, les autres chars encore en capacité de combat font repli. Au cours de la journée, tous les officiers de l'escadron sauf un seront portés sur la liste des pertes.

La bataille de Fontenay-le-Marmion

À 3 h 30, le Black Watch prend sa position de départ avancée à Saint-Martin-de-Fontenay. La traversée des lignes du Queen's Own Cameron Highlanders of Canada est particulièrement difficile du fait de la présence d'Allemands. Le Black Watch perd beaucoup de temps à les déloger dans l'obscurité. C'est au cours de l'action que le lieutenant-colonel S. S. T. Cantlie, commandant le Black Watch, est mortellement blessé par une rafale de mitrailleuse. Le commandement revient alors au major (commandant) F. P. Griffin.

Tous ces retards ne permettent pas d'exécuter l'attaque selon l'horaire établi sous le couvert de l'artillerie à heures fixes. Griffin conduit son bataillon à Saint-André-sur-Orne que le Queen's Own Cameron Highlanders of Canada vient de déclarer clair. Il demande un nouveau plan d'appui coordonné avec l'artillerie et les chars et, en attendant, il envoie une reconnaissance à May-sur-Orne. La patrouille pénètre dans le village et déclare au Calgary Highlanders que la position est peu défendue par les Allemands. Plus tard, celui-ci constate lors de son attaque que les Allemands n'ont fait que retenir leur feu.


En attente de la fin du tir d'artillerie pour monter à l’assaut

Ayant déjà subi d'assez lourdes pertes, une compagnie n'est plus commandée que par un sergent. Le Black Watch reçoit à 6 h 47, du Brigadier W. J. Megill à son Q.G., l'ordre d'aller de l'avant. Le major Griffin, lors d'un groupe de commandement, obtient l'appui du 5e régiment de campagne de l'Artillerie royale canadienne et de l'escadron de chars des 1st Hussars (6e régiment blindé), qui seconde le bataillon.


Heinz Harmel

À 9 h 30, le Black Watch part du sud de Saint-Martin, avance en terrain découvert à l'extrémité ouest de la crête, en direction de Fontenay-le-Marmion. Le bataillon est à peine en ordre de marche qu'il affronte déjà un feu intense et précis venant de toutes parts, en provenance de la 2e Panzerdivision du generalleutnant Heinrich Freiherr von Lüttwitz sur la crête de Verrières, de la 272e division d'infanterie aux ordres du generalleutnant Schack du village de May et des positions de la 10e Panzerdivision SS Frundsberg du SS-gruppenführer Heinz Harmel au-delà de l'Orne. Les pertes sont importantes mais le Black Watch continue d'avancer sans fléchir entraîné par le major Griffin. Sur les 325 hommes de tous grades, une soixantaine seulement atteint le plateau qui forme le sommet de la crête. Ils se heurtent là à une position de la 272e d'infanterie bien camouflée, renforcée de chars enterrés de la 503e Panzerdivision. Ils sont cloués au sol par la puissance de feu de l'ennemi.

Griffin est dans l'impossibilité de communiquer avec la 5e brigade d'infanterie, sa jeep radio étant détruite dès le début de l'attaque. Le brigadier Megill, commandant de la brigade, est dans l'incertitude quant au sort de l'unité. L'appui d'artillerie continue par salves, y compris d'obus fumigènes, dans l'espoir de protéger au mieux les hommes. Comme il n'est plus possible de progresser, Griffin ordonne à ses hommes de rebrousser chemin, chacun pour soi. Seuls quinze d'entre eux réussissent à regagner les lignes canadiennes. Quand les Alliés reprennent la position lors de l'opération Totalize, ils retrouvent le corps du major Griffin parmi ceux de ses hommes tombés sur la crête.

La bataille de Verrières


Appui de mortier canadien

À 3 h 30, le Royal Hamilton Light Infantry du lieutenant-colonel J. M. Rockingham prend position à l'ouest de la route de Caen à Falaise avec pour objectif le village de Verrières. À la demande du commandant de bataillon, l'assaut est retardé d'une demi-heure pour lui permettre d'envoyer sa compagnie de réserve contre des chars allemands qui menacent l'extrémité ouest de sa ligne de départ, auparavant déclarée libre par les Fusiliers Mont-Royal.


J. M. Rockingham

À 4 h 10, le bataillon traverse la route de Saint-Martin-de-Fontenay à Hubert-Folie, sans les tirs de barrage de l'artillerie prévus pour 3 h 30. Les compagnies de pointe, en remontant la pente en direction de Verrières, essuient le feu nourri de mitrailleuses de chars de la 2e Panzerdivision du generalleutnant Heinrich Freiherr von Lüttwitz. Quatre de ces chars allemands sont détruits, depuis la ferme Troteval, par des obus de 17 livres d'un détachement du 2e régiment antichars de l'Artillerie royale canadienne. Les compagnies de flanc avancent avec cet appui et celui de l'artillerie de campagne pour seconder la compagnie du Royal Hamilton Light Infantry qui tient le village de Verrières. Ils repoussent une contre-attaque de chars ennemis au moyen de PIAT et, après de rudes combats, le bataillon se déclare maître de Verrières à 7 h 50.


PIAT utilisé par des soldats canadiens

La journée se passe sans action notable quand à 18 h la 9e Panzerdivision SS Hohenstaufen déclenche une puissante contre-attaque contre Verrières, seul objectif atteint et tenu par les troupes canadiennes. Le Royal Hamilton Light Infantry tient héroïquement ses positions avec l'aide des chars et de l'aviation, au prix de 53 nouveaux tués et de nombreux blessés.

La bataille de Rocquancourt

À 9 h le Royal Regiment of Canada du lieutenant-colonel J. E. Ganong traverse à Verrières les lignes du Royal Hamilton Light Infantry et avec les chars de la 7e division blindée poussent vers leur objectif de Rocquancourt. Vers 9 h 30, les troupes canadiennes avancées d'environ 400 mètres au sud de Verrières sont prises sous un feu intense. Les chars britanniques du 1er Royal Tank Régiment sont arrêtés par des canons antichars établis au nord de Rocquancourt. La compagnie C du bataillon canadien signale la présence d'environ 30 chars allemands de la 2e Panzerdivision du generalleutnant Heinrich Freiherr von Lüttwitz enterrés sur la crête entre Fontenay et Rocquancourt et au nord-est de Rocquancourt. Elle s'engage mais est presque anéantie.

La bataille de Tilly-la-Campagne


J. D. Learment

L'objectif de Tilly-la-Campagne est confié, au départ de Bourguébus, au North Nova Scotia Highlanders sous les ordres du major J. D. Learment. Pour affronter la 1er Panzerdivision SS Leibstandarte Adolf Hitler aux ordres du SS-brigadeführer Theodor Wisch, il y lance trois compagnies. Les compagnies B et D avancent à l'est et la compagnie C à l'ouest de la voie ferrée qui relie Bourguébus à Tilly. Une fois l'assaut déclenché, les projecteurs s'allument pour éclairer le théâtre d'opération mais le commandement se plaint qu'ils découpent la silhouette des assaillants qui sont alors pris pour cible d'un feu nourri de mitrailleuses. La compagnie C prend position au nord de Tilly sans trop subir de pertes.


Theodor Wisch

Les compagnies B et D doivent livrer un terrible combat à l'infanterie allemande bien protégée dans un réseau de tranchées. À la compagnie D, le major Matson est tué à la tête de sa section. Les compagnies réussissent à se renforcer dans un verger situé au nord-est du village. Mais une fois dans Tilly, elles n'arrivent pas à en prendre possession. Le second du major Matson, le capitaine Nicholson, qui a pris le commandement, est tué à son tour. La compagnie B rencontre les mêmes difficultés et le major Wilson, blessé, sauve sa vie en tuant deux Allemands. Il parvient plus tard à rejoindre sa ligne de départ. La compagnie C est envoyée à la rescousse, avec mission d'attaquer le village par le flanc ouest. Des chenillettes Bren et plusieurs canons antichars autopropulsés se lancent aussi dans la bataille. Mais ces tentatives se soldent par de lourdes pertes. Alors qu'il explore le terrain avec le major Jefferson, le capitaine McNeil est gravement blessé. Un autre soldat blessé qui tente de rejoindre ses lignes découvre les corps d'une vingtaine d'allemands tués par des tirs amis alors qu'ils tentaient de prendre à revers les troupes canadiennes.


North Nova Scotia Highlanders montant en ligne

Les contacts avec le poste de commandement du bataillon, une fois de plus, sont interrompus. À 5 h 25, le colonel Petch, chef de bataillon, annonce que les compagnies B et D ont atteint leur objectif. Mais à 6 h 14, apprenant l'échec, il demande l'aide de l'escadron de chars du Fort Garry Horse (10e régiment blindé canadien), qui est en réserve pour appuyer le Highland Light Infantry of Canada lors de la phase suivante, l'attaque de Garcelles-Secqueville. L'escadron B du 10e régiment blindé se déploie à l'ouest du village où il se mesure à des chars Panther et des canons antichars de la SS Leibstandarte Adolf Hitler en tentant de couvrir de son feu l'avance de la compagnie C. Mais les blindés pris à partie perdent onze chars.


Regroupement des blindés du Fort Garry Horse

Dans l'après-midi à 16 h 25, le reste du 10e régiment blindé se replie sur Bourguébus, d'où il continue à appuyer l'action de loin. L'infanterie reçoit l'ordre de s'enterrer et d'essayer de revenir à la nuit sur sa base de départ. Seule une centaine d'hommes de tous grades rentre. Au début de la matinée du 26, le commandant de la compagnie A revient avec seulement neuf de ses hommes. Il déclare que des petits groupes tiennent encore le terrain autour du village mais qu'ils ne peuvent pas s'en sortir par leurs propres moyens. Ils doivent faire face à une dizaine de chars et à deux compagnies d'infanterie. Le Stormont, Dundas and Glengarry Highlanders reçoit alors l'ordre de se tenir prêt à passer à l'action pour récupérer les restes du North Nova Scotia. Mais cette unité n'est pas engagée, le commandement reconnaissant l'échec de l'opération, le SS-Brigadeführer Theodor Wisch reste maître de Tilly. Les changements de commandement au sein de la 9e brigade, principalement du North Nova Scotia Highlanders et du Stormont, Dundas and Glengarry Highlanders, montrent que les officiers sont jugés, par le commandement supérieur canadien, responsables de cet échec.

La contre-attaque allemande


Generalfeldmarschall von Kluge

Le matin du 25 juillet à 8 h 45, le generalfeldmarschall von Kluge visite le 1er SS-Panzerkorps  et, informé de la situation, donne l’ordre d’attaquer au nord et de rétablir la HauptKampfLinie (HKL, le front en avant du secteur de combat)

La doctrine de défense allemande utilisée pendant la bataille de Normandie repose sur trois principes forgés pendant les dernières années de la Première Guerre mondiale: directement derrière la HKL, une zone avant légèrement tenue ; ensuite un secteur de défense principal ; enfin en arrière un secteur de réserves prêtes à bloquer toute intrusion ou à contre-attaquer si l'attaquant est bloqué en avant.


Sylvester Stadler

Dans le cadre de cette stratégie, les forces canadiennes ont donc franchi la HKL, ont traversé la première zone et butent maintenant sur le secteur de défense principal. Les Allemands organisent la contre-attaque après avoir pris la mesure des forces alliées. Cette contre-attaque est en fait constituée de trois opérations conduites chacune par une force de réserve dans des conditions défavorables, compte tenu de la suprématie aérienne et de l'efficacité de l'artillerie alliée : la 1er Panzerdivision SS Leibstandarte Adolf Hitler aux ordres du SS-Brigadeführer (général de division SS) Theodor Wisch sur Tilly-la-Campagne et Verrières ; les Kampfgruppen de la 9e Panzerdivision SS Hohenstaufen du SS-Brigadeführer Sylvester Stadler sur Saint-Martin-de-Fontenay et Verrières ; la 2e Panzerdivision du generalleutnant (général de corps d'armée) Heinrich Freiherr von Lüttwitz sur Saint-André-sur-Orne.


Déroulement de la contre-attaque des troupes allemandes le 25 juillet 1944 Légende : BW : Black Watch of Canada - CH : Calgary Highlanders - CHC : Queen's Own Cameron Highlanders of Canada - FGH : Fort Garry Horse - FMR : Fusiliers Mont-Royal - NNSH : North Nova Scotia Highlanders - RDM : Régiment de Maisonneuve - RHLI : Royal Hamilton Light Infantry - RRC : Royal Regiment of Canada - SDGH : Stormont, Dundas and Glengarry Highlanders - SF : Fusiliers de Sherbrooke - 1RT : 1er Royal Tank - 6RB : 1st Hussars DI : Division d'infanterie allemand - PZ : Division blindée allemande.

La contre-attaque de la 1er SS Panzerdivision

Après avoir tenu front et repoussé le North Nova Scotia Highlanders et les Shermans du Fort Garry Horse, la 1er Panzerdivision SS Leibstandarte Adolf Hitler a tenu ses positions-clés, à l’exclusion de Verrières où le Royal Hamilton Light Infantry tient le village depuis le début de la matinée. Mais le contrôle de Tilly-la-Campagne permet à la 1er Panzerdivision de dominer la route de Caen à Falaise et de délivrer son feu sur les troupes canadiennes en possession de Verrières. Elle apporte ensuite son soutien à la contre-attaque menée par la 9e SS Panzerdivision Hohenstaufen sur le village de Verrières.

La contre-attaque de la 9e SS Panzerdivision


Un blindé Panther V utilisé par la 9e Panzerdivision SS Hohenstaufen

La 9e Panzerdivision SS Hohenstaufen organise deux Kampfgruppen de contre-attaque : le Kampfgruppe aux ordres de l’SS-obersturmbannführer Otto Meyer composé de Panthers et de Mark IVs, d’un bataillon de Panzergrenadiers, d’une division du génie utilisée comme infanterie et d’une batterie de canons anti-aériens très efficace contre les chars ;

Le Kampfgruppe commandé par l’SS-obersturmbannführer Emil Zollhöfer composé d’un régiment de Panzergrenadiers, d’une division de Sturmgeschütz et d’une grande partie de l’artillerie de la 9e SS Panzerdivision.

L’objectif de ces deux Kampfgruppen est de contre-attaquer sur Verrières. Les deux attaques sont lancées à 18 h, à l'est de la position par le Kampfgruppe Meyer et à l'ouest par le Kampfgruppe Zollhöfer. Le temps est couvert mais n’empêche pas l’intervention de l’aviation alliée. Huit chars prennent à partie les positions avancées du Royal Hamilton Light Infantry à l'ouest de Verrières. Un combat mortel s'engage, mais l'action d'un escadron du 1er Royal Tanks et douze Typhoons des escadrilles 181 et 182 de la Royal Air Force, entre 18 h 40 et 19 h 40, armés de roquettes, et de l'artillerie qui utilise des obus à fumée rouge pour indiquer les cibles aux avions, sauvent la position. Un de ces obus tombe sur le Q.G. du lieutenant-colonel Rockingham, qui est alors attaqué par des roquettes, en ne faisant heureusement que des blessés.


Otto Meyer

Devant la résistance acharnée des Canadiens, à Verrières mais aussi autour de la Fabrique de Saint-Martin-de-Fontenay, le Kampfgruppe Zollhöfer est détourné à 18 h 40 pour aider la contre-attaque sur les villages de Saint-Martin et Saint-André-sur-Orne qui marque le pas. Le Kampfgruppe Meyer prend alors seul en charge la contre-attaque sur Verrières mais à la tombée de la nuit, le Royal Hamilton Light Infantry demeure maître de Verrières.

La contre-attaque de la 2e Panzerdivision

La contre-attaque sur les deux villages de Saint-Martin-de-Fontenay et Saint-André-sur-Orne, sur la ligne de départ de l’opération Spring pour la 3e DI canadienne et tenus par le Queen's Own Cameron Highlanders of Canada et les chars des Sherbrooke Fusiliers toujours aux prises avec la 272e division d'infanterie, revient au kampfgruppe de la 2e Panzerdivision commandé par le Major Werner Sterz.

Le Kampfgruppe Sterz est composé de son bataillon anti-chars Jagdpanzer IV de la 2e Panzerdivision auquel est joint le 3e régiment de Panzer leichterzug, une compagnie de chars Panther et un bataillon de grenadiers montés sur des transports de troupe semi-blindés. Ce sont ces troupes qui repoussent dans la matinée vers 9 h 45 la deuxième attaque des Calgary Highlanders sur May-sur-Orne. Sterz continue son action en repoussant les Shermans des 1st Hussars en leur infligeant de lourdes pertes. Ensuite, à 13 h 30, avec l’appui feu de la 10e SS Panzerdivision Frundsberg à partir des hauteurs à l’ouest de l’Orne, il lance ses Panthers en direction du nord, obligeant les Canadiens à se retirer sur leurs bases de départ.


