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Opération Cobra

Depuis le 21 juillet, le lieutenant-general Simonds travaille sur l'offensive vers l'est, quand Montgomery lui demande de planifier dans l'urgence l'opération Spring. Elle doit pouvoir être lancée au plus tôt, pour contrebalancer l'opération Cobra qui est prévue initialement pour le 20 juillet mais retardée jusqu'au 24 pour cause de mauvais temps.

Simonds prévoit l'opération en trois phases:

La prise de la ligne de front allemande May-Verrières-Tilly, avec la ligne de crête Verrières-Tilly, en première partie de la nuit ; L’ouverture du front par la prise de Fontenay-le-Marmion, Rocquancourt et Garcelles-Secqueville en deuxième partie de la nuit ; En cas de succès, idéalement au lever du jour, l'exploitation par la prise des hauteurs de Cintheaux et de l'éperon de Cramesnil.

Si l'opération aboutit à l'écroulement des forces allemandes et avec l'engagement des régiments de reconnaissance, il envisage des véhicules blindés sur la rivière du Laizon à la tombée du jour et pourquoi pas ensuite Falaise.

En préalable, le Queen's Own Cameron Highlanders of Canada doit s'assurer de Saint-André-sur-Orne et Saint-Martin-de-Fontenay pour dégager la ligne de départ des bataillons qui le suivent.

Le Calgary Highlanders doit prendre May-sur-Orne, suivi par le Black Watch avec Fontenay-le-Marmion pour objectif après s'être assuré l'ouest de la crête. Leurs actions sont appuyées par les chars du squadron B des 1st Hussars.

Le Royal Hamilton Light Infantry prend en charge le village de Verrières en haut de la crête avec l'appui des chars du 1er Royal Tank regiment. Il est suivi par le Royal Regiment of Canada qui a pour objectif Rocquancourt avec l'appui des chars du squadron C des 1st Hussars.

Tilly-la-Campagne est l'objectif assigné au North Nova Scotia Highlanders avec l'appui des chars du squadron B du Fort Garry Horse. Suit le Stormont, Dundas and Glengarry Highlanders avec Garcelles-Secqueville pour objectif.


Artillerie royale au sud de Caen été 1944

Simonds mobilise également l'artillerie de campagne qui doit soutenir à heure précise l'avancée de l'infanterie et éclairer les lieux de combat au fumigène pour permettre l'intervention de l'appui aérien. Cet appui d'artillerie est confié au 3e groupe d'artillerie canadien, aux régiments de campagne des deux divisions canadiennes et au 19e régiment de campagne de l'Artillerie royale canadienne ainsi qu’au 25e régiment de campagne et au 3 e et 8 e groupe de l'Artillerie royale anglaise.

L’appui aérien doit s'attaquer à la forêt à l'est de Garcelles dès le 24 juillet à 21 h 20. Ce bombardement consiste, au moins en partie, de bombes à retardement réglées pour exploser à 6 h 30 le lendemain matin. Un nouveau bombardement doit avoir lieu le matin du 25 à 7 h 30. La Royal Air Force doit faire également de la reconnaissance armée, c'est-à-dire pilonner tout mouvement des forces ennemies, dès que la visibilité est suffisante au-dessus du champ de bataille.

Simonds prévoit le déclenchement de l'opération de nuit par des combats en milieu urbain à 3 h 30. Si la lune est couverte par un ciel nuageux, il prévoit d'éclairer les nuages bas avec des projecteurs anti-aériens pour baigner le champ de bataille dans un faux clair de lune. La préparation (entre autres le dégagement de la ligne de départ) se fait sans discrétion particulière puisque l'objectif stratégique est de fixer le maximum de chars allemands à l'est. L'opération devant avoir lieu quelles que soient les conditions météo.


L’opération Spring commence donc par l’attaque aérienne de 21 h 20 sur la forêt à l'est de Garcelles. Elle est de peu de résultats à cause d'intenses tirs de DCA, à peine un avion sur quatre trouve l’objectif. Au même moment sont lancées les deux opérations préparatoires pour dégager la ligne de départ. Une autre attaque aérienne a lieu à 6 h 12 et à 8 h 30 sur la forêt proche de la Hogue avec 46 Mitchell et 28 Boston. Des incendies et des explosions indiquent que des objectifs sont atteints.