Infanterie allemande en action

Avec l’aide du Kampfgruppe Zollhöfer, ils repoussent le Régiment de Maisonneuve, qui est venu en soutien pour ne pas perdre la position au nord des villages, et rétablissent ainsi la HKL.

Il est possible mais pas certain que le kampfgruppe Zollhöfer ait poursuivi son action pour reprendre la colline 67. Ce fait est uniquement accrédité par la mention dans les journaux de guerre du Calgary Highlanders et du Black Watch d’un recul à Fleury-sur-Orne au nord de la colline 67. Cette percée n’est pas confirmée par les journaux des autres bataillons qui tiennent le nord de Saint Martin-de-Fontenay et Saint André-sur-Orne et est peu vraisemblable compte tenu de l'action du régiment de Maisonneuve.

La suite des opérations

À 17 h 30, le lieutenant-general Simonds, commandant du corps d'armée, demande un renforcement des positions. Il est alors décidé de nouvelles attaques sur May-sur-Orne pour stopper la contre-attaque de la 2e Panzerdivision, sur Fontenay-le-Marmion pour aider le Black Watch, sur Rocquancourt et sur Tilly-la-Campagne. Il espère encore un succès de l'opération Spring.


À 18 h, le major-general Foulkes, commandant divisionnaire, entouré de ses brigadiers, étudie l'ordre de bataille de la nuit et du lendemain suite aux nouveaux ordres de Simonds. Le brigadier Young de la 6e brigade déclare qu'à son avis, il est impossible d'envisager d'autres opérations sur ce front aussi longtemps que les Allemands tiennent leurs positions sur les hauteurs à l'ouest de l'Orne. Foulkes, d'accord avec Young, décide d'en conférer avec Simonds. Au QG du corps d'armée, il apprend que Simonds, anticipant sur sa démarche, est parti voir le lieutenant-general Miles Dempsey. Le commandant d'armée se rend à l'avis de Simonds et décide qu'il faut arrêter l'opération Spring et consolider le peu qui avait été gagné, sans engager de nouvelles troupes.


Char américain traversant Coutances après la percée de l'opération Cobra

Dans la soirée, les restes de la 272e division d'infanterie du generalleutnant Schack, qui ont subi les plus lourdes pertes, est relevée par la 9e Panzerdivision SS Hohenstaufen du SS-Brigadeführer Sylvester Stadler sur ordre direct du generalfeldmarschall von Kluge. La 2e Panzerdivision du generalleutnant Heinrich Freiherr von Lüttwitz s'avance en deuxième ligne à la place de la 9e Panzerdivision et se tient prête à contre-attaquer.


Le generalfeldmarschall von Kluge et l'état-major allemand du front Ouest attendent toujours la grande attaque au sud de Caen qui ouvrirait la route de Paris. Le general Bernard Montgomery qui a craint un instant que le faux départ de l'opération Cobra le 24 juillet, causé par le mauvais temps, n'alerte les Allemands ; au contraire cela a renforcé leur croyance en une attaque d'envergure à l'est. Plutôt que de dégarnir cette partie du front, von Kluge préfère faire venir des renforts du Groupe d'armées G cantonnée dans le sud de la France ainsi que de la XVe armée au nord de la Seine.

Ce n'est que le 27 juillet que la réalité de la situation apparaît aux Allemands et ces deux jours de retard ne seront jamais repris. Le 27 au soir, la 3e armée américaine du general Patton, est sur la route de Coutances et le 30 à Avranches. Sur ordres directs d'Hitler, toutes les forces blindées allemandes sont mobilisées pour la contre-attaque Lüttich sur Mortain. Cela dégarnit le front à l'est, permettant enfin la percée de Falaise. Toutes les forces blindées allemandes s'enferrent alors dans la poche de Falaise. La VIIe armée allemande et le 5e groupe Panzer ouest sont anéantis, mettant ainsi fin à la bataille de Normandie et autorisant ainsi la Libération symbolique de Paris.


George Patton

Les pertes humaines

Il est impossible de donner avec précision les pertes subies par les troupes canadiennes comme par les troupes allemandes engagées dans l'opération Spring. Il n'existe que des dénombrements partiels.


Jeunes soldats allemands tués

Il est certain que la journée du 25 juillet 1944 est l'une des plus sanglantes de la Seconde Guerre mondiale pour les troupes canadiennes. Les états officiels s'élèvent à 1 202 pertes dont 362 tués au combat. Mais toutes les pertes de cette journée n'ont pas été comptabilisées sur le 25 juillet. Les Black Watch inscrivent pour le 25 juillet 167 pertes dont 83 tués, mais ils ont 140 autres pertes pour la période du 26 au 28 juillet sans que le bataillon n'ait été engagé ces jours-là. Au total, 5 officiers et 118 hommes de troupe ont trouvé la mort dans ce bataillon pendant l'opération Spring. Le North Nova Scotia Highlanders annonce une perte de 139 hommes (61 tués au combat, 46 blessés et 32 prisonniers) de tous grades pour la journée du 25 juillet et 293 pertes dont 52 tués pour les jours suivants. Le Royal Hamilton Light Infantry, qui tient Verrières en livrant pendant plusieurs jours des combats défensifs, affiche plus de 200 pertes dont 53 tués.


Service funéraire pour enterrer des morts canadiens en Normandie en juillet 1944

 Les états du 26 au 28 juillet font apparaitre, en plus des pertes du 25 juillet, 432 pertes supplémentaires dont 113 tués. Cela fait un total de 1 634 pertes dont 475 tués, mais toutes ces pertes ne sont pas à imputer à l'opération Spring. Elles sont globalement estimées à plus de 1 500 pertes dont environ 450 tués.

Aucun état précis des pertes n'existe pour les troupes allemandes. Le général Zimmermann, qui appartient à l'état-major du commandement ouest, parle de 51 075 pertes entre le 15 juillet et le 7 août. Gregory Liedtke cite une source allemande (un historien de la 9e SS Panzerdivision) qui donne environ 2 000 pertes pour la seule 9e Panzerdivision SS Hohenstaufen les derniers jours de juin et au cours du mois de juillet 1944.


Les soldats canadiens tués pendant l'opération reposent au cimetière canadien de Bretteville-sur-Laize. Les soldats allemands tués lors de la bataille de Normandie sont regroupés et enterrés au cimetière allemand de La Cambe. 


06/07/2013
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Opération Spring


Le clair de lune de Spring

L'opération Spring est une opération militaire menée les forces alliées, principalement le Canada, pendant la Seconde Guerre mondiale. Elle s'est déroulée lors de la bataille de Normandie entre le 25 et le 27 juillet 1944. Elle a pour but de fixer les forces allemandes, principalement les divisions blindées, à l'est du front pour faciliter à l'ouest l'opération Cobra menée par les Américains qui tentent de percer le front dans le sud du Cotentin.

Date                                 lieu                                 issue

25 juillet 1944      Normandie France    Victoire défensive allemande

27 juillet 1944  

                           Belligerants

Canada                                  Reich allemand

Royaume-Uni

                    Commandants alliés

Guy Simonds

                    Commandants ennemis


Sepp Dietrich

                                Forces en présence

8 bataillons d'infanterie        1 division de grenadiers

6 escadrons blindés                2 Panzerdivisions artillerie divisionnaire     

Aviation d'appui                     artillerie divisionnaire

                                   Pertes

Plus de 1 500 pertes                 inconnues dont 450 tués

Cette opération est menée par le 2e Corps canadien commandé par le lieutenant general Guy Simonds. Elle s'oppose au gros des forces blindées allemandes, principalement le 1er Corps de SS-Panzer du SS-oberstgruppenführer Sepp Dietrich qui obtient un succès défensif certain.

Dans la nuit du 24 au 25 juillet, à la lueur de projecteurs anti-aériens et avec l'appui de chars et de l'artillerie, Simonds lance l'infanterie canadienne au sud de Caen, sur les trois axes de May, Verrières et Tilly pour atteindre en profondeur Fontenay-le-Marmion, Rocquancourt et Garcelles-Secqueville, et peut-être ouvrir la route de Falaise. À l'exception de la prise du village de Verrières par le Royal Hamilton Light Infantry du lieutenant-colonel J. M. Rockingham, toutes les autres actions canadiennes échouent face à la résistance allemande de la nuit et de la matinée. Quand le commandement allié envisage de relancer de nouvelles actions en fin d'après-midi, ce sont les blindés allemands qui passent à la contre-attaque et repoussent les Canadiens sur leur ligne de départ.

Cette opération est très coûteuse en vies humaines. Au total, elle cause plus de 1 500 pertes canadiennes, dont environ 450 tués au combat. C’est, pour les forces canadiennes, l’opération la plus importante en pertes humaines de la Seconde Guerre mondiale, après le débarquement de Dieppe, qui fait, sur environ 5 000 combattants, 3 367 pertes dont 907 morts au combat.


L'opération Spring est aussi emblématique de l'incompréhension, par le commandement suprême des forces alliées, de la stratégie utilisée par le général britannique Bernard Montgomery. Le général américain Dwight David Eisenhower veut une guerre de mouvement, avec la prise de gains territoriaux importants. Mais Montgomery s'en tient toujours à des actions d'envergure limitée même pour la prise de Caen car il se heurte continuellement, tout au long de la bataille de Normandie, à une résistance allemande acharnée. Il s'en tient en fait à l'exposé initial de sa stratégie : attirer le gros des forces allemandes à l'est du front pour permettre la percée à l'ouest en direction de la Bretagne. Alors qu'Eisenhower veut une action décisive pour percer sur la route de Falaise, Montgomery donne des instructions verbales à Simonds de limiter l'engagement des troupes canadiennes.

L'échec de l'opération Spring et la réussite de l'opération Cobra valent à Montgomery la perte de son commandement sur les troupes américaines et à Simonds de vives critiques.


Carte générale de la bataille de Normandie avec la situation des opérations Spring et Cobra

La prise de la ville de Caen et de sa plaine environnante est considérée comme très importante pour permettre aux Alliés d'y construire des aérodromes. Elle est initialement l'un des objectifs du Jour J, le premier jour du débarquement, le 6 juin 1944, pour le 21e Groupe d’armées britannique. De plus, Caen étant située sur l'Orne, sa prise permet à la 2e armée britannique aux ordres du lieutenant-general Miles Dempsey et au 2e Corps canadien du lieutenant-general Simonds d'avoir une tête de pont sur l'autre rive de la rivière, et ainsi de mieux protéger le flanc est de toutes contre-attaques allemandes.


lieutenant-general Miles Dempsey

La conquête de la ville est beaucoup plus difficile que prévue, provoquant des pertes importantes parmi les soldats canadiens et britanniques. Les forces de la VIIe armée allemande du SS-obergruppenführer Paul Hausser et du 5e groupe Panzer ouest du general der Panzertruppe Heinrich Eberbach présentes dans cette zone lors du débarquement sont fortement affaiblies par les combats, mais elles reçoivent d'importants renforts blindés d'autres régions. Arrivent : le 18 juin la 2e Panzerdivision et en provenance de Belgique la 1er SS-Leibstandarte Adolf Hitler, le 23 juin de Pologne la 9e SS-Hohenstaufen et la 10e SS-Frundsberg et le 28 juin de Toulouse la 2e SS-Das Reich.


Les Alliés font plusieurs tentatives pour capturer la ville et ses environs en juin et juillet 44, avec pour objectif de dégager la plaine de Caen pour établir des pistes d'aviation en complément de l'aérodrome de Carpiquet pour la chasse et l'appui aérien. Les diverses opérations lancées par le général Bernard Montgomery, commandant en chef des forces terrestres, sur Caen et au sud de Caen sont toujours sujettes à polémique. Montgomery est satisfait de sa stratégie qu'il trouve conforme à celle présentée et approuvée à Londres le 15 mai : la 2e armée britannique a pour rôle de mener l'assaut à l'ouest de l'Orne et d'engager des opérations au sud et au sud-est pour s'assurer des aérodromes et protéger le flanc est de la 1er armée américaine, qui devra se saisir de Cherbourg. Par la suite, la 2e armée pivotera sur sa gauche et présentera un front solide contre les manœuvres adverses venant de l'est. Les opérations s'enchaînent mais sans résultats décisifs, la partie nord de Caen ne tombe que le 10 juillet, après de longues opérations, sans jamais que Montgomery envisage de changer de stratégie: opérations Perch du 7 au 15 juin, Epsom du 25 au 29 juin, Windsor le 4 juillet, Charnwood le 8 juillet, Jupiter le 10 juillet. Le franchissement de l'Orne et le contrôle du sud de Caen n'est possible qu'après les opérations Greenline (15 juillet), Pomegranate (16 juillet), Atlantic (17 au 21 juillet) et Goodwood (18 au 22 juillet). Toutefois, même après la prise de la ville, les plages britanniques et canadiennes continuent d'être sous le feu de l'artillerie allemande.


Un tank Sherman et un canon antichar Ordnance QF 6 pounder dans le centre de Caen

Le general Dwight David Eisenhower ne perçoit pas les choses de la même façon que Montgomery, et juge l’avance trop lente et les pertes humaines trop importantes : 34 700 pertes canado-britanniques, dont 6 010 tués et 62 028 pertes américaines, dont 10 641 tués. Le commandant suprême allié rencontre le lieutenant-general Omar Bradley le 19 juillet et Montgomery le 20. Dès le lendemain, il confirme à ce dernier le contenu de leur entretien du 20 par lettre au ton particulièrement direct : la plus directe qu'il lui ait encore jamais écrite selon l'historien Stacey. Il demande même l’éviction de Montgomery à Winston Churchill le 23 juillet, mais il n’obtient satisfaction que le 1er août, après le succès des généraux Bradley, commandant de la 1er Armée américaine et futur commandant du 12e Groupe d'armées américain, et George S. Patton, commandant de la 3e Armée américaine lors de l'opération Cobra le 25 juillet.

Après la visite d'Eisenhower, Montgomery écrit dans une circulaire : Nous devons améliorer et conserver sans faiblir la position déjà bonne que nous occupons sur le flanc est, et nous tenir prêts à passer à l'action de ce côté. Il demande le 21 juillet à son état-major une opération de grande envergure pour percer le front à l'est, là où il est le plus faible, le long de la côte, à travers les marais inondés de la Dives, en direction de la Seine, face au 86e Corps allemand composé uniquement de trois divisions d'infanterie stationnaires qui n'ont toujours pas combattu. C'est en prévision de cette opération que la 1er armée canadienne est renforcée et la répartition des troupes britanniques et canadiennes sur le front réorganisée.


Explosion d'un camion de munitions de la 11e division blindée après avoir été touché par un tir de mortier durant l'opération Epsom (bataille de Caen) du 25 au 29 juin 1944

Mais c'est à la demande de Bradley, qui planifie à l'ouest l'opération Cobra et qui propose à l'est une opération équilibrante en direction de Falaise, que Montgomery abandonne la percée en direction de l'est pour planifier l'opération Spring, dont l'objectif est juste de fixer les panzers autour de Caen. Même si Eisenhower attend une opération d'envergure sur Falaise, Montgomery laisse Simonds planifier uniquement une opération de fixation, avec éventuellement l'exploitation d'une percée sous les ordres du commandant de corps si la possibilité se présente. Simonds déclara plus tard avoir compris qu'il s'agissait simplement d'une diversion ayant pour but d'occuper l'ennemi pendant que l'offensive principale serait lancée sur le front américain. Mais il ne pouvait être question de donner cours à cette interprétation, et si elle fut bien comprise aux niveaux supérieurs, les commandants de division n'en furent pas mis au courant.

Les généraux Bradley, Montgomery et Dempsey (de gauche à droite) en Normandie, le 10 juin 1944

L'attentat contre Hitler du 20 juillet ne semble pas avoir de conséquences directes sur le comportement des troupes allemandes en Normandie, mais il renforce la méfiance d'Hitler envers les chefs militaires issus de la noblesse germanique

 le relèvement du generalfeldmarschall vonKluge de son commandement le 16 août en est un exemple.


 Le Führer s'appuie de plus en plus sur les chefs SS, exaspérant ainsi les relations déjà difficiles entre la Waffen-SS et la Wehrmacht.