Boston A-20 en opération de bombardement en Normandie

La ferme de Troteval

Une compagnie des Fusiliers Mont-Royal prend d'assaut avec succès la ferme Troteval, soutenue par un feu d'artillerie et de mortiers lourds et appuyée par des chars des Sherbrooke Fusiliers. Mais la prise de Saint-André-sur-Orne et Saint-Martin-de-Fontenay est plus difficile.

La bataille de Saint-André-sur-Orne et Saint-Martin-de-Fontenay

La prise de ces deux villages, positions avancées de la 272e division d'infanterie allemande, est confiée au Queen's Own Cameron Highlanders of Canada, soutenu lui aussi par les chars du Sherbrooke Fusiliers. Le Cameron Highlanders l’ignore encore mais il va se confronter à rude partie. En effet, la présence au sud de Saint-André-sur-Orne, au lieu-dit La Fabrique, d’un puits de mine creusé au centre d'un groupe de bâtiments et communiquant directement avec tout un réseau d'ouvrages souterrains, permet aux troupes allemandes de circuler sans danger d'un secteur à l'autre du front et de réoccuper des positions après en avoir été délogées.


Char Churchill dans le village de Maltot, 26 juillet 1944

À 21 h 20 dans l’obscurité, les Camerons rencontrent toutes les difficultés à dégager la ligne de départ. Ils livrent des combats acharnés et confus parmi les bâtiments de Saint-André-sur-Orne et de Saint-Martin-de-Fontenay. De plus, le 2e SS-Panzerkorps tient la colline 112 et les autres positions élevées de la rive gauche de l’Orne ce qui lui permet de faire feu de flanc et d’arrière sur les deux villages en appui au 272e. Les projecteurs éclairent les nuages qui donnent un semblant de clair de lune au théâtre d'opération. Vers minuit, les Camerons annoncent la prise partielle de Saint-Martin-de-Fontenay et juste dans les temps, à 3 h 30, la prise de Saint-André-sur-Orne. Ils déclarent la ligne dégagée malgré la présence d’une vive résistance favorisée par le réseau souterrain de galeries de la mine de fer.

L'attaque allié


Déroulement de l'attaque des troupes alliées le 25 juillet 1944 Légende : BW : Black Watch of Canada - CH : Calgary Highlanders - CHC : Queen's Own Cameron Highlanders of Canada - FGH : Fort Garry Horse - FMR : Fusiliers Mont-Royal - NNSH : North Nova Scotia Highlanders - RHLI : Royal Hamilton Light Infantry - RRC : Royal Regiment of Canada - SF : Fusiliers de Sherbrooke - 6RB : 1st Hussars DI : Division d'infanterie allemand - PZ : Division blindée allemande.

La bataille de May-sur-Orne

3 h 30, le Calgary Highlanders attaque à partir de Saint-André-sur-Orne avec pour objectif de s'emparer de May-sur-Orne. Il constate immédiatement que la ligne de départ n'est pas complètement dégagée et sa progression est retardée dès le début.


En début de matinée, des éléments du bataillon atteignent les limites nord de May mais ils doivent reculer sur leur ligne de départ devant la contre-attaque de la 272e division d'infanterie du generalleutnant Schack. Le lieutenant-colonel D. G. MacLauchlan, commandant le Calgary Highlanders, est dans l'impossibilité de se faire une idée précise des actions de ses compagnies du fait de mauvaises communications radio, et laisse ses troupes à leurs initiatives.


Fantassin canadien dans May-sur-Orne

Elles repartent en milieu de matinée de l'avant pour s'assurer le village de May, mais une fois de plus la résistance allemande les repousse aux environs de Saint-André, en infligeant au bataillon de lourdes pertes. L'échec du Calgary Highlanders laisse à découvert le flanc droit du Black Watch qui doit opérer en direction de Fontenay-le-Marmion. C'est pourquoi un escadron des 1st Hussars est envoyé en direction de May et, de là, soutenir le Black Watch par des tirs de flanc. Trois groupes de chars entrent dans May avant que le Black Watch atteigne la crête, sans pouvoir lui apporter son appui car les groupes sont violemment attaqués par des canons antichars et des chars Panther. Les chars de trois chefs de groupes étant mis hors combat, les autres chars encore en capacité de combat font repli. Au cours de la journée, tous les officiers de l'escadron sauf un seront portés sur la liste des pertes.