Après le succès de la percée américaine et l'échec de la contre-offensive allemande Lüttich, Montgomery, rétrogradé commandant du 21e groupe d'armées britannique et promu Field Marshal, mais gardant la coordination des deux groupes d'armées américain et britannique, planifie sa propre percée à l'est du front, mais en direction du sud et non de l'est, avec les troupes canadiennes et la 1re division blindée polonaise du général de brigade Stanislaw Maczek (débarquée le 1er août) lors de l'opération Totalize (7 août).

Bradley délaisse en partie la Bretagne et ses ports pour retourner ses troupes américaines avec la 2e DB française du général de division Leclerc (débarquée le 1er août) face à l'est, pour initier l'encerclement des forces allemandes dans le chaudron de Falaise (12 au 21 août).


Évolution du front autour de Caen

Les diverses opérations lancées par le général Montgomery sur Caen et au sud de Caen sont toujours sujettes à polémique. Déjà en juin et juillet 1944, maréchal de l’Air Sir Trafford Leigh-Mallory, commandant en chef des forces aériennes et surtout maréchal de l’Air Sir Arthur Tedder, adjoint direct du général Dwight David Eisenhower, reprochent à Montgomery la faiblesse des gains territoriaux de la plaine de Caen, rendant difficile l'installation de pistes d'aviation. De plus, l'action du lieutenant-général Simonds est fortement soumise à critiques par le commandement supérieur canadien qui voit dans l'opération Spring une action devant ouvrir la route de Falaise, alors que Simonds a toujours déclaré voir cette opération comme une action de fixation d'un maximum de forces allemandes pour favoriser l'opération Cobra. C'est ainsi, en tout cas, qu'il a interprété les ordres de Montgomery.


L’action des troupes canadiennes qui participent à la prise de Caen et à l'opération Spring n’échappe pas non plus à la critique. En particulier, on reproche à ces troupes un manque de combativité. Les premiers ouvrages sont ceux de C. P. Stacey, historien officiel des troupes canadiennes en Normandie, qui fait état d'un manque de préparation des troupes canadiennes, qui montent au front insuffisamment aguerries : Le manque d'expérience au combat exerça sans doute, en fin de compte, son effet au sein des formations canadiennes. Elles se tirèrent assez bien d'affaire, mais elles s'en seraient tirées beaucoup mieux si elles n'avaient dû apprendre leur métier à mesure qu'elles combattaient. Il n'est pas difficile de signaler certaines occasions au cours de la campagne de Normandie où des formations canadiennes n'exploitèrent pas au maximum leurs chances. Quant à John A. English dans The Canadian Army and the Normandy Campaign: A Study of Failure in High Command publié en 1991, il fait reposer le poids des échecs sur le commandement canadien et principalement sur le général Simonds.

Forces en présence

C'est le général d'armée Harry Crerar, commandant de la 1er armée canadienne, qui a en charge la partie est du front. Le lieutenant-general John Crocker et le 1er Corps britannique tiennent le flanc est, relativement stable depuis la nuit du 5 au 6 juin. Le front centre-est est sous la responsabilité du lieutenant-general Miles Dempsey, commandant de la 2e armée britannique. Le sud de Caen, très sollicité, est le champ d'action du 2e Corps canadien du lieutenant-general Guy Simonds. La 1re armée canadienne et la 2e armée britannique sont sous la responsabilité directe du général d'armée Montgomery.


Face aux forces alliées, les Allemands ont réorganisé leurs troupes. Depuis le 2 juillet, le maréchal Hans G. von Kluge remplace le generalfeldmarschall Gerd von Rundstedt, relevé de ses fonctions de chef d'état-major du front Ouest pour avoir à la question du generalfeldmarschall Wilhelm Keitel de l'OKW Que faut-il faire ? Répondu La paix. Il remplace également le generalfeldmarschall Rommel à la tête du Groupe d'armée B depuis le 17 juillet, date de ses blessures lors d'une attaque aérienne de sa voiture. La VIIe armée allemande est sous les ordres du SS-obergruppenführer Paul Hausser, mais les troupes blindées représentant la 5e groupe Panzer ouest sont sous les ordres du general der Panzertruppe Heinrich Eberbach relevant directement de Hitler en vertu d'un principe de centralisation dû à sa méfiance, comme d'ailleurs l'aviation relève directement du Reichsmarschall (maréchal du Reich) Göring et la marine de l'oberbefehlshaber Dönitz.


Ils présentent sur le flanc le 86e Corps allemand face au 1er Corps britannique, au sud de Caen le 1er SS-Panzerkorps face au 2e Corps canadien et le 2e SS-Panzerkorps et le XLVII. Panzerkorps face à la 2e armée britannique. L'opération Spring ne concerne que le 2e Corps canadien et le 1er SS-Panzerkorps.

Forces en présence autour de Caen

xxxx-- ligne de partage entre armées

xxx-- ligne de partage entre corps d'armée

xx-- ligne de partage entre divisions

Forces canadiennes


Unité support du Royal Scots équipée d'un fusil-mitrailleur BREN

À l'ouest de la route de Caen à Falaise, entre cette route et l'Orne, le front d'environ 4 km est tenu par la 2e division d'infanterie canadienne sous les ordres du major-general Charles Foulkes. Ces troupes récemment débarquées sur le théâtre d'opération n'ont pas vraiment l'expérience du combat. À l'est, entre la route de Caen à Falaise et la route de Caen à Mézidon-Canon, le front d'environ 7 km est tenu par la 3e division d'infanterie sous les ordres du major-general Rodney Keller. Ces troupes sont particulièrement aguerries puisqu'elles combattent depuis le jour J. En arrière de la 2e division, la 2e brigade blindée canadienne du général de brigade R. A. Wyman. Derrière la 3e division, la 7e division blindée britannique, les fameux Rats du Désert du major-général Gerald L. Verney détachée du 1er Corps britannique du lieutenant-general Crocker. En réserve dans les faubourgs sud de Caen près d'Ifs, la division blindée des Guards britanniques commandée par le major-général Allan H.S. Adair. Ces troupes blindées ont toutes une sérieuse expérience du combat de chars acquise lors de la guerre du désert ou la campagne d'Italie.

C'est donc au lieutenant-général Simonds et à son 2e Corps canadien que le général Montgomery donne l'honneur d'ouvrir la route de Falaise. Compte tenu des précédentes montées au front, Simonds mobilise pour la 2e division d'infanterie : le Royal Regiment of Canada et le Royal Hamilton Light Infantry de la 4e brigade, le Black Watch, le régiment de Maisonneuve et le Calgary Highlanders pour la 5e Brigade, le Queen's Own Cameron Highlanders of Canada pour la 6e brigade. Pour la 3e division d'infanterie : le North Nova Scotia Highlanders et le Stormont, Dundas and Glengarry Highlanders de la 9e brigade. Cela représente presque une division avec un total de 8 bataillons comprenant environ 4 000 hommes et gradés. En appui, il mobilise 3 bataillons de blindés : le 1er et 5e Royal Tank regiment de la 7e division blindée 22e brigade (détachée du 1er Corps britannique de la 1er armée canadienne) et le squadron B du Fort Garry Horse et les squadrons B et C des 1st Hussars de la 2e brigade blindée canadienne, représentant au total 61 chars et 11 blindés légers. La division blindée des Guards est tenue en réserve pour exploiter les opportunités. Les autres brigades peuvent intervenir en soutien si besoin. Simonds dispose aussi de l'appui feu indirect de l'artillerie divisionnaire de campagne et de l'artillerie royale du groupe d'armée.

Forces allemandes


Pour faire face aux forces britanniques, le SS-oberstgruppenführer Sepp Dietrich, commandant le 1er SS-Panzerkorps, a en charge le front au sud de Caen, de l'Orne à la route de Caen à Mézidon-Canon, sur une longueur d'environ 15 km.

À l'ouest, entre l'Orne et la route de Caen à Falaise, la 272e division d'infanterie aux ordres du generalleutnant  Friedrich-Auguste Schack occupe un front d'environ 4 km. La 272e est une des trois divisions 270 levées à la fin de 1943 et envoyées en formation en France, elle est remontée après le débarquement de Normandie de la région de Perpignan. Les 270 sont globalement constituées de vétérans allemands et d'enrôlés russes et polonais (les Osten Truppen). La 272e a affronté le feu lors de l'opération Atlantic du 18 au 23 juillet. Elle présente toujours ses trois régiments de grenadiers, un bataillon de fusiliers et un bataillon de chasseurs de chars équipé d'anti-chars propulsés de 75 mm. Son artillerie est encore intacte.


Lance-roquettes Nebelwerfer


Au centre, de la route de Caen à Falaise à la route de Caen à Mézidon-Canon, la 1er Panzerdivision SS Leibstandarte Adolf Hitler aux ordres du SS-Brigadeführer Theodor Wisch, sur un front d'environ 7 km. La Leibstandarte Adolf Hitler est la meilleure division Panzer, elle s'est illustrée en Pologne en 1939, en France en 1940, en Grèce en 1941 et en Russie en 1942 et 43. Elle arrive de Belgique où elle était en reconstitution. Elle présente deux bataillons de chars de bataille, un de chars Panthers, l'autre de chars Mark IVs, et de six bataillons d'infanterie montés avec des transporteurs de troupe semi-blindés dont un bataillon de Sturmgeschutz III et un de Panzerjäger avec une compagnie équipée de Jagdpanzer IV particulièrement meurtriers. La 1er SS Panzerdivision est renforcée d'un bataillon indépendant de Tigres le 101e SS Panzer. La 272e division et la 1er SS Panzerdivision sont les deux forces qui reçoivent le choc de l'opération Spring. Elles sont soutenues par l'artillerie du 1er SS Panzerkorps qui vient d'être renforcée par la 8e brigade Werfer.


Troupe allemande au combat

À l'est de la route de Caen à Mézidon-Canon, la 12e Panzerdivision SS Hitlerjugend aux ordres du SS-oberführer Kurt Meyer se trouve sur un front d'environ 4 km. Sur les hauteurs de la rive ouest de l'Orne la 10e Panzerdivision SS Frundsberg du SS-Gruppenführer Heinz Harmel.


En réserve, en arrière de la 272e division d'infanterie, le long de la vallée de la Laize, se trouve la 2e Panzerdivision du generalleutnant Heinrich Freiherr von Lüttwitz. Sur les arrières de la 1er SS Panzerdivision se réserve la 9e Panzerdivision SS Hohenstaufen du SS-Brigadeführer Sylvester Stadler, et la 116e Panzerdivision du généralGerhard von Schwerin est en réserve de la 12e SS Panzerdivision, récemment arrivée sur la théâtre d'opération et sous le contrôle du commandement suprême (l'OKW).

Les forces blindées opérationnelles sont encore importantes. En mai-juin-juillet 1944, la Wehrmacht réceptionne des chaînes de fabrication 2 315 chars alors qu'elle n'en perd que 1 730, mais les difficultés viennent des problèmes d'acheminement : du 6 juin au 23 juillet, le groupe d'armée B ne touche que deux douzaines de chars pour une perte de 3/400, mais surtout 10 078 hommes pour 116 863 pertes. En fait, sur une force théorique de 80 à 88 blindés par division, il reste 79 chars et 32 canons d'assaut pour la 1er SS Panzerdivision, 58 chars pour la 12e SS Panzerdivision, 20 chars et 11 canons pour la 10e SS Panzerdivision, 60 chars et 15 canons pour la 2e Panzerdivision, 44 chars et 14 canons pour la 9e SS Panzerdivision et 63 chars et 25 canons pour la 116e Panzerdivision. Soit en première ligne 157 chars et 43 canons d'assaut, et 167 chars et 54 canons d'assaut en réserve. Dans la région de Bourguébus, l'artillerie de campagne allemande dispose encore à mi-juillet de près de 300 canons et 272 lance-roquettes Nebelwerfer à 6 tubes.


Déroulement de l'opération Spring

L'opération Atlantic permet aux troupes canadiennes d'avancer d'environ 10 km au sud de Caen jusqu'aux villages de Saint-André-sur-Orne et Saint-Martin-de-Fontenay. Les troupes britanniques égalisent le front en progressant de 11 km à l'est de Caen en prenant Bourguébus, en laissant une avancée allemande à l'ouest de Caen entre Orne et Odon, lors de l'opération Goodwood. Mais ni Atlantic ni Goodwood ne peuvent ouvrir la route de Falaise. Elles se sont enlisées avec le mauvais temps (au sens propre comme au sens figuré) et le front se stabilise le 20 juillet.


Réunion au QG du 2e Corps canadien en Normandie, le 20 juillet 1944. (Montgomery (3e à droite) conférant avec Simonds (2e à droite) Photo Lt. Donald I. Grant)

Pour la partie du front qui concerne l'opération Spring, le 2e Corps canadien s'appuie à l'ouest sur l'Orne, est arrêté au nord de Saint-André-sur-Orne, Saint-Martin-de-Fontenay et de la ferme de Troteval. Il tient les villages de Hubert-Folie, Bourguébus et Frénouville.

Le 1er SS Panzerkorps, 1 km plus au sud, s'est réorganisé sur un front appuyé à l'ouest sur l'Orne et les hauteurs entre Orne et Odon, tenue par le 2e SS Panzerkorps. Il occupe les villages de May-sur-Orne à la confluence de l'Orne et du Laizon, Verrières et Tilly-la-Campagne sur une crête contrôlant de part et d'autre la route de Caen à Falaise, et à l'est La Hogue et Bellengreville. Il possède aussi des éléments avancés aux villages de Saint-André-sur-Orne, Saint-Martin-de-Fontenay et de la ferme de Troteval. Les Allemands ont eu le temps de la bataille de Caen pour organiser cette ligne de défense. Le Black Watch en fait l'amère expérience quand il est pris à revers par des éléments de la 272e division d'infanterie qui sont enterrés dans des tunnels de mine, débouchant au lieu dit La Fabrique et circulant ainsi à l'abri des troupes canadiennes.

Devant les Canadiens, la constitution du terrain est faite de champs ouverts couverts de céréales par endroit mais la configuration du terrain est plus complexe. À l'ouest, la vallée de l'Orne, ouverte sur sa rive est, est surmontée de hauteurs sur sa rive ouest. Au centre la route de Caen à Falaise escalade de 25 mètres la crête de Verrières-Tilly-Secqueville avec une forêt à l'ouest de Garcelles-Secqueville. À l'est s'étendent une forêt entre La Hogue et Secqueville et la plaine de Bellengreville avec les marais du Sémillon. À l'arrière des Canadiens se trouve la plaine de Caen, avec à l'ouest la cote 67 prise de haute lutte pendant l'opération Atlantic.

La mauvaise météo qui a mis fin aux opérations Atlantic et Goodwood le 20 juillet par manque d'appui aérien est en passe d'amélioration, et les Alliés n'attendent qu'une éclaircie pour lancer l'opération Cobra.


05/07/2013
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Bataille de l'Escaut

 


Des Landing Vehicle Tracked (LVT) de la 1re armée canadienne traversant l'Escaut.

La bataille de l'Escaut, aussi connue sous le nom de bataille des digues, est une série d'opérations militaires de la Seconde Guerre mondiale, menées dans le cadre d'une guerre d'usure imposée par les Allemands, qui se sont déroulées au nord de la Belgique et au sud-ouest des Pays-Bas, entre le 2 octobre 1944 et le 8 novembre 1944. Lancées par les Alliés, dont le gros des troupes canadiennes, ces opérations avaient pour but de prendre le contrôle des deux rives de l'estuaire de l'Escaut en vue d'ouvrir le port d'Anvers aux cargos alliés pour faciliter l'approvisionnement du front.

Date                                                          lieu                                             issue

2 octobre 1944 au       Belgique (nord) et pays-Bas     libre accès au port d'Anvers

8 novembre 1944                   (Sud-Ouest)                    aux navires alliés                

                        Belligérants

Canada                                  Reich allemand

Royaume-Uni

Armée polonaise de l'ouest

Belgique

Pays-Bas

Norvège

États-Unis

                      Commandants alliés


 
H.D.G. Crerar                         Guy G. Simonds

(1re armée canadienne)               (temporaire)

                     Commandants ennemis


 
Gustav-Adolf von Zangen

 (XVe armée allemande

                       Forces en présence

Inconnu                                           90 000 hommes  

                               Pertes

Canadiens : 6 367 hommes            Approx. 10 000

Total : 12 873 hommes                   à 12 000 hommes

                                                         41 043 prisonniers

Après la dure bataille de Normandie qui a suivi le débarquement du 6 juin 1944 (Jour J), la Seconde armée britannique a avancé rapidement sur la Belgique et libéré Bruxelles et Anvers, cette dernière possédant son port encore intact. En septembre 1944, il devient urgent pour les Alliés de prendre le contrôle des deux rives de l'estuaire de l'Escaut pour permettre l'accès au port d'Anvers aux navires alliés, et faciliter une logistique du front avec des lignes d'approvisionnement qui s'étendent alors sur des centaines de kilomètres depuis la Normandie jusqu'à la ligne Siegfried. La libération de l'accès maritime au port d'Anvers permettrait de ravitailler les armées alliées du front occidental en hommes, en équipement et en approvisionnement beaucoup plus facilement.

Mais les voies d'accès au port, en aval du fleuve Escaut (en néerlandais : Schelde) sont tenues par la Wehrmacht et solidement fortifiées, et il devient vite évident que ces voies seront défendues avec acharnement.

Rien n'a été fait pour débloquer le port d'Anvers durant le mois de septembre car la majeure partie des ressources militaires alliées avaient été allouées à l'opération Market Garden, un plan audacieux de percée directe en Allemagne, amorcé le 17 septembre 1944. Entre-temps, les forces allemandes autour de l'estuaire de l'Escaut ont été en mesure d'organiser leur défense.

Début octobre, après l'échec de l'opération Market Garden et ses lourdes pertes, les forces alliées, avec en tête la Première armée canadienne, entreprennent de prendre le contrôle des accès du port d'Anvers. Mais les défenseurs allemands bien installés mettent en place d'efficaces actions de retardement. Compliquée par le terrain détrempé, la bataille de l'Escaut se révèle particulièrement pénible et coûteuse.

Après cinq semaines de combats difficiles, la Première armée canadienne, renforcée par des troupes de plusieurs autres pays alliés, réussit à remporter la bataille et à libérer les voies d'accès de l'Escaut après nombre d'assauts amphibies, de traversées de canaux et de luttes en terrain découvert. Les terres et les eaux étaient minées et les Allemands défendaient leur ligne de retraite avec de l'artillerie et des tireurs d'élite.

Les Alliés achèvent de nettoyer les abords du port le 8 novembre 1944, mais au prix de 12 873 victimes alliées (tués, blessés ou disparus), dont la moitié est canadienne.

Lorsque la défense allemande ne sera plus une menace, il faudra encore trois semaines avant que le premier navire de ravitaillement allié puisse être déchargé à Anvers le 29 novembre 1944, soit le délai nécessaire pour déminer le port et ses accès.

L'ouverture de l'Escaut


Membres du Corps Provost canadien et de la Résistance intérieure belge, Bruges, septembre 1944

Le 12 septembre 1944, la Première armée canadienne, commandée à titre temporaire par le lieutenant-général Guy Simonds, est chargée de la mission de l'Escaut. À ce moment, Guy Simonds a sous son commandement le 2e corps canadien, la 1re division blindée polonaise, les 49e et 52e divisions britanniques et le 1er corps britannique.

Le plan d'ouverture de l'estuaire de l'Escaut comprend quatre opérations principales menées sur un terrain redoutable.

La première tâche consiste à dégager la zone située au nord d'Anvers et à garantir l'accès au Zuid-Beveland (Beveland du Sud).

La deuxième consiste à éliminer la poche de Breskens au nord du canal Léopold (opération Switchback).

La troisième est la capture du Zuid-Beveland (opération Vitality).

La phase finale est la capture de l'île de Walcheren qui a été aménagée en une puissante forteresse par les Allemands. Faisant partie du mur de l'Atlantique, l'île de Walcheren a été considérée comme la plus solide concentration de défense nazie jamais construite.

Le 21 septembre, la 4e division blindée canadienne se déplace vers le nord le long du canal Gand-Terneuzen. Elle a pour tâche de sécuriser la rive sud de l'Escaut autour de la ville néerlandaise de Breskens, qui forme alors ce qui est appelé la poche de Breskens. La 1ère division blindée polonaise prend la direction de la frontière belgo-néerlandaise plus à l'est et la zone cruciale du nord d'Anvers.

La 4e division blindée canadienne avance à partir d'une tête de pont durement gagnée sur le canal Gand à Moerbrugge. Elle est la première unité alliée à faire face à la redoutable double ligne de défense des canaux Léopold et de la dérivation de la Lys. Une attaque est exécutée à proximité de Moerkerke pour traverser les canaux et établir une tête de pont, mais les Allemands lancent une contre-attaque, obligeant les troupes canadiennes à battre en retraite en subissant de lourdes pertes.

L'avancée de la 1re division blindée polonaise à l'est est, elle, une réussite puisqu'elle peut avancer au nord-est de Gand. Dans une région peu propice aux blindés et contre une résistance allemande acharnée, la division avance sur la côte le 20 septembre. Elle occupe Terneuzen et sécurise la zone sud de l'Escaut à l'est d'Anvers.

Il devient évident pour le général Simonds que tout autre gain sur l'Escaut s'effectuera à un coût humain très élevé. La poche de Breskens, allant de Zeebruges jusqu'à l'entrée de Braakman et dans les terres jusqu'au canal Léopold, est fermement tenue par l'ennemi.

Combats au nord d'Anvers


Le front nord

Le 2 octobre, la 2e Division d'infanterie canadienne commence sa progression au nord d'Anvers. De durs combats à Woensdrecht permettent d'atteindre l'objectif de la première phase le 6 octobre. Les Allemands du 67. Armee Korps, dont le groupe tactique Chill rassemblant les restes de la 85. DI allemande renforcés par le Fallsch. Regt. 6, voient l'importance prioritaire de tenir cette position, car elle permet de contrôler l'accès au Beveland du Sud et à l'île de Walcheren.

Les Canadiens subissent de lourdes pertes quand ils attaquent à découvert sur les terres inondées. La pluie battante, les pièges et les mines terrestres rendent la progression très difficile. Le 13 octobre 1944, qui restera connu sous le nom du Vendredi noir, les Black Watch de la 5e Brigade d'infanterie canadienne sont pratiquement anéantis dans une attaque sans succès. Les Calgary Highlanders suivent avec plus de succès, et leur peloton de transport prend la gare de Korteven. Des combats acharnés à Hoogerheide permettent de prendre Woensdrecht le 16 octobre, coupant le lien entre le Beveland du Sud et Walcheren. Les Canadiens ont atteint leur premier objectif, mais ont subi de lourdes pertes.

Colonne de blindés amphibies Alligator et Terrapin aux abords de la rivière l'Escaut, octobre 1944

À ce moment, voyant l'occasion qui se présente, le Field-Marshal Bernard Montgomery publie une directive qui fait de l'ouverture de l'estuaire de l'Escaut la priorité du 21e Groupe d'armées. À l'est, la 2e Armée britannique attaque vers l'ouest pour sécuriser les Pays-Bas au sud de la Meuse et éviter une contre-attaque allemande sur la région de l'Escaut.

Pendant ce temps, les forces de Simonds se concentrent sur la pointe de la péninsule du Beveland du Sud. La 4e Division blindée canadienne se déplace vers le nord du canal Léopold et prend Bergen-op-Zoom. Le 24 octobre, les lignes alliées ont été avancées au-delà de la pointe de la péninsule, permettant d'éviter qu'une contre-attaque allemande ne puisse couper la 2e Division, qui se déplace maintenant vers l'ouest, le long de l'île de Walcheren.


Bernard Montgomery

Opération Switchback

La deuxième opération principale de la bataille de l'Escaut débute par une lutte farouche pour réduire la poche de Breskens. La 3e Division d'infanterie canadienne rencontre une résistance allemande tenace lors de la traversée du canal Léopold.


Membres de la 4e division blindée canadienne démontrant l'utilisation de lance-flammes à travers le canal, Maldegem, octobre 1944.

Une première tentative avortée de la 4e Division blindée canadienne, lors de la bataille de Moerbrugge, a montré l'importance du défi à relever. En plus des formidables défenses allemandes, établies à la fois sur le canal Léopold et la dérivation du canal de la Lys, une grande partie de la zone d'approche a été inondée.

Il a été décidé que le meilleur endroit pour un assaut serait immédiatement à l'est de l'endroit où les deux canaux se divisent, une étroite bande de terre sèche de seulement quelques centaines de mètres de large au-delà du canal Léopold (décrit comme un long triangle ayant sa base sur la route Maldegem Aardenburg et son sommet près du village de Moershoofd à environ cinq kilomètres à l'est).

Un double assaut commence. La 7e Brigade d'infanterie canadienne de la 3e Division d'infanterie canadienne effectue le premier assaut à travers le canal Léopold, tandis que la 9e Brigade d'infanterie canadienne monte une attaque amphibie à partir du Nord, la zone côtière de la poche. L'attaque débute le 6 octobre 1944, soutenue par l'artillerie et les blindés de transport universel Wasp équipés de lance-flammes. Les blindés lancent un mur de flammes par dessus le canal Léopold, permettant aux hommes de la 7e brigade de lancer leurs bateaux d'assaut. Deux positions précaires distinctes sont créées, mais l'ennemi récupère rapidement du choc de l'attaque aux lance-flammes et contre-attaque, mais il ne parvient pas à déloger les Canadiens de leurs têtes de pont malgré la vulnérabilité de leurs positions. Le 9 octobre 1944, les têtes de pont sont reliées et, tôt le matin du 12 octobre 1944, une position est acquise sur la route d'Aardenburg.


Le Caporal Kormendy, un éclaireur du Calgary Highlanders photo prise près de Kappellen, octobre 1944

La 9e Brigade procède à une opération amphibie à l'aide de véhicules Terrapin (première utilisation de ce véhicule amphibie en Europe) et de Buffalo conduits par le 5e régiment d'assaut britannique des Royal Engineers. La brigade prévoit de traverser l'embouchure du bras de mer de Braakman dans des véhicules amphibies et de débarquer dans les environs de Hoofdplaat, à l'arrière sur la zone côtière de la poche, ce qui exercera une pression dans deux directions à la fois. En dépit des difficultés à manœuvrer les véhicules le long des canaux et les 24 heures de retard que cela entraîne, les Allemands sont pris par surprise et une tête de pont est créée. Encore une fois, les Allemands réagissent rapidement et contre-attaquent avec férocité, mais ils sont contraints lentement de reculer. La 10e Brigade canadienne de la 4e division blindée traverse le canal Léopold et avance vers le polder Isabella. Ensuite, la 8e Brigade canadienne de la 3e division est appelée à se déplacer vers le sud, aux abords de la côte, sur le côté de la poche. Ce qui permet d'ouvrir une voie terrestre d'approvisionnement en direction de la poche.

La 3e division effectue des actions supplémentaires pour éliminer les troupes allemandes des villes de Breskens, Oostburg, Zuidzande et Cadzand, ainsi que de la forteresse côtière du Fort Frederik Hendrik. L'opération Switchback prend fin le 3 novembre 1944 lorsque la 1re Armée canadienne libère les villes belges de Knokke et Zeebrugge, et officiellement lors de la fermeture de la poche de Breskens et de l'élimination de toutes les forces allemandes au sud de l'Escaut.

Opération Vitality

La troisième opération d'envergure de la bataille de l'Escaut débute le 24 octobre 1944 lorsque la 2e Division d'infanterie canadienne commence son avancée sur la péninsule du Beveland du Sud. Les Canadiens ont l'espoir d'avancer rapidement, sans opposition, et d'installer des têtes de pont sur le canal Beveland, mais ils sont ralentis par les mines, la boue et les fortes défenses de l'ennemi.

Une attaque amphibie est exécutée dans l'ouest de l'Escaut par la 52e division britannique pour passer en arrière des positions défensives allemandes du canal Beveland. Ainsi, cette formidable défense est enfoncée et la 6e Brigade d'infanterie canadienne commence une attaque frontale en bateaux d'assaut. Les ingénieurs réussissent à construire un pont sur la route principale pour traverser le canal.

La ligne de défense du canal a disparu, la défense allemande s'est effondrée et le Beveland du Sud est sécurisé. La troisième phase de la bataille de l'Escaut est maintenant terminée.

Opération Infatuate : capture de l'île Walcheren

Seule l'île de Walcheren, à l'embouchure ouest de l'Escaut, est restée aux mains des Allemands. Les défenses de l'île sont extrêmement fortes, de lourdes batteries côtières à l'ouest et au sud défendent l'île et l'estuaire de l'Escaut et la côte est fortement fortifiée contre les attaques amphibies. Un peu plus en retrait dans les terres, un périmètre défensif a été construit autour de la ville de Vlissingen pour défendre ses installations portuaires en cas de réussite d'un débarquement allié sur Walcheren. La seule approche terrestre est le Sloedam, une longue et étroite digue-chaussée depuis le Beveland du Sud, à peine plus large qu'une route à deux voies. Rendant les choses encore plus difficiles, les eaux environnantes sont trop hautes pour les opérations à pied, mais trop basses pour un assaut par bateau.


Photographie aérienne des bombardements du 3 octobre 1944

Pour entraver la défense allemande, des brèches sont créés dans les digues de l'île par des attaques aériennes du Royal Air Force Bomber Command, le 3 octobre 1944 à Westkapelle avec beaucoup de pertes civiles, le 7 octobre 1944 à l'ouest et à l'est de Vlissingen et le 11 octobre 1944 à Veere. Ces brèches permettent d'inonder la partie centrale de l'île, obligeant les défenseurs allemands à se déplacer sur les hauteurs. Elles permettent également l'utilisation des véhicules amphibies.

L'île est attaquée depuis trois directions: par la digue-chaussée à l'est, par l'Escaut au sud et par la mer à l'ouest.

La 2e division d'infanterie canadienne attaque la digue-chaussée 31 octobre 1944. Une première attaque lancée par les Black Watch est repoussée. Les Highlanders de Calgary sont alors envoyés et sont arrêtés à mi-chemin de la digue. Une deuxième attaque menée par les Highlanders le matin du 1er novembre réussit à gagner une position précaire sur l'île. Après une journée complète de lutte, les Highlanders sont relayés par le régiment de Maisonneuve, qui lutte pour maintenir la tête de pont. Les Maisies se retirent le 2 novembre 1944 pour être relevés par un bataillon des Glasgow Highlanders de la 52e division britannique. En collaboration avec l'attaque nautique, la 52e poursuit l'avance.


Carte de la bataille

Les débarquements amphibies sont menés en deux parties le 1er novembre 1944. L'opération Infatuate I est constituée principalement d'infanterie de la 155e brigade d'infanterie britannique (4e et 5e bataillons du King's Own Scottish Borderers, 7e et 9e bataillons des Royal Écossais) et du Commando numéro 4. Ces troupes sont transportées depuis Breskens dans de petits véhicules amphibies pour un débarquement sur les plages au sud-est de Vlissingen, nom de code Uncle. Au cours des jours suivants, ils s'engageront dans de violents combats de rues contre les défenseurs allemands.

Un débarquement amphibie à Westkapelle, opération Infatuate II, est effectué le matin du 1er novembre 1944. Après un lourd bombardement naval de la Royal Navy britannique, les troupes de la 4e brigade des services spéciaux (41e, 47e et 48e Royal Marine Commando et du 10e Inter Allied Commando, composé essentiellement de Belges et de Norvégiens), appuyées par des véhicules blindés spéciaux (transports amphibies, blindés de déminage, bulldozers, etc.) de la 79e division blindée, sont débarquées des deux côtés de la brèche de la digue à l'aide de gros engins de débarquement et de véhicules amphibies permettant de débarquer les hommes et les tanks. De violents combats s'ensuivent avant que la ville en ruine ne soit capturée. Une partie des troupes se déplace vers Vlissingen, au sud-est, tandis que la force principale prend la direction du nord-est pour dégager la moitié nord de Walcheren et établir le contact avec les troupes canadiennes qui ont établi une tête de pont sur la partie orientale de l'île. Une résistance féroce est offerte par certaines des troupes allemandes défendant la zone, de sorte que les combats se poursuivent jusqu'au 7 novembre 1944.

Le 6 novembre 1944, la ville principale de l'île, Middelburg, tombe après un pari calculé de la part des Alliés, alors que le commandement allemand avait été invité à envisager de renoncer s'il faisait face à une force blindée. Middelburg étant impossible à atteindre avec des chars, une force amphibie de débarquement de véhicules à chenilles buffles est conduite jusque dans la ville, mettant un terme à toute résistance allemande le 8 novembre 1944.