La bataille de Fontenay-le-Marmion

À 3 h 30, le Black Watch prend sa position de départ avancée à Saint-Martin-de-Fontenay. La traversée des lignes du Queen's Own Cameron Highlanders of Canada est particulièrement difficile du fait de la présence d'Allemands. Le Black Watch perd beaucoup de temps à les déloger dans l'obscurité. C'est au cours de l'action que le lieutenant-colonel S. S. T. Cantlie, commandant le Black Watch, est mortellement blessé par une rafale de mitrailleuse. Le commandement revient alors au major (commandant) F. P. Griffin.

Tous ces retards ne permettent pas d'exécuter l'attaque selon l'horaire établi sous le couvert de l'artillerie à heures fixes. Griffin conduit son bataillon à Saint-André-sur-Orne que le Queen's Own Cameron Highlanders of Canada vient de déclarer clair. Il demande un nouveau plan d'appui coordonné avec l'artillerie et les chars et, en attendant, il envoie une reconnaissance à May-sur-Orne. La patrouille pénètre dans le village et déclare au Calgary Highlanders que la position est peu défendue par les Allemands. Plus tard, celui-ci constate lors de son attaque que les Allemands n'ont fait que retenir leur feu.


En attente de la fin du tir d'artillerie pour monter à l’assaut

Ayant déjà subi d'assez lourdes pertes, une compagnie n'est plus commandée que par un sergent. Le Black Watch reçoit à 6 h 47, du Brigadier W. J. Megill à son Q.G., l'ordre d'aller de l'avant. Le major Griffin, lors d'un groupe de commandement, obtient l'appui du 5e régiment de campagne de l'Artillerie royale canadienne et de l'escadron de chars des 1st Hussars (6e régiment blindé), qui seconde le bataillon.


Heinz Harmel

À 9 h 30, le Black Watch part du sud de Saint-Martin, avance en terrain découvert à l'extrémité ouest de la crête, en direction de Fontenay-le-Marmion. Le bataillon est à peine en ordre de marche qu'il affronte déjà un feu intense et précis venant de toutes parts, en provenance de la 2e Panzerdivision du generalleutnant Heinrich Freiherr von Lüttwitz sur la crête de Verrières, de la 272e division d'infanterie aux ordres du generalleutnant Schack du village de May et des positions de la 10e Panzerdivision SS Frundsberg du SS-gruppenführer Heinz Harmel au-delà de l'Orne. Les pertes sont importantes mais le Black Watch continue d'avancer sans fléchir entraîné par le major Griffin. Sur les 325 hommes de tous grades, une soixantaine seulement atteint le plateau qui forme le sommet de la crête. Ils se heurtent là à une position de la 272e d'infanterie bien camouflée, renforcée de chars enterrés de la 503e Panzerdivision. Ils sont cloués au sol par la puissance de feu de l'ennemi.

Griffin est dans l'impossibilité de communiquer avec la 5e brigade d'infanterie, sa jeep radio étant détruite dès le début de l'attaque. Le brigadier Megill, commandant de la brigade, est dans l'incertitude quant au sort de l'unité. L'appui d'artillerie continue par salves, y compris d'obus fumigènes, dans l'espoir de protéger au mieux les hommes. Comme il n'est plus possible de progresser, Griffin ordonne à ses hommes de rebrousser chemin, chacun pour soi. Seuls quinze d'entre eux réussissent à regagner les lignes canadiennes. Quand les Alliés reprennent la position lors de l'opération Totalize, ils retrouvent le corps du major Griffin parmi ceux de ses hommes tombés sur la crête.