Pendant ce temps, la 4e division blindée canadienne pousse vers l'est et dépasse Bergen-op-Zoom et Sint-Philipsland, où elle coule plusieurs vaisseaux allemands dans le port de Zijpe.

Les approches d'Anvers sont sécurisées et la quatrième phase de la bataille de l'Escaut est terminée. L'estuaire est ensuite nettoyé des mines marines et, le 28 novembre 1944 (après de lourdes réparations des installations portuaires), le premier convoi entre au port avec en tête, le cargo de fabrication canadienne Fort Cataraqui.

Autres contributions

Du 23 octobre 1944 au 5 novembre 1944, la 104e division d'infanterie américaine connait sa première bataille lorsqu'elle est rattachée au 1er Corps britannique, 1re armée canadienne, 21e Groupe d’armées britanniques. La 104e réussit à passer la partie centrale du Brabant-Septentrional contre la forte résistance allemande, surtout des tireurs d'élite et de l'artillerie. Ils effectueront quelques batailles de nuit, une spécialité de la 104e.

L'importance de la campagne


Soldats du Royal Regiment of Canada à Blankenberge, septembre 1944

À la fin des cinq semaines d'offensive, la 1re Armée canadienne fait 41 043 prisonniers allemands. Le premier navire arrive le 28 novembre 1944, les convois apportent un flux régulier d'approvisionnement sur le continent, ce qui permet de revitaliser une avance alliée de Paris vers le Rhin qui était dans l'impasse. Le commandement allemand sait l'importance du contrôle d'un port en eau profonde par les Alliés.


V2, quatre secondes après le décollage depuis le banc d'essai VII, été 1943.

 Pour le détruire, ou du moins perturber le flux de l'approvisionnement, les Allemands tirent sur Anvers plus de missiles balistiques V-2 que sur toute autre ville. Près de la moitié des V-2 lancés au cours de la guerre ont été tirés en direction d'Anvers. Ce port a une importance stratégique telle que pendant la bataille des Ardennes, sa reprise était toujours l'un des principaux objectifs allemands. 


01/07/2013
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Bataille de Groningue


Les troupes canadiennes en opération à Groningue.

La bataille de Groningue eut lieu pendant le dernier mois de la Seconde Guerre mondiale, du 13 au 16 avril 1945, dans la ville de Groningue entre des éléments allemands d'infanterie, de kriegsmarine et de luftwaffe et des SS néerlandais et belges d'une part et l'ensemble de la 2e Division d'infanterie canadienne d'autre part.

Date                                       lieu                              issue

13 - 16 avril 1945     Groningue, Pays-Bas     Victoire des Alliés

                   Belligerants

Canada                            Reich allemand

Résistance néerlandaise

                Commandants alliés


Albert Bruce Matthews

               Commandants ennemis


Karl Böttger

                                      Forces en présence

De 36 000 à 45 000 hommes              de 7 000 à 7 500 hommes

                                           Pertes

43 tués                                             130 tués

166 blessés                                      5 212 capturés

Le début de la libération des Pays-Bas commence en septembre 1944. Progressivement au fil des mois, l'ensemble des Pays-Bas est libéré, seules des villes reculées dans le nord du pays sont encore sous contrôle allemand. Après avoir libéré Arnhem début avril 1945, l'objectif des forces canadiennes est de capturer Groningue, constituant une véritable poche de résistance allemande.

L'objectif était d'une double importance pour les deux parties belligérantes. Pour les Allemands, le contrôle de cette ville était capital, afin de couvrir la retraite de leurs coéquipiers encore présents sur le sol néerlandais et de défendre l'Ems. Pour les Alliés (Canadiens), la prise de la ville leur permettrait de contrôler le reste des Pays-Bas, encore sous domination allemande, et de lancer une offensive en Basse-Saxe et en Schleswig-Holstein afin de soutenir la progression des troupes américaines et britanniques en Allemagne qui envahissaient à ce moment précis la Ruhr et la majorité du sud de l'Allemagne.

Déroulement de la bataille

Les forces allemandes étaient principalement déployées dans l'ancien centre-ville de Groningue, protégé par un canal. D'autres troupes étaient déployées dans le sud de la ville. La progression se fait sans véritable difficulté le 13 avril 1945. Elle se complique le lendemain lorsque les ponts surplombant le canal de Groningue furent détruits. Seul le pont d'Herebrug était resté intact, mais il était durement défendu par des mitrailleuses allemandes et il aura fallu une journée entière pour qu'elles soient éliminées.


Soldats allemands servant une MG-42 (Maschinengewehr 42)

Le 15 avril 1945, les troupes canadiennes entrent dans le centre-ville mais les Allemands montrent encore une résistance acharnée. De nombreux bâtiments durent être détruits par les chars car ils abritaient soit des mitrailleurs, soit des tireurs d'élite. La progression était également compliquée par l'interdiction faite par le commandement allié d'utiliser l'artillerie en soutien à la progression de l'infanterie, pour limiter au maximum les pertes civiles. La capture de la ville prit fin finalement le 16 avril 1945 lorsque le reste des troupes allemandes se rendent aux forces alliées, le commandant allemand ne voyant pas l'intérêt de continuer une résistance inutile.

La bataille vit la mort de 43 soldats canadiens et de 130 soldats allemands. Plus de 100 civils furent tués durant les combats et 270 bâtiments furent endommagés ou détruits. Cette bataille vit également la capture de 5 212 soldats allemands, dont 95 officiers. Le reste des troupes allemandes (environ 2 000 hommes) avaient été déjà évacuées avant la chute de la ville.


Soldat allemand prêt au combat

 L'issue de cette bataille permit donc aux Canadiens de lancer une offensive dans le Nord-Ouest de l'Allemagne, la 2e Division d'infanterie canadienne continuera sa progression en Basse-Saxe, où elle affronte des unités allemandes à Delmenhorst. Cette bataille est également considérée comme les plus massifs combats urbains qu'ait connus l'armée canadienne durant la Seconde Guerre mondiale, toutes batailles confondues.


01/07/2013
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Les Canadiens en Italie

Un des résultats de l'invasion alliée de la Sicile a été le renversement du dictateur italien, Mussolini. Cependant, bien que le nouveau gouvernement italien ait capitulé le 3 septembre 1943, les Allemands ont pris le pouvoir et ce sont les troupes allemandes que les Alliés devront combattre lorsqu'ils remonteront la péninsule italienne.


En Italie comme en Sicile, les combats seront très durs. Tirant parti des montagnes et des torrents, les Allemands rendront chaque avance alliée difficile et coûteuse. Le total des pertes canadiennes pour les 20 mois de la campagne de la Méditerranée (la Sicile et l'Italie) s'élèveront à 25 264, dont plus de 5 900 morts.

La 8e Armée britannique (qui comprend la 1reDivision canadienne, la 5e Division britannique et la 1re Brigade blindée de l'armée canadienne) traversera la première le détroit de Messine pour atteindre le bout de la botte italienne, puis se dirigera vers Naples. La 5e Armée américaine (avec deux divisions britanniques et deux divisions américaines) débarquera par mer dans le Golfe de Salerne, prendra Naples et avancera sur Rome. La 1re Division aéroportée britannique débarquera par mer dans la région de Tarente et s'emparera du talon de la péninsule.

L'attaque par le détroit de Messie commence le 3 septembre 1943. Les Canadiens, qui se dirigent sur Reggio de Calabre, rencontrent peu de résistance, puisque les Allemands se sont repliés et ont établi leur ligne de défense dans la partie étroite et montagneuse du centre de la péninsule.


Les Canadiens prennent Reggio, avancent à travers la chaine des Aspromontes et le long du golfe de Tarente jusqu'à Catanzaro. Malgré la pluie, les routes de montagne en mauvais état et les combats d'arrière-garde des Allemands, ils sont à 75 milles à l'intérieur de Reggio au 10 septembre.

Pendant ce temps, la 5e Armée américaine a rencontré une dure résistance de la part des Allemands lorsqu'elle a attaqué les plages de Salerne. Il est donc vital que la 8e Armée arrive par derrière les Allemands et aide les Américains à sortir de la tête de pont. À cette fin, une brigade canadienne est détournée de la principale ligne canadienne pour prendre Potenza, centre routier important à l'est de Salerne. Potenza est prise le 20 septembre. Les Américains réussissent à sortir de la tête de pont et le 1er octobre, la 5e Armée entre dans Naples. Entretemps, la 1re Brigade canadienne d'infanterie avance vers l'est, rejoint la division aéroportée dans la région de Tarente et avance hardiment vers l'intérieur au nord et au nord-ouest. Le 5e Corps britannique prend l'aérodrome de Foggia.


À la fin de septembre, l'emprise des Allemands sur le nord et le centre de l'Italie demeure entière, mais les Alliés ont capturé un secteur vaste et important du sud de l'Italie et leur ligne traverse l'Italie d'une mer à l'autre. Le prochain objectif est Rome.


Alors que les Alliés avancent vers le nord depuis Naples et Foggia, les Canadiens se trouvent dans la chaîne de montagnes du centre du pays. Maintenant, l'ennemi résiste de toutes ses forces. Le 1er octobre, à Motta, les Canadiens participent à leur première bataille avec les Allemands en Italie; celle-ci est suivie d'une série de combats brefs mais sanglants. Le 14 octobre, les Canadiens prennent Campobasso, le lendemain Vinchiaturo et ilstraversent le Biferno. Pendant ce temps, une unité de la brigade blindée de l'armée canadienne se distingue sur la côte de l'Adriatique où ils appuient un débarquement britannique à Termoli et son avance jusqu'au Sangro.

Dans les 63 jours écoulés depuis le débarquement, la 8e Armée a couvert 450 milles. Cependant, la poursuite de Reggio est maintenant terminée. Les Allemands, dont la force est maintenant presque égale à celle des Alliés et qui jouissent de l'avantage de la défense, ont décidé de se retrancher depuis la côte, au sud du mont Cassin sur la route Naples-Rome, jusqu'à Ortona sur la côte de l'Adriatique. Il ne sera pas facile de s'emparer de Rome.


Entretemps, on a décidé de renforcer les forces canadiennes dans la Méditerranée. Le 5 novembre, arrivent le Quartier général du 1er Corps canadien, sous le commandement du lieutenant-général H.D.G. Crerar et la 5e Division blindée canadienne. C'est le général Simonds qui prend le commandement de cette dernière division; il est remplacé à la 1re Division par le major général C. Vokes. Le général McNaughton, qui s'est opposé à la division de l'armée canadienne, prendra sa retraite peu de temps après.


Alors que commence à tomber la première neige de l'hiver, la 8e Armée frappe un dur coup contre la ligne allemande le long du Sangro sur la côte Adriatique. Il s'agit de rompre l'équilibre qui s'est établi et de soulager la pression que subit la 5e Armée dans sa marche sur Rome. La tâche n'est pas facile, car la côte Adriatique est découpée par toute une série de vallées profondes. À peine les Britanniques et les Canadiens ont-ils réussi à chasser les Allemands du Sangro qu'ils se retrouvent devant une tâche semblable quelques milles au nord. Ici, le long du Moro, se produisent des combats qui comptent parmi les plus durs de toute la guerre. Les Allemands contre-attaquent à de nombreuses reprises et combattent souvent corps-à-corps; les Canadiens avancent lentement jusqu'à Ortona sur la côte.


La ville médiévale d'Ortona, avec son château et ses bâtiments de pierre, est située sur une corniche qui surplombe l'Adriatique. Les rues en pente abrupte, remplies de décombres ne permettent guère d'utiliser les chars et l'artillerie; c'est donc un combat d'infanterie. En plusieurs jours de combat acharnés, dans les rues, les Canadiens se battent et conquièrent maison par maison et pâté. Ils appelèrent cette méthode Mouseholing (technique du trou de souris). C'est Noël 1943. Entretemps, une attaque secondaire a été lancée au nord-ouest est les parachutistes allemands, qui risquent de se voir couper la retraite, se retirent d'Ortona. La ville tombe officiellement le 28 décembre.


Le mauvais temps met un frein aux offensives durant l'hiver. Pendant ce répit, Simonds part pour l'Angleterre, le major général E.L.M. Burns le remplace. En mars, Burns remplace Crerar au commandement du 1er Corps canadien, Crerar retourne prendre le commandement de la 1re Armée canadienne en Angleterre. Le major général B.M. Hoffmeister prend le commandement de la 5e Division blindée canadienne.

À ce moment-là, l'Armée canadienne en Italie avait atteint le chiffre record de son effectif, soit près de 76 000 hommes de tous grades. Les pertes totales du Corps canadien avaient atteint 9 934 de tous grades, dont 2 119 avaient été mortelles.

La conquête de la Sicile

Au printemps de 1943, les marins et les aviateurs canadiens ont acquis une expérience considérable du combat, mais l'Armée canadienne, postée en Grande-Bretagne, n'a participé à aucune opération terrestre à grande échelle. Il faut acquérir cette expérience et, de plus en plus, le public demande de l'action: c'est pourquoi on décide de faire participer la 1re Division canadienne d'infanterie et la 1re Brigade blindée de l'armée canadienne à l'assaut de la Sicile. Il s'agit du prélude à l'invasion du continent européen.


C'est la 7e Armée américaine, sous le commandement du lieutenant-général George S. Patton et la 8e Armée britannique, sous le commandement du général Sir Bernard L. Montgomery, qui sont chargées de l'invasion. Les Canadiens feront partie de l'armée britannique.


Sous le commandement du major général G.G. Simonds, les troupes canadiennes embarquent de la Grande-Bretagne à la fin du juin. En route, 58 Canadiens sont noyés lorsque trois navires du convoi sont coulés par des sous-marins ennemis; en outre 500 véhicules et un certain nombre de canons sont perdus. Vers la fin de la nuit du 9 juillet, les Canadiens se joignent à l'armada alliée d'invasion, qui compte près de 3 000 navires et péniches de débarquement.

L'assaut commence juste après l'aurore le 10 juillet, précédé par des débarquements aériens. Les Canadiens, qui constituent le flanc gauche de cinq débarquements britanniques étalés sur 40 milles de côte, débarquent près de Pachino, non loin de l'extrémité sud de l'île. Entretemps, les Américains établissent trois autres têtes de pont sur 40 autres milles de côte. En prenant la Sicile, les Alliés voulaient également prendre au piège les armées allemandes et italiennes et leur couper la retraite par le détroit de Messine.


Les troupes du 1er Corps canadien progressant de la Ligne Gustave à la Ligne Hitler au cours de l'offensive de la vallée de Liri, le 24 mai 1944

À partir des plages de Pachino, où la résistance des troupes côtières italiennes a été légère, les Canadiens avancent, à travers une poussière étouffante, sur des routes tortueuses et remplies de mines. Tout va bien au début, mais la résistance se durcit tandis que les Canadiens sont de plus en plus engagés avec les troupes allemandes, bien décidées, qui combattent durement pour les retarder depuis des villages situés sur des hauteurs et des positions quasi imprenables dans les collines. Le 15 juillet, tout près du village de Grammichele, ils essuient le feu des Allemands de la division Hermann Goering. Le village est pris par les hommes de la 1re Brigade d'infanterie et les chars du Régiment de Trois-Rivières.

Piazza Armenia et Valguarnera tombent coup sur coup en deux jours; ensuite, les Canadiens s'attaquent aux villes de Leonforte et Assora dans les collines. Les avantages que confère à la défensive le terrain montagneux signifient des combats très durs, mais les deux villes tombent aux mains des Canadiens. Suivent des combats encore plus durs, car les Allemands se retranchent sur la route d'Agira. Trois attaques successives sont repoussées avant qu'une nouvelle brigade, avec un fort soutien de l'artillerie et de l'aviation, ne réussisse à déloger l'ennemi. Le 28 juillet, après cinq jours de durs combats et de lourdes pertes, Agira est prise.


Pendant ce temps, les Américains dégagent la partie ouest de l'île et les Britanniques remontent la côte est en direction de Catania. Ces opérations poussent les allemands dans un petit secteur autour de la base de l'Etna où Catenanuova et Regalbuto sont capturées par les Canadiens.

La dernière tâche des Canadiens est d'enfoncer la principale position ennemie et de capturer Adrano. Ici encore, les Canadiens doivent lutter non seulement contre les armes, mais contre la nature. Il s'agit d'un pays accidenté, sans chemins; il faut donc des convois de mules pour amener les mortiers, les canons, les munitions et le reste du matériel. Cependant, combattant littéralement de rocher en rocher, les Canadiens avancent régulièrement contre les positions ennemies. Les approches d'Adrano étant dégagées, la voie est préparée pour la fin de la campagne sicilienne. Les Canadiens, passés aux forces de réserve le 7 août, ne prennent pas part à cette dernière phase. Onze jours plus tard, les troupes britanniques et américaines pénètrent dans Messine. La Sicile a été conquise en 38 jours.