La bataille de Verrières


Appui de mortier canadien

À 3 h 30, le Royal Hamilton Light Infantry du lieutenant-colonel J. M. Rockingham prend position à l'ouest de la route de Caen à Falaise avec pour objectif le village de Verrières. À la demande du commandant de bataillon, l'assaut est retardé d'une demi-heure pour lui permettre d'envoyer sa compagnie de réserve contre des chars allemands qui menacent l'extrémité ouest de sa ligne de départ, auparavant déclarée libre par les Fusiliers Mont-Royal.


J. M. Rockingham

À 4 h 10, le bataillon traverse la route de Saint-Martin-de-Fontenay à Hubert-Folie, sans les tirs de barrage de l'artillerie prévus pour 3 h 30. Les compagnies de pointe, en remontant la pente en direction de Verrières, essuient le feu nourri de mitrailleuses de chars de la 2e Panzerdivision du generalleutnant Heinrich Freiherr von Lüttwitz. Quatre de ces chars allemands sont détruits, depuis la ferme Troteval, par des obus de 17 livres d'un détachement du 2e régiment antichars de l'Artillerie royale canadienne. Les compagnies de flanc avancent avec cet appui et celui de l'artillerie de campagne pour seconder la compagnie du Royal Hamilton Light Infantry qui tient le village de Verrières. Ils repoussent une contre-attaque de chars ennemis au moyen de PIAT et, après de rudes combats, le bataillon se déclare maître de Verrières à 7 h 50.


PIAT utilisé par des soldats canadiens

La journée se passe sans action notable quand à 18 h la 9e Panzerdivision SS Hohenstaufen déclenche une puissante contre-attaque contre Verrières, seul objectif atteint et tenu par les troupes canadiennes. Le Royal Hamilton Light Infantry tient héroïquement ses positions avec l'aide des chars et de l'aviation, au prix de 53 nouveaux tués et de nombreux blessés.

La bataille de Rocquancourt

À 9 h le Royal Regiment of Canada du lieutenant-colonel J. E. Ganong traverse à Verrières les lignes du Royal Hamilton Light Infantry et avec les chars de la 7e division blindée poussent vers leur objectif de Rocquancourt. Vers 9 h 30, les troupes canadiennes avancées d'environ 400 mètres au sud de Verrières sont prises sous un feu intense. Les chars britanniques du 1er Royal Tank Régiment sont arrêtés par des canons antichars établis au nord de Rocquancourt. La compagnie C du bataillon canadien signale la présence d'environ 30 chars allemands de la 2e Panzerdivision du generalleutnant Heinrich Freiherr von Lüttwitz enterrés sur la crête entre Fontenay et Rocquancourt et au nord-est de Rocquancourt. Elle s'engage mais est presque anéantie.

La bataille de Tilly-la-Campagne


J. D. Learment

L'objectif de Tilly-la-Campagne est confié, au départ de Bourguébus, au North Nova Scotia Highlanders sous les ordres du major J. D. Learment. Pour affronter la 1er Panzerdivision SS Leibstandarte Adolf Hitler aux ordres du SS-brigadeführer Theodor Wisch, il y lance trois compagnies. Les compagnies B et D avancent à l'est et la compagnie C à l'ouest de la voie ferrée qui relie Bourguébus à Tilly. Une fois l'assaut déclenché, les projecteurs s'allument pour éclairer le théâtre d'opération mais le commandement se plaint qu'ils découpent la silhouette des assaillants qui sont alors pris pour cible d'un feu nourri de mitrailleuses. La compagnie C prend position au nord de Tilly sans trop subir de pertes.


Theodor Wisch

Les compagnies B et D doivent livrer un terrible combat à l'infanterie allemande bien protégée dans un réseau de tranchées. À la compagnie D, le major Matson est tué à la tête de sa section. Les compagnies réussissent à se renforcer dans un verger situé au nord-est du village. Mais une fois dans Tilly, elles n'arrivent pas à en prendre possession. Le second du major Matson, le capitaine Nicholson, qui a pris le commandement, est tué à son tour. La compagnie B rencontre les mêmes difficultés et le major Wilson, blessé, sauve sa vie en tuant deux Allemands. Il parvient plus tard à rejoindre sa ligne de départ. La compagnie C est envoyée à la rescousse, avec mission d'attaquer le village par le flanc ouest. Des chenillettes Bren et plusieurs canons antichars autopropulsés se lancent aussi dans la bataille. Mais ces tentatives se soldent par de lourdes pertes. Alors qu'il explore le terrain avec le major Jefferson, le capitaine McNeil est gravement blessé. Un autre soldat blessé qui tente de rejoindre ses lignes découvre les corps d'une vingtaine d'allemands tués par des tirs amis alors qu'ils tentaient de prendre à revers les troupes canadiennes.