La campagne de Sicile a été un succès. Bien que bon nombre des forces ennemies aient réussi à se replier en Italie par le détroit, l'opération a permis d'acquérir la base aérienne nécessaire pour appuyer la libération de l'Italie proprement dite. Elle a également libéré la voie maritime de la Méditerranée et contribué à la chute de Mussolini, ce qui a permis à l'Italie, fatiguée de la guerre, de demander la paix.


Les Canadiens ont accompli une grande tâche au cours de leur première campagne. La division a combattu sur 150 milles de terrain montagneux - plus loin que toute autre formation de la 8e Armée - et pendant les deux dernières semaines, elle a assumé une large part des combats au front de l'armée. Les pertes canadiennes s'élèvent à 562 tués, 664 blessés et 84 prisonniers de guerre.


La bataille de la vallée du Liri

Au printemps de 1944, les Allemands tiennent toujours la barricade au nord d'Ortona, de même que le puissant bastion du mont Cassin, qui bloque le corridor du Liri qui mène à la capitale italienne. Décidés à tenir Rome, les Allemands construisent deux formidables ligne de fortifications la ligne Gustav et, 14,5 kilomètres derrière, la ligne Adolf Hitler.

En avril et mai 1944, la 8e Armée, y compris le 1er Corps canadien, est déplacée secrètement d'un côté à l'autre de l"italie pour aider la 5e Armée américaine dans sa lutte pour Rome. Ici, à l'ombre du mont Cassin, les armées alliées se lancent contre la position ennemie. Les chars de la 1re Brigade blindée canadienne appuient l'attaque alliée. Après quatre jours de durs combats, les défenses allemandes sont brisées de Cassino jusqu'à la mer Tyrrhénienne et l'ennemi se replie sur sa seconde ligne de défense. Le 18 mai, les troupes polonaises deviennent maîtres de la position ennemie à Cassino et de ce qui reste du monastère au sommet.


Le 16 mai, le 1er Corps canadien - infanterie et chars- reçoit l'ordre d'avancer sur la ligne Hitler dix kilomètres plus loin. L'attaque sur la ligne Hitler commence de bonne heure le 23 mai. Sous le feu nourri des mortiers et des mitrailleuses de l'ennemi, les Canadiens font une percée et les chars de la 5e division blindée s'élancent vers le prochain obstacle, le fleuve Melfa. La consitution d'une tête de pont sur le Melfa donne lieu à des combats désespérés. Cependant, une fois les Canadiens traversés, les combats importants pour la vallée du Liri sont terminés.

L'opération se transforme en poursuite, car les Allemands se replient rapidement pour éviter d'être pris au piège dans la vallée par la poussée américaine à l'ouest. La 5e Division blindée assure la poursuite canadienne jusqu'à Ceprano où la 1reDivision d'infanterie prend la relève. Le 31 mai, les Canadiens occupent Frosinone et c'est dans cette région que se termine leur campagne; ils passent à la réserve. Rome tombe aux mains des Américains le 4 juin. Moins de 48 heures plus tard commencent sur les plages de Normandie l'invasion si longtemps attendue du Nord-Ouest de l'Europe: c'est le jour J. Il est donc essentiel que les forces alliées en Italie continuent à immobiliser les troupes allemandes.

Les Canadiens sont maintenant retirés du front pour un repos bien mérité qu'ils occupent à la réorganisation; toutefois, la 1re Brigade blindée canadienne accompagne les Britanniques alors que les Allemands se replient vers le nord sur leur dernière ligne de défense.


La route de Rimini

L'automne et l'hiver de 1944 voient les Canadens de retour sur la côte de l'Adriatique. Leur objectif, la ligne Gothique, est la dernière grande ligne défensive allemenade qui sépare les Alliés de la vallée de Pô et de la grande plaine de Lombardie. Puisque le nord de l"italie contient de nombreuses usines produisant un matériel vital, les Allemands se battront avec la dernière énergie pour empêcher une percée. La ligne est formidable. Elle va en gros de Pise à Pesaro, et se compose de postes de mitrailleuses, de canons anti-chars, de batteries de mortiers et de canons d'assaut, de tourelles de chars encastrées dans le béton, sans compter les mines, les obstacles de barbelés et les fossés antichars.


Le plan allié prévoit une attaque surprise sur le flanc est, suivie d'une poussée vers Bologne. Pour faire croire aux Allemands que l'attaque se fera à l'ouest, la 1re division canadienne a été concentrée près de Florence, puis déplacée secrètement en direction nord vers l'Adriatique.

Au cours de la dernière semaine d'août 1944, l'ensemble du corps canadien commence son attaque sur la ligne Gothique, l'objectif étant la capture de Rimini. I y a six rivières à traverser. Le 25 août, les Canadiens traversent la fleuve Metauro mais le fleuve suivant, le Foglia, est plus formidable. Ici les Allemands ont concentré leurs défenses, et il faut plusieurs jours de combats acharnés et un bombardement de la ligne par les forces aériennes alliées pour y arriver.

Le 30 août, deux brigades canadiennes traversent le Foglia et percent la ligne Gothique. Le 2 septembre, le général Burns signale que la ligne Gothique est complètement brisée dans le secteur adriatique et le 1erCorps canadien avance jusqu'au Conca. L'annonce était prématurée car l'ennemi récupère rapidement, renforce la défense de l'Adriatique en déplaçant des divisions d'autres lignes; on avance vers Rimini pas à pas, en disputant âprement chaque pouce de terrain. À cinq kilomètres au sud du Conca, l'avant-garde rencontre le feu de la 1re Division allemande de parachutistes, alors qu'à l'ouest des combats importants s'engagent sur la crête de Coriano. À force d'acharnement, les Canadiens prennent la crête et il semble que la ligne Gothique va finalement s'effondrer; mais tel n'est pas le cas. Pendant encore trois semaines les Canadiens se battent pour prendre la colline de San Fortunato qui barre la route de la Vallée du Pô.

Le 21 septembre, les Alliés entrent dans la ville maintenant déserte de Rimini. Le même jour, la 1reDivision est relevée par la division de Nouvelle-Zélande qui est prête, avec la 5e Division blindée, à traverser les plaines de Lombardie en direction de Bologne et du Pô. C'est alors que la pluie entre en jeu. Les ruisseaux deviennent des torrents, la poussière se change en boue et les chars s'embourbent dans les marais de Romagne. Les Allemands résistaient encore.


Septembre 1944 se termine et avec lui l'espoir de déboucher rapidement sand la vallée du Pô. Le 11 octobre, la 1re Division canadienne d'infanterie revient en ligne et la 5e Division passe à la réserve. Pendant trois semaines, les Canadiens combattent dans la Romagne détrempée. On perce les formidables défenses du Savio, mais les Allemands contre-attaquent pour essayer de repousser les Canadiens. Entretemps, les Américains avancent sur Bologne; pour arrêter leur avance, les Allemands prennent deux divisions d'élite du front adriatique. Ceci permet aux Canadiens d'avancer jusqu'aux rives du Ronco, quelque dix kilomètres plus loin.

Le corps canadien est maintenant retiré du front et passe à la réserve où il peut se remettre des dix semaines de combats continus et s'entraîne pour les batailles à venir. Pendant ce temps, la 1re Brigade blindée continue à travailler avec les Américains et les Britanniques dans le secteur situé au nord de Florence. Pour elle, la campagne se terminera en Italie parmi les pics neigeux en février 1945.


Il se produit des changements dans le commandement avant que le corps ne retourne au front. Le 5 novembre, le lieutenant-général Charles Foulkes remplace le lieutenant-général Burns comme commandant du 1er corps canadien et le major-général Vokes part pour la Hollande où uk change de poste avec le major-général H.W. Foster.

Les Canadiens reviennent au combat le 1er décembre. La 8e Armée fait une dernière tentative pour atteindre la plaine de Lombardie. Pendant un mois sanglant, ils ont traversé des rivières avec de très lourdes pertes pour finalement se rendre jusqu'au Senio. Résistant avec un acharnement désespéré, les Allemands ont fait venir des renforts de leur flanc ouest et, aidés par la température et la topographie, ont arrêté le 8e Armée. En janvier 1945, la ligne d'hiver se stabilise au Senio; par une température épouvantable, les deux côtés emploient un minimum de troupes et se contentent de se surveiller à partir de positions cachées.


La campagne d'Italie se poursuivra jusqu'au printemps de 1945, mais les Canadiens ne participeront pas à la victoire finale. En février 1945, le 1er Corps canadien part pour l'Europe du Nord-Ouest où il sera réuni à la 1re Armée canadienne. Les Canadiens se joindront à la marche sur l'Allemagne et la Hollande qui mettra un terme à la guerre en Europe.

Bataille Ortona

Ortona est une petite ville d’à peine 500 mètres de largeur, bordée à l’est par la falaise qui surplombe le port et à l’ouest par un profond ravin; son approche ne pouvait s’effectuer que par le sud, ce qui en faisait une position de défense urbaine potentiellement très forte. Ses maisons de pierre offraient aussi de formidables centres de résistance. Dans les vieux quartiers du nord de la ville se dressait la cathédrale San Tommaso, entourée de vieilles demeures de deux ou trois étages dont le rez-de-chaussée n’était souvent qu’une seule grande pièce sans fenêtre bordant une rue pavée, étroite et sombre. De nombreuses maisons étaient dotées d’une cave profonde reliée à ses voisines par des passages souterrains. Les murs du château qui dominaient le port étaient trop affaiblis par les séismes et les tunnels de chemin de fer pour être un des éléments clés de la défense de la ville. Au sud, les maisons plus modernes et les entrepôts étaient disposés en quadrilatères réguliers, mais les rues étaient si étroites que les immeubles, la plupart de quatre étages, se touchaient presque. L’église Santa Maria di Constantinopoli se dressait au sud-est de la ville. La plus importante route de la côte, la route 16, traversait Ortona du sud au nord, devenant le corso Vittorio Emanuele, la rue principale de la ville et l’une des rares avenues assez larges pour que des chars d’assaut puissent y circuler. Les attaquants avaient peu de choix : en entrant dans la ville par le sud, ils étaient forcés de se concentrer sur le corso. L’ennemi pouvait alors les canaliser facilement vers d’excellents champs de massacre sous le feu dominant de ses tirs le long de l’avenue et dans les trois grandes places de la ville qui sont, partant du sud, la Piazza della Vittoria à l’entrée de la nouvelle ville, la Piazza Municipale reliant la ville moderne à l’ancienne, et la Piazza San Tommaso, près du château. L’alternative, pour les attaquants, aurait été de se battre dans les rues transversales, étroites et encaissées. Et ç’aurait été, de toute façon, la seule méthode qui aurait permis de libérer la ville de ses défenseurs, au prix d’un combat acharné nécessitant un nombre suffisant de fantassins pour capturer et sécuriser la ville, pâté de maisons par pâté de maisons.


Évaluation des défenses allemandes

Une des caractéristiques de la défense fut le fait que, n’ayant pas la possibilité d’ériger de réelles fortifications comme des casemates de béton et d’acier, les Allemands ont improvisé avec ce qu’ils avaient sous la main. Les bâtiments de pierre de la ville, surtout dans les vieux quartiers, étaient assez solides pour assurer la protection des défenseurs et de leur matériel. Les ingénieurs allemands ont bloqué les intersections et les rues en démolissant les coins des immeubles, puis en entassant les débris pour dresser des barricades. Ces tas de décombres, empilés assez haut pour empêcher la progression des chars, s’avéraient aussi difficiles à escalader pour les soldats, qui s’exposaient au feu ennemi s’ils tentaient de grimper. Lorsque les Canadiens s’approchaient d’un carrefour, ils constataient que les édifices de chaque côté étaient détruits, ce qui les empêchait d’accéder à un point de vue surplombant les positions allemandes. En face, les coins des deux immeubles encadrant l’autre côté de l’intersection étaient aussi démolis, et les débris formaient un barrage en travers de la rue. Seuls les coins de ces immeubles étaient détruits; le reste était à peu près intact et, aux étages, les Allemands avaient disposé des batteries de mitrailleuses dont le champ de tir couvrait la rue et les pavés sur lesquels s’avançaient les Canadiens. Ils avaient également hissé des canons antichars jusqu’aux étages supérieurs pour couvrir ces approches. Les Canadiens ont rapporté qu’ils ont vu au moins deux pièces de 88 mm démontées puis remontées par les Allemands dans ces positions. Dans certains cas, les barricades de rues recelaient une mitrailleuse ou un canon antichar bien dissimulé. Plusieurs canons étaient aussi embusqués dans les rues transversales de manière à couvrir l’intersection et à surprendre les blindés canadiens. La plupart des carrefours de la ville étaient ainsi protégés par des positions de tir comportant deux ou trois canons antichars qui s’appuyaient mutuellement. En outre, les parachutistes allemands se servaient efficacement de leurs nombreuses mitrailleuses. Les défenseurs avaient aussi réparti des positions de tir dans les rues qui menaient aux intersections et dans les maisons qui les bordaient.


Le 21 décembre 1943, la compagnie (B) des Seaforth Highlanders avance sur un sentier miné le long de la côte. Ortona se profile devant eux.

L’utilisation de mines fut une autre caractéristique importante de la bataille d’Ortona. Les espaces découverts, comme l’esplanade qui séparait la ville du port, étaient abondamment semés d’un mélange de mines antichars et de mines anti-personnel. À mesure que l’on s’avançait dans la ville, les défenses devenaient de plus en plus complexes et étaient conçues de manière à former un réseau serré de centres de résistance. Au sol, ceux-ci étaient cachés dans les décombres d’immeubles entiers qui avaient été démolis pour s’affaisser dans la rue et la bloquer. On avait ensuite creusé les débris pour aménager deux ou trois nids de mitrailleuses. Ces derniers étaient à leur tour protégés par des mitrailleuses situées aux étages des bâtiments environnants. Les amas de débris recelaient également des mines antichars dont certaines étaient munies d’une ficelle attachée au détonateur, ce qui permettait aux parachutistes, cachés plus loin, de les faire exploser à distance quand un attaquant s’approchait. L’effet était dévastateur, car la déflagration se trouvait décuplée par l’explosion des autres mines avoisinantes qu’elle provoquait. La menace des mines faisait en sorte que les chars canadiens ne pouvaient foncer à travers les barricades tant qu’on n’avait pas inspecté et déminé ces obstacles. Les Allemands placèrent aussi des mines contre les murs des maisons et, en les faisant sauter à distance, ils pouvaient provoquer l’effondrement de la maçonnerie. Ils parvenaient ainsi à bloquer la voie, à ouvrir une brèche dans un immeuble ou encore à décrocher d’un engagement et couvrir leur repli vers une autre position lorsque, à un endroit, la situation tactique se retournait contre eux. Même les décombres étaient semés de mines antichars souvent mêlées à des mines antipersonnel, et les parachutistes allemands utilisaient abondamment les mines de bois italiennes que ne pouvaient déceler les détecteurs de mines métalliques employés par les Canadiens.


Des soldats canadiens mettent un canon antichar en position dans les rues d'Ortona, le 21 décembre 1943.

Les Allemands ont en outre disposé çà et là des pièges ingénieux. Par exemple, un démineur qui retirait une mine pouvait déclencher l’explosion d’une seconde mine cachée sous la première, ce qui ralentissait considérablement le déminage et rendait le processus périlleux. Mais les pièges les plus dangereux étaient ceux cachés dans les bâtiments inoccupés ou récemment abandonnés par les parachutistes qui y ont placé des pièges en prévision de leur repli de cette position. Les entrées obscures de nombreuses maisons, tout comme les escaliers, recelaient des fils de détente prêts à faire exploser des mines ou des charges dès qu’une botte imprudente s’y accrochait. Les soldats canadiens n’osèrent plus défoncer une porte à coups de crosse de fusil ou de botte, de peur que les portes elles-mêmes fussent piégées. Ils se sont vite rendu compte que la pire façon d’entrer dans un édifice pendant ces combats, c’était par la porte. Et une fois à l’intérieur, il ne fallait surtout pas ramasser des objets attrayants, comme une arme allemande abandonnée, un porte-documents ou une bouteille de vin, encore moins se fier à la plomberie des maisons équipées de toilettes à chasse d’eau. Les mêmes précautions s’appliquaient aux objets qui traînaient parmi les débris jonchant les rues. Des immeubles entiers étaient truffés d’explosifs que les Allemands pouvaient faire sauter à distance quand les Canadiens y pénétraient ou dès que leurs propres parachutistes quittaient les lieux. L’un des pièges utilisés par les parachutistes et que les Canadiens n’ont pas toujours su déjouer était de procéder à l’évacuation d’une maison dans l’espoir que les attaquants, voyant cela, s’y précipiteraient. Dès que les Canadiens envahissaient les lieux, les Allemands déclenchaient les charges d’explosifs entassées au sous-sol.