North Nova Scotia Highlanders montant en ligne

Les contacts avec le poste de commandement du bataillon, une fois de plus, sont interrompus. À 5 h 25, le colonel Petch, chef de bataillon, annonce que les compagnies B et D ont atteint leur objectif. Mais à 6 h 14, apprenant l'échec, il demande l'aide de l'escadron de chars du Fort Garry Horse (10e régiment blindé canadien), qui est en réserve pour appuyer le Highland Light Infantry of Canada lors de la phase suivante, l'attaque de Garcelles-Secqueville. L'escadron B du 10e régiment blindé se déploie à l'ouest du village où il se mesure à des chars Panther et des canons antichars de la SS Leibstandarte Adolf Hitler en tentant de couvrir de son feu l'avance de la compagnie C. Mais les blindés pris à partie perdent onze chars.


Regroupement des blindés du Fort Garry Horse

Dans l'après-midi à 16 h 25, le reste du 10e régiment blindé se replie sur Bourguébus, d'où il continue à appuyer l'action de loin. L'infanterie reçoit l'ordre de s'enterrer et d'essayer de revenir à la nuit sur sa base de départ. Seule une centaine d'hommes de tous grades rentre. Au début de la matinée du 26, le commandant de la compagnie A revient avec seulement neuf de ses hommes. Il déclare que des petits groupes tiennent encore le terrain autour du village mais qu'ils ne peuvent pas s'en sortir par leurs propres moyens. Ils doivent faire face à une dizaine de chars et à deux compagnies d'infanterie. Le Stormont, Dundas and Glengarry Highlanders reçoit alors l'ordre de se tenir prêt à passer à l'action pour récupérer les restes du North Nova Scotia. Mais cette unité n'est pas engagée, le commandement reconnaissant l'échec de l'opération, le SS-Brigadeführer Theodor Wisch reste maître de Tilly. Les changements de commandement au sein de la 9e brigade, principalement du North Nova Scotia Highlanders et du Stormont, Dundas and Glengarry Highlanders, montrent que les officiers sont jugés, par le commandement supérieur canadien, responsables de cet échec.

La contre-attaque allemande


Generalfeldmarschall von Kluge

Le matin du 25 juillet à 8 h 45, le generalfeldmarschall von Kluge visite le 1er SS-Panzerkorps  et, informé de la situation, donne l’ordre d’attaquer au nord et de rétablir la HauptKampfLinie (HKL, le front en avant du secteur de combat)

La doctrine de défense allemande utilisée pendant la bataille de Normandie repose sur trois principes forgés pendant les dernières années de la Première Guerre mondiale: directement derrière la HKL, une zone avant légèrement tenue ; ensuite un secteur de défense principal ; enfin en arrière un secteur de réserves prêtes à bloquer toute intrusion ou à contre-attaquer si l'attaquant est bloqué en avant.


Sylvester Stadler

Dans le cadre de cette stratégie, les forces canadiennes ont donc franchi la HKL, ont traversé la première zone et butent maintenant sur le secteur de défense principal. Les Allemands organisent la contre-attaque après avoir pris la mesure des forces alliées. Cette contre-attaque est en fait constituée de trois opérations conduites chacune par une force de réserve dans des conditions défavorables, compte tenu de la suprématie aérienne et de l'efficacité de l'artillerie alliée : la 1er Panzerdivision SS Leibstandarte Adolf Hitler aux ordres du SS-Brigadeführer (général de division SS) Theodor Wisch sur Tilly-la-Campagne et Verrières ; les Kampfgruppen de la 9e Panzerdivision SS Hohenstaufen du SS-Brigadeführer Sylvester Stadler sur Saint-Martin-de-Fontenay et Verrières ; la 2e Panzerdivision du generalleutnant (général de corps d'armée) Heinrich Freiherr von Lüttwitz sur Saint-André-sur-Orne.