L’unité tactique de base de la défense allemande était l’équipe de serveurs de mitrailleuses légères, qui, selon les rapports, étaient également dotés d’un ou deux lance-grenades, ce qui indique la confiance que les parachutistes accordaient à ce genre d’arme. Ces équipes se sont battues avec acharnement, parfois jusqu’au dernier homme, mais, quand elles le pouvaient, elles se repliaient sur d’autres positions préparées. Les Canadiens remarquèrent que les parachutistes abandonnaient parfois des positions offrant de bons champs de tir au profit de l’effet de surprise, retenant leur feu tant qu’ils n’étaient pas sûrs de tuer leurs cibles.


Un artilleur canadien fait feu d'un canon de six livres à l'extrémité d'une rue pleine de décombres, le 21 décembre 1943.

 Lors des combats de maison à maison, les Allemands postaient leurs mitrailleuses au fond des pièces de manière à couvrir les fenêtres et, si possible, les portes. Ils ne tiraient qu’une fois les soldats canadiens entrés dans la pièce. Souvent, même après l’explosion d’une grenade, les Allemands survivants capables de tirer continuaient de le faire jusqu’à ce que les Canadiens se rendent maîtres des lieux. Ces derniers reconnurent que la discipline de feu des parachutistes était excellente. Tous les escaliers menant aux étages supérieurs étaient d’éventuels pièges mortels, car les Allemands installaient des mitrailleuses au sommet afin d’abattre quiconque essayait de monter. Une tentative d’ascension des escaliers pouvait aussi bien entraîner une pluie de grenades lancées de l’étage. Outre les petits groupes tactiques, de nombreux parachutistes se battaient isolément, et certains tireurs embusqués étaient équipés de fusils munis d’une lunette de visée. Les immeubles, les toits et les tas de décombres leur offraient d’innombrables positions de tir, et un seul tireur pouvait ainsi contrôler un vaste territoire. Il n’avait qu’à choisir ses cibles une à une, se concentrant sur les officiers, les sous-officiers et les signaleurs, et à changer fréquemment de position pour ne pas être repéré. Les Canadiens ont aussi remarqué que les parachutistes étaient bien approvisionnés en grenades, car ils ne se gênaient pas pour en lancer dans les rues, sans vraiment viser, afin de retarder l’avancée des attaquants. Il est même arrivé que les Canadiens, après avoir déminé un tas de débris, voient s’étaler sur le pavé devant eux d’autres mines, lancées par les parachutistes à partir des fenêtres avoisinantes. À l’évidence, les parachutistes allemands étaient très versés dans l’art du combat de rue et savaient transformer systématiquement des rues, des pâtés de maisons et même des bâtiments isolés en centres de résistance. L’expérience était un atout, et il se trouvait sûrement parmi les parachutistes des vétérans qui avaient appris à se battre dans les rues en Russie.


 La bataille d’Ortona fut marquée par des combats urbains acharnés pour chaque pâté de maison.

À la bataille d’Ortona, les Allemands utilisèrent aussi deux nouvelles armes antichars portatives puissantes, le Panzerschreck (la terreur des chars), un lance-roquettes de 88 mm à charge perforante, et le Panzerfaust (casseur de chars), un lance-grenades à charge perforante. Toutes deux étaient capables de mettre hors d’état de marche un char Sherman, et chacune était un exemple du type d’armes antiblindé de conception simple, produites en série, qui équipaient en nombre croissant les troupes allemandes. Les parachutistes faisaient également usage de quelques lance-flammes portatifs. Malgré leur portée de 50 mètres, ces armes, que les Canadiens dédaignaient, ne causaient que très peu de dégâts, mais on admettait tout de même qu’elles avaient un effet démoralisant. Les armes plus lourdes comme les mortiers, l’artillerie et même les quelques chars qui appuyaient les parachutistes de leurs tirs furent toutes postées

aux limites nord d’Ortona, et aucun char allemand ne s’aventura dans les rues de la ville.


En plus de leurs tactiques défensives et de leur armement, les défenses allemandes à Ortona se distinguèrent aussi par le nombre d’effectifs déployés pour combattre ainsi que par leur capacité de se déplacer et de se ravitailler. Les Canadiens furent d’abord confrontés au 2e bataillon du 3e régiment parachutiste de la Luftwaffe, qui assuma le gros de la défense jusqu’au 24 décembre, alors que les pertes et l’épuisement, s’ajoutant au fardeau croissant de l’attaque canadienne, amenèrent le général Heidrich, qui commandait la 1re division parachutiste, à engager ses réserves divisionnaires, le 2e bataillon du 4e régiment parachutiste.


Le 23 décembre 1943, les chars du Régiment de Trois-Rivières avancent sur le corso Vittorio Emanuele, en direction de la Piazza Municipale.

La nature rapprochée des combats de rue a fait en sorte que la bataille ne pouvait être dirigée de plus haut qu’au niveau de la section ou de l’escadron, ce qui rendait trompeuse toute référence aux bataillons ou même aux compagnies. On estime à guère plus de 100 le nombre de parachutistes en action dans la ville à quelque moment que ce soit, les autres étant au repos dans les caves et surtout dans les tunnels ferroviaires ou en cours de redéploiement. Les Canadiens trouvaient difficile de suivre les mouvements des Allemands et de déterminer avec précision l’importance de leurs effectifs. Les secteurs que l’on croyait avoir dégagés étaient infiltrés à nouveau par des tireurs embusqués et des équipes de mitrailleurs qui se frayaient un chemin à travers les décombres, par des passages souterrains ou par des tunnels dont les Canadiens ignoraient l’existence. Ces déplacements se faisaient surtout la nuit, quand ni l’un ni l’autre côté ne cherchait délibérément à engager le combat, car c’était difficile à contrôler et chacun savait qu’il risquait de tuer un soldat ami ou d’être abattu par un de ses propres frères d’armes. Les parachutistes se déplaçaient ainsi, ni vus ni connus pendant un certain temps du moins, d’un immeuble à l’autre, à travers des pâtés de maisons entiers, pour relever des camarades ou apporter des munitions et du ravitaillement. Puis, les Canadiens découvrirent les petits trous, à peine assez grands pour qu’un homme puisse s’y faufiler, que les Allemands avaient aménagés entre les pièces et les maisons, certains étant simplement dissimulés derrière des meubles. C’est par ces passages que les parachutistes parvenaient à s’infiltrer dans des immeubles et à réoccuper du terrain à l’arrière des positions canadiennes, obligeant nos soldats à se battre de nouveau pour reconquérir les lieux, jusqu’à ce qu’ils aient appris à déceler et à boucher ces trous.


Des paras allemands capturés passent devant un blindé Sherman du Three Rivers Regiment à Ortona le 23 décembre 1943

Évaluation d’une bataille urbaine

Un rapport canadien de la bataille décrit le combat de rue comme étant un art qui se maîtrise grâce à l’entraînement, à une discipline rigoureuse et à une planification soigneuse ou au prix d’une expérience amère. Ce dernier constat s’applique plutôt à la bataille d’Ortona, car les Canadiens n’avaient pas été formés exprès pour relever ce genre de défi et les combats urbains n’étaient pas une priorité des écoles d’infanterie. Un commandant de compagnie du Loyal Edmonton Regiment, dont les troupes ont mené la plupart des combats à Ortona, dira même plus tard que, si ces écoles leur avaient enseigné quoi que ce soit à propos des combats de rue, les hommes l’avaient oublié au moment de la bataille.

Les rapports insistaient sur la nécessité de mettre au point un plan détaillé et bien structuré pour libérer une ville tenue par l’ennemi. À Ortona, ce plan ne sera élaboré qu’une fois les combats engagés et la nature de la bataille comprise. Les Canadiens ont également souligné l’importance des opérations de reconnaissance avant la bataille, précisant qu’il fallait prévoir du temps pour remplir ces conditions primordiales. Or, on ne fera que très peu de reconnaissance avant la bataille d’Ortona et on se rendit compte assez tard que les Allemands occupaient la ville en force et étaient prêts à se battre. Les photos de reconnaissance aérienne furent jugées essentielles, et les Canadiens en ont largement profité, ces photos étant distribuées à tous les échelons jusqu’aux commandants de section. Nos soldats ont cependant été désorientés par ces combats de rue et, avec tous ces bâtiments et points de repère systématiquement démolis au préalable par les Allemands ou détruits pendant les combats, une connaissance du plan d’ensemble de la ville s’avéra inestimable. On avait donc besoin d’un grand nombre de photos aériennes, et tous les commandants devaient avoir le temps de les étudier. Les combats urbains prennent du temps, et ce sera un des thèmes récurrents des évaluations de la bataille d’Ortona. Les renseignements provenant des patrouilles et des vols de reconnaissance photographique ont permis l’élaboration d’un plan d’attaque répartissant la ville en secteurs. Les Canadiens furent d’avis qu’une ville bien défendue devait être libérée secteur par secteur, chacun étant attribué à un effectif précis. Ces soldats devaient effectuer un ratissage systématique et progressif de la ville en s’avançant dans une même direction sans aucune déviation qui puisse permettre aux Allemands de s’infiltrer dans les secteurs déjà inspectés et présumés sûrs et de ralentir la progression des troupes.


Après la fin des combats, la population reprend ses activités normales dans la ville dévastée. Une jeune femme met son linge à sécher sur une corde tendue à travers les décombres, le 13 janvier 1944.

Les combats urbains étaient aussi une tâche qu’il fallait confier à des troupes fraîches. Cela exige davantage d’initiative de la part des commandants de section, et même de la part de chaque homme, que toute autre forme de combat, souligne un rapport canadien. Voilà une interprétation sensée de l’expérience d’Ortona, car les combats de maison à maison, de pièce à pièce, sont l’affaire de petits groupes, de deux hommes ou même d’un seul. Dans de telles conditions, on peut donner des instructions pour la capture d’un pâté de maisons ou d’un seul immeuble, mais une fois le combat engagé, la prise de décisions tactiques incombe rapidement aux échelons inférieurs. La nécessité d’engager des troupes fraîches témoignait de l’expérience difficile vécue par les unités canadiennes qui se battaient sans relâche depuis la traversée de la rivière Moro. D’autant plus que la transition aux combats de rue et à un modèle de bataille très différent de ce que les Canadiens avaient connu jusque-là s’est faite soudainement et de manière largement inattendue, sans période d’adaptation psychologique. Les effets se sont fait sentir à tous les niveaux, car, tandis que les fantassins s’adaptaient aux combats dans les maisons, à travers les bâtiments et dans des rues étroites, les officiers de tous grades devaient s’habituer à un rythme de bataille différent. Un des aspects les plus remarquables des combats de rue tient en effet à leur cadence, celle-ci étant très différente de celle des autres formes de combat d’infanterie. On ne peut trop insister sur le fait que, une fois engagé dans un combat rapproché au cœur d’une ville, il faut être prêt à sacrifier la vitesse, fait remarquer un rapport. Ne pas accepter cela aurait eu pour conséquence des pertes écrasantes ainsi que l’épuisement des réserves et des approvisionnements. C’est pourquoi les Canadiens préconisèrent un seul plan et un ensemble de directives couvrant l’avenir immédiat et considéraient inutile de donner des ordres trop ambitieux. Par ailleurs, on ne devait pas laisser la présence de civils altérer les plans, bien qu’on se soit assuré que tout ce qui pouvait être fait pour eux avait été fait. En réalité, les combats de rue ne peuvent être précipités et, si l’on tente d’en accélérer le rythme, on s’expose à la défaite. De cette expérience a émergé une série de principes de planification et de préparation à l’attaque d’une ville défendue, qui témoignent de la nature graduelle et prolongée de cette forme de combat :

Diviser la ville en secteurs et assigner une compagnie d’infanterie et ses armes d’appui à la capture de chaque secteur.

Répartir chaque secteur en objectifs désignés de pelotons.

Ne progresser qu’en petites étapes bien définies à l’intérieur des secteurs et consolider chacune d’elles avant d’amorcer la prochaine.

Purger et consolider chaque secteur avant de s’attaquer au secteur suivant.

Ne jamais céder le terrain conquis.

Apporter les munitions et les approvisionnements dans des dépôts situés le plus près possible des troupes au combat.

L’énoncé de ces principes s’accompagne d’une méthodologie plus vaste couvrant chaque étape et chaque niveau d’une bataille urbaine, de la planification initiale à la prise de contrôle d’une ville, en passant par les actions que doivent accomplir les divers pelotons et les diverses sections pour capturer un immeuble. Il s’agit là d’une tentative perspicace, et plutôt réussie, pour interpréter la confusion chaotique d’une bataille urbaine. À partir de l’expérience d’Ortona, on a élaboré un modèle né de l’épreuve du feu, une sorte de manuel comportant un guide des méthodes tactiques, d’usage des armes et de coordination de l’infanterie et des armes d’appui sur un champ de bataille urbain.


La compagnie (B) du Loyal Edmonton Regiment en train d’avancer.

L’entrée dans la ville

Répétons-le, l’expérience d’Ortona l’a montré, la transition d’une forme de combat à une autre est difficile, et les commandants doivent posséder une bonne connaissance de la situation afin d’organiser les bataillons et les sous-unités pour les combats de rue et de faire monter les armes d’appui à temps. Cette transition s’est faite lorsque les Canadiens ont pris pied dans la ville, et les évaluations subséquentes ont indiqué qu’il s’agissait là de la dernière fois où les armes d’appui furent employées conformément au modèle de bataille qui prévalait jusque-là. Pour l’assaut d’incursion initial dans un secteur choisi de la ville, on comptait utiliser tous les types de tirs d’appui, y compris l’artillerie, pour ouvrir une brèche permettant aux troupes d’assaut de pénétrer dans les premiers bâtiments, pour isoler par le feu ce secteur des renforts allemands et pour le soustraire aux tirs ennemis.

Après cela, on croyait que l’artillerie serait peu utile. Les combats de rue exigeaient des armes de soutien rapproché comme les mitrailleuses moyennes, les mortiers, les chars et les canons antichars. Ces armes devaient être intégrées au plan de tir précédant la première attaque, mais, une fois que les soldats avaient assuré leur position dans un premier immeuble ou pâté de maisons aux limites de la ville, il fallait rapidement amener ces armes à la première ligne de feu. On avait surtout immédiatement besoin à l’avant de canons antichars, mais, puisque leurs véhicules tracteurs pouvaient difficilement avancer à cause des mines et des tirs allemands, on devait les tirer à bras d’hommes sur les 100 derniers mètres, au moins, jusqu’à la position requise. Une fois les attaquants établis dans les premiers immeubles et leurs armes d’appui acheminées jusqu’à eux, la bataille urbaine pouvait commencer. À partir de ce moment, dit un rapport, la bataille se transforma en un sinistre combat d’infanterie, les canons antichars et les mortiers aidant du mieux qu’ils pouvaient. Des soldats du génie et des sapeurs accompagnaient les fantassins pour désamorcer les pièges allemands et effectuer les démolitions nécessaires à l’assaut.

Le contrôle de la bataille urbaine

Les Canadiens estimaient que, une fois la conquête de la ville commencée, il serait impossible d’assurer le contrôle direct et complet des combats à quelque niveau supérieur à la section d’infanterie. Les objectifs assignés aux compagnies, pelotons et sections devenaient le cadre de contrôle de la bataille. Les compagnies et les pelotons devaient disposer de bases d’appoint, dotées d’une réserve de munitions, et leurs emplacements devaient être connus de tous. On établit des postes de contrôle, et les commandants de compagnies et de pelotons, suivant un horaire précis, communiquaient au quartier général du bataillon les renseignements essentiels sur la bataille, comme les positions atteintes par les soldats de première ligne et les objectifs capturés. Il est absolument indispensable que le commandant de bataillon reçoive un flot constant de renseignements exacts et à jour, insiste-t-on dans un rapport canadien. L’expérience d’Ortona a démontré qu’il est possible d’arriver à comprendre ce qui se passe dans la confusion d’une bataille urbaine. Cependant, il y aurait à l’évidence des problèmes, surtout en ce qui a trait aux communications, les lignes risquant d’être coupées et les signaleurs devenant la cible des tireurs embusqués. On s’est rendu compte que les postes radio no 38 n’étaient pas pratiques pour les combats de rue, bien qu’aucun rapport n’indique si c’est en raison de leur format encombrant (ils pèsent près de six kilos) qui ralentit les mouvements du soldat ou si c’est (plus probablement) à cause des difficultés de transmission et de réception dans un lieu densément bâti. Quoi qu’il en soit, les Canadiens ont dû se fier davantage aux messagers pour transmettre les renseignements, une affectation périlleuse dans cet environnement urbain infesté de tireurs embusqués.