Déroulement de la contre-attaque des troupes allemandes le 25 juillet 1944 Légende : BW : Black Watch of Canada - CH : Calgary Highlanders - CHC : Queen's Own Cameron Highlanders of Canada - FGH : Fort Garry Horse - FMR : Fusiliers Mont-Royal - NNSH : North Nova Scotia Highlanders - RDM : Régiment de Maisonneuve - RHLI : Royal Hamilton Light Infantry - RRC : Royal Regiment of Canada - SDGH : Stormont, Dundas and Glengarry Highlanders - SF : Fusiliers de Sherbrooke - 1RT : 1er Royal Tank - 6RB : 1st Hussars DI : Division d'infanterie allemand - PZ : Division blindée allemande.

La contre-attaque de la 1er SS Panzerdivision

Après avoir tenu front et repoussé le North Nova Scotia Highlanders et les Shermans du Fort Garry Horse, la 1er Panzerdivision SS Leibstandarte Adolf Hitler a tenu ses positions-clés, à l’exclusion de Verrières où le Royal Hamilton Light Infantry tient le village depuis le début de la matinée. Mais le contrôle de Tilly-la-Campagne permet à la 1er Panzerdivision de dominer la route de Caen à Falaise et de délivrer son feu sur les troupes canadiennes en possession de Verrières. Elle apporte ensuite son soutien à la contre-attaque menée par la 9e SS Panzerdivision Hohenstaufen sur le village de Verrières.

La contre-attaque de la 9e SS Panzerdivision


Un blindé Panther V utilisé par la 9e Panzerdivision SS Hohenstaufen

La 9e Panzerdivision SS Hohenstaufen organise deux Kampfgruppen de contre-attaque : le Kampfgruppe aux ordres de l’SS-obersturmbannführer Otto Meyer composé de Panthers et de Mark IVs, d’un bataillon de Panzergrenadiers, d’une division du génie utilisée comme infanterie et d’une batterie de canons anti-aériens très efficace contre les chars ;

Le Kampfgruppe commandé par l’SS-obersturmbannführer Emil Zollhöfer composé d’un régiment de Panzergrenadiers, d’une division de Sturmgeschütz et d’une grande partie de l’artillerie de la 9e SS Panzerdivision.

L’objectif de ces deux Kampfgruppen est de contre-attaquer sur Verrières. Les deux attaques sont lancées à 18 h, à l'est de la position par le Kampfgruppe Meyer et à l'ouest par le Kampfgruppe Zollhöfer. Le temps est couvert mais n’empêche pas l’intervention de l’aviation alliée. Huit chars prennent à partie les positions avancées du Royal Hamilton Light Infantry à l'ouest de Verrières. Un combat mortel s'engage, mais l'action d'un escadron du 1er Royal Tanks et douze Typhoons des escadrilles 181 et 182 de la Royal Air Force, entre 18 h 40 et 19 h 40, armés de roquettes, et de l'artillerie qui utilise des obus à fumée rouge pour indiquer les cibles aux avions, sauvent la position. Un de ces obus tombe sur le Q.G. du lieutenant-colonel Rockingham, qui est alors attaqué par des roquettes, en ne faisant heureusement que des blessés.


Otto Meyer

Devant la résistance acharnée des Canadiens, à Verrières mais aussi autour de la Fabrique de Saint-Martin-de-Fontenay, le Kampfgruppe Zollhöfer est détourné à 18 h 40 pour aider la contre-attaque sur les villages de Saint-Martin et Saint-André-sur-Orne qui marque le pas. Le Kampfgruppe Meyer prend alors seul en charge la contre-attaque sur Verrières mais à la tombée de la nuit, le Royal Hamilton Light Infantry demeure maître de Verrières.

La contre-attaque de la 2e Panzerdivision

La contre-attaque sur les deux villages de Saint-Martin-de-Fontenay et Saint-André-sur-Orne, sur la ligne de départ de l’opération Spring pour la 3e DI canadienne et tenus par le Queen's Own Cameron Highlanders of Canada et les chars des Sherbrooke Fusiliers toujours aux prises avec la 272e division d'infanterie, revient au kampfgruppe de la 2e Panzerdivision commandé par le Major Werner Sterz.

Le Kampfgruppe Sterz est composé de son bataillon anti-chars Jagdpanzer IV de la 2e Panzerdivision auquel est joint le 3e régiment de Panzer leichterzug, une compagnie de chars Panther et un bataillon de grenadiers montés sur des transports de troupe semi-blindés. Ce sont ces troupes qui repoussent dans la matinée vers 9 h 45 la deuxième attaque des Calgary Highlanders sur May-sur-Orne. Sterz continue son action en repoussant les Shermans des 1st Hussars en leur infligeant de lourdes pertes. Ensuite, à 13 h 30, avec l’appui feu de la 10e SS Panzerdivision Frundsberg à partir des hauteurs à l’ouest de l’Orne, il lance ses Panthers en direction du nord, obligeant les Canadiens à se retirer sur leurs bases de départ.


Infanterie allemande en action

Avec l’aide du Kampfgruppe Zollhöfer, ils repoussent le Régiment de Maisonneuve, qui est venu en soutien pour ne pas perdre la position au nord des villages, et rétablissent ainsi la HKL.

Il est possible mais pas certain que le kampfgruppe Zollhöfer ait poursuivi son action pour reprendre la colline 67. Ce fait est uniquement accrédité par la mention dans les journaux de guerre du Calgary Highlanders et du Black Watch d’un recul à Fleury-sur-Orne au nord de la colline 67. Cette percée n’est pas confirmée par les journaux des autres bataillons qui tiennent le nord de Saint Martin-de-Fontenay et Saint André-sur-Orne et est peu vraisemblable compte tenu de l'action du régiment de Maisonneuve.

La suite des opérations

À 17 h 30, le lieutenant-general Simonds, commandant du corps d'armée, demande un renforcement des positions. Il est alors décidé de nouvelles attaques sur May-sur-Orne pour stopper la contre-attaque de la 2e Panzerdivision, sur Fontenay-le-Marmion pour aider le Black Watch, sur Rocquancourt et sur Tilly-la-Campagne. Il espère encore un succès de l'opération Spring.


À 18 h, le major-general Foulkes, commandant divisionnaire, entouré de ses brigadiers, étudie l'ordre de bataille de la nuit et du lendemain suite aux nouveaux ordres de Simonds. Le brigadier Young de la 6e brigade déclare qu'à son avis, il est impossible d'envisager d'autres opérations sur ce front aussi longtemps que les Allemands tiennent leurs positions sur les hauteurs à l'ouest de l'Orne. Foulkes, d'accord avec Young, décide d'en conférer avec Simonds. Au QG du corps d'armée, il apprend que Simonds, anticipant sur sa démarche, est parti voir le lieutenant-general Miles Dempsey. Le commandant d'armée se rend à l'avis de Simonds et décide qu'il faut arrêter l'opération Spring et consolider le peu qui avait été gagné, sans engager de nouvelles troupes.


Char américain traversant Coutances après la percée de l'opération Cobra

Dans la soirée, les restes de la 272e division d'infanterie du generalleutnant Schack, qui ont subi les plus lourdes pertes, est relevée par la 9e Panzerdivision SS Hohenstaufen du SS-Brigadeführer Sylvester Stadler sur ordre direct du generalfeldmarschall von Kluge. La 2e Panzerdivision du generalleutnant Heinrich Freiherr von Lüttwitz s'avance en deuxième ligne à la place de la 9e Panzerdivision et se tient prête à contre-attaquer.


Le generalfeldmarschall von Kluge et l'état-major allemand du front Ouest attendent toujours la grande attaque au sud de Caen qui ouvrirait la route de Paris. Le general Bernard Montgomery qui a craint un instant que le faux départ de l'opération Cobra le 24 juillet, causé par le mauvais temps, n'alerte les Allemands ; au contraire cela a renforcé leur croyance en une attaque d'envergure à l'est. Plutôt que de dégarnir