Une des rues étroites que les Seaforth Highlanders du Canada eurent à traverser en se rendant à la partie ouest d’Ortona.

Le fantassin et son arme

On a vu que plus un homme est allégé pour se battre, mieux il se bat.

Déductions canadiennes tirées des combats de rue d’Ortona

Les combats de rue ne sont pas faits pour le fantassin lourdement chargé, et les Canadiens l’ont vite compris. Les attaquants laissèrent donc leurs sacs aux bases d’appoint établies par leur compagnie ou leur peloton; ceux-ci leur seraient ensuite rapportés par le peloton de réserve une fois leur objectif capturé et assuré. Outre la nécessité de se déplacer rapidement et sans encombre, les Canadiens insistaient sur l’importance de bouger silencieusement dans le contexte des combats de maison à maison et, surtout, de pièce à pièce; on décida que les bottes de caoutchouc ou même les espadrilles constituaient les chaussures les plus appropriées pour ces conditions. L’expérience pratique a aussi révélé que, lorsque les fantassins se servent d’explosifs pour défoncer les étages supérieurs d’un immeuble, les parachutistes qui s’y trouvent ont tendance à croire qu’il s’agit de tirs d’obus ou de mortier et ne s’attendent pas à une attaque venant des toits. Par contre, le claquement des bottes de soldats trahit immanquablement l’approche des attaquants.

Les rapports canadiens sur l’efficacité des armes indiquent que les combats de rue sont des batailles de grenades. La grenade no 36 est même décrite sans équivoque comme étant le fondement de toute l’attaque. Les combats sont si rapprochés qu’il est généralement impossible d’utiliser d’autres sortes d’explosifs puissants, et il importe que chaque fantassin transporte autant de grenades qu’il peut. Pour ce faire, la meilleure technique était de porter le blouson de cuir de l’armée avec la ceinture de toile à l’extérieur, ce qui permettait au soldat de transporter entre six et huit grenades dans son blouson sans risquer de tirer les goupilles.


Camion et jeep de la 1re Division du Canada qui brûlent après avoir été frappés d’un mortier par les troupes allemandes.

Il pouvait aussi y mettre les chargeurs de rechange de son fusil mitrailleur ou de son arme automatique légère. Une autre grenade abondamment utilisée dans cette bataille fut la grenade fumigène no 77, dont on se servait pour créer un écran de fumée derrière lequel les fantassins se dissimulaient pour traverser des espaces couverts par les armes allemandes, particulièrement lorsqu’ils s’apprêtaient à attaquer un immeuble ou un pâté de maisons. En général, on transportait ces grenades accrochées dans le dos pour réduire les risques de graves brûlures au phosphore en cas de détonation prématurée. Les sapeurs qui accompagnaient les troupes d’assaut étaient armés de grenades antichars un peu plus puissantes, qui servaient de charges de démolition portatives pour forcer l’entrée des immeubles ou pour faire sauter les centres de résistance allemands.


La puissance de feu en situation de combat rapproché provenait avant tout du fusil mitrailleur léger Bren de la section d’infanterie et de la mitraillette Thompson. Les Canadiens soutenaient que les soldats engagés dans des combats de rue devaient être équipés de ces armes et s’en servir pour monter à l’assaut dans le sillage des grenades. Cependant, la plupart des fantassins étaient armés de leur fusil de combat ordinaire, mais les évaluations subséquentes de la bataille n’en firent qu’implicitement mention en parlant des tireurs embusqués. À ce chapitre, les Canadiens ont rapporté que leurs tireurs étaient très utiles, non seulement comme tireurs cachés, mais aussi pour occuper des postes d’observation avancés. Ces hommes provenaient surtout du peloton de réserve qui tenait la base d’appoint plutôt que du peloton d’assaut. Une des armes ayant acquis ses lettres de noblesse à Ortona a été le lance-bombes antichars PIAT, d’utilité douteuse dans son rôle d’origine, mais que les Canadiens ont néanmoins jugé inestimable. Ils l’utilisèrent pour tirer dans les maisons afin de réduire au silence les centres de résistance et y pénétrer, ainsi que pour faire sauter les tas de décombres minés ou recelant des nids de mitrailleuses allemandes. Le mortier d’infanterie, pas assez portatif pour les combats de rue, a quand même servi. Le mortier de 50 mm pouvait être conduit à l’avant pour offrir un appui rapproché aux troupes d’assaut; on s’en servit pour créer des écrans de fumée et ainsi soustraire les attaquants au feu des Allemands qui pouvaient tirer sur eux à partir des immeubles, et aussi pour faire sauter les tas de débris à coups de projectiles explosifs et ainsi dégager la voie. Les mortiers de 75 mm étaient plus lourds : chacun pesait plus de 56 kilos et il fallait trois hommes pour le transporter en première ligne. Beaucoup moins faciles à manœuvrer que les autres, ces mortiers étaient évidemment moins utiles comme armes d’appui rapproché. On ne les installait que là où l’on trouvait une bonne position pour leur plate-forme et on s’en servait pour isoler de leurs renforts les Allemands qui occupaient un bâtiment sur le point d’être attaqué.

Les chars d’assaut et les canons antichars fournissaient un appui rapproché plus puissant; la coordination entre ceux-ci et l’infanterie s’est avérée efficace et a donné de bons résultats. Cependant, les chars avaient de la difficulté à manœuvrer en un terrain urbain encombré. À Ortona, ils ont été plus efficaces comme casemates mobiles, car, trop vulnérables aux mines et aux armes antichars allemandes pour foncer devant l’infanterie, ils restèrent à l’arrière pour tirer, faisant sauter les centres de résistance avec leurs canons et couvrant les troupes d’assaut du feu de leurs mitrailleuses Besa. Les liaisons entre les chars et l’infanterie ont été bonnes grâce aux perfectionnements apportés par la division canadienne durant la bataille de la Moro. À Ortona, les commandants de chars se rapportaient régulièrement aux postes de contrôle de l’infanterie pour obtenir des directives. Les chars travaillaient en étroite collaboration avec les canons antichars, chacun couvrant l’autre quand il s’avançait pour appuyer l’infanterie. Les chars se sont également révélés d’une grande utilité pour apporter les munitions et les approvisionnements aux soldats à l’avant, car, bien qu’on utilisât aussi des jeeps et d’autres véhicules de transport, leur vulnérabilité obligeait à les garder loin des zones de combat. Pâté de maisons par pâté de maisons, rue par rue, les canons antichars étaient tirés à bras d’hommes pour suivre l’avancée des fantassins. Vers la fin, quelques canons tirant des obus de dix-sept livres (7,7 kilos) se sont joints à la bataille. Par contre, ce sont surtout les canons tirant des obus de six livres (2,7 kilos) qui assurèrent l’appui rapproché, tirant de puissants obus explosifs à travers les fenêtres et les portes avant l’assaut afin d’anéantir les défenseurs, et servant également à faire sauter les pièges et les mines. Ils tiraient aussi sur les coins des maisons derrière lesquels on soupçonnait la présence de mitrailleuses et de canons antichars allemands. Enfin, on s’en servit pour raser les barricades et pour lancer des obus perforant le blindage afin d’ouvrir des brèches dans les murs des immeubles que les attaquants voulaient envahir. Les soldats indiquaient alors leur cible aux canonniers à l’aide de pistolets lance-fusées, d’obus de mortier fumigènes ou de grenades fumigènes. Même si les combats de rue étaient surtout le travail des fantassins, les évaluations subséquentes ont mis en évidence le fait que la victoire d’Ortona fut attribuable au travail d’équipe de toutes les armes.

Les tactiques de capture d’une ville

Chaque attaque distincte contre un pâté de maisons faisait partie d’une attaque plus vaste en profondeur, les pelotons faisant la rotation entre les troupes d’assaut et les troupes de réserve. Une fois qu’un pâté était capturé, le peloton de tête établissait une base d’appoint et consolidait sa position, transformant celle-ci en centre de résistance contre toute tentative de contre-attaque des Allemands : on cherchait les pièges, les mines à retardement et les « trous de souris » par lesquels les parachutistes pourraient ressurgir. Le peloton de réserve prenait ensuite la relève des combats pour capturer le pâté de maisons suivant. On a reconnu que la méthode enseignée à l’entraînement, qui consistait à faire avancer deux pelotons à la fois, chacun occupant un côté de la rue et s’appuyant réciproquement, se révéla sensée en pratique. Un peloton qui attaquait une maison d’un côté de la rue se trouvait couvert par le peloton qui était de l’autre côté, tandis que les tirs d’appui isolaient l’immeuble derrière un écran de feu et de fumée. On s’est rendu compte qu’en général, quand un bâtiment ou un pâté de maisons était capturé, les Allemands abandonnaient le pâté de maisons qui lui faisait face de l’autre côté de la rue, ceci afin de préserver l’intégrité de leurs défenses lorsque leurs champs de tir interconnectés, qui s’appuyaient les uns les autres, étaient ainsi désorganisés. Pâté de maisons par pâté de maisons, secteur par secteur, le processus d’extraction de l’ennemi se poursuivait, les pelotons avançant à saute-mouton à travers les immeubles. Lorsqu’un secteur désigné était capturé et sécurisé, une autre compagnie prenait le relais pour attaquer le secteur suivant. La compagnie qui tenait le secteur capturé y établissait une base et organisait les tirs d’isolation par le feu et la fumée du prochain secteur à attaquer. Tout ce processus aide à comprendre pourquoi les rapports insistent sur le fait que les combats de rue exigeaient beaucoup de temps et qu’on ne pouvait précipiter les choses sans en payer chèrement le prix.

Les Canadiens décrivirent deux méthodes pour déloger l’ennemi d’un bâtiment. La plus répandue consistait à prendre la maison d’assaut et à la capturer pièce par pièce. Ceci devait se faire de haut en bas, insistèrent-ils fortement, plutôt que de bas en haut. Selon un rapport, on s’est rendu compte que le dégagement d’une maison de bas en haut s’avérait excessivement coûteux et que chaque Allemand tué par les Canadiens qui montaient nous coûtait un de nos hommes. L’assaut d’un édifice à partir du rez-de-chaussée est précisément la forme d’attaque contre laquelle les parachutistes allemands ont configuré leurs défenses. Une fois acquise l’expérience de ce genre de combat, les Canadiens ont refusé de se plier aux tactiques des Allemands. Lorsqu’ils avaient capturé une maison ou un pâté de maisons, les attaquants s’introduisaient dans l’immeuble voisin en faisant sauter des puits d’accès dans le toit ou en défonçant le mur mitoyen aux étages supérieurs. Ils se servaient alors de ruches (petites charges explosives posées contre le mur) ou de grenades plus puissantes portées par les sapeurs. Les rapports appelèrent cette méthode perçage de trous de souris ou perçage de maisons. Une fois à l’intérieur, les soldats progressaient vers les étages inférieurs, lançant des grenades no 36 dans chaque pièce avant d’y entrer. Les escaliers étaient souvent trop dangereux pour qu’on s’y aventure, même à partir d’en haut. C’est pourquoi on choisissait généralement de défoncer les planchers à coups d’explosifs, puis de lancer des grenades dans la pièce en-dessous. Pendant ce temps, le peloton d’appui et les armes lourdes couvraient de leurs tirs les fenêtres de l’immeuble d’en face tout en surveillant toutes les issues par lesquelles les parachutistes auraient pu tenter de s’échapper.

La première maison d’un pâté devait toutefois être attaquée de bas en haut, on n’avait pas le choix. Dans ce cas, il fallait inspecter à fond toutes les pièces du rez-de-chaussée avant de s’engager dans l’escalier. Quand les soldats faisaient irruption dans un immeuble, aidés par les tirs des armes lourdes d’appui telles que les canons antichars et les chars eux-mêmes, ils lançaient des grenades dans chaque pièce du rez-de-chaussée. Certains grands édifices à plusieurs étages étaient trop imposants pour qu’on s’attaque aux niveaux supérieurs une fois le rez-de-chaussée capturé, le risque de pertes importantes excluant toute tentative de se battre pour se frayer un passage jusqu’au sommet. Cette situation a donné lieu à la deuxième méthode principale utilisée pour déloger les Allemands : démolir complètement l’immeuble sans avoir à se battre d’une pièce à l’autre. Lorsque le rez-de-chaussée était sécurisé, les sapeurs apportaient des explosifs, souvent entassés dans des bidons d’eau récupérés des Allemands, et disposaient ces charges judicieusement de manière à faire sauter le tout. Les troupes d’assaut et les sapeurs se retiraient alors et déclenchaient l’explosion. Le tas de décombres qui en résultait était ensuite inspecté sous couvert des chars, des mitrailleuses et des canons canadiens. Il arrivait aussi qu’on démolisse un édifice à coups de canons de chars et antichars, puis qu’on donne l’assaut à l’édifice en ruines sous couvert de leur feu.


Renforts avançant le long du saillant d’Ortona, toile de Lawren p. Harris.

Dans un combat rapproché, d’une pièce à l’autre dans des espaces étroits, l’initiative, la rapidité de mouvement, l’acuité des sens et la vitesse des réflexes se sont révélés les éléments déterminants de la réussite et de la survie. Les Canadiens ont indiqué que, une fois engagés dans l’attaque d’un pâté de maisons, il n’était pas question de s’arrêter pour soigner les blessés. C’est seulement après avoir complètement sécurisé un pâté de maisons que les soldats pouvaient aller chercher les blessés et les ramener au rez-de-chaussée, où on leur administrait les premiers soins. De là, les brancardiers les évacuaient vers les postes de contrôle, première étape de leur retour vers l’arrière. Il n’était pas prudent, non plus, de laisser des immeubles capturés sans surveillance. La consolidation des positions était vitale, même si cela nécessitait une ponction des forces destinées au combat. On estimait qu’il était essentiel de laisser au moins deux sentinelles de garde dans chaque immeuble capturé et de s’assurer que chaque point d’entrée probable était bien couvert. Autrement, les parachutistes revenaient harceler les Canadiens de l’arrière et saper l’attaque en cours, ce qui obligeait à recommencer toute l’opération coûteuse de capture des lieux. Cette affectation de sentinelles revêtait une importance particulière la nuit, lorsque les commandos d’infiltration allemands s’activaient. Toutefois, les Canadiens ont fait remarquer que cette tâche ne devait pas être confiée à des hommes qui avaient tiré au fusil mitrailleur dans des endroits fermés pendant la journée, car ils étaient temporairement sourds. Il s’agit peut-être là d’un détail, mais c’est justement de tels détails que dépendait la survie des hommes, parfois même l’issue des batailles. Ainsi, aucun aspect de l’expérience acquise en matière de combats de rue ne devait être négligé.


Personnel de l’infanterie légère canadienne de la Princess Patricia's Canadian Light Infantry dépassant un char Sherman.

Conclusion

Au cours de la bataille d’Ortona, les Canadiens ont innové, improvisé et exploité avec succès les effets de leurs armes personnelles et des armes d’appui dans des circonstances généralement imprévisibles. Après une semaine de combats dans la ville, la division canadienne est devenue, au sein de la 8e armée, le groupe d’experts reconnus en matière de combats de rue. En prévenant les Alliés qu’ils devaient s’attendre à de nouvelles batailles de ce genre, la bataille d’Ortona comportait de sérieuses implications. En Angleterre, des armées surtout composées de formations qui n’avaient pas encore été mises à l’épreuve se préparaient à créer le deuxième front principal, dans le nord-ouest de l’Europe. Ils pouvaient s’attendre à y rencontrer des forces de défense allemandes tout aussi acharnées et désespérées. La bataille d’Ortona méritait donc qu’on l’étudiât soigneusement, ce qu’ont fait les responsables de l’entraînement de toutes les armées alliées. Les comptes rendus canadiens ont joué un rôle essentiel et ils demeurent à ce jour une intéressante étude de cas au chapitre de l’évaluation d’une expérience de combat.



24/06/2013
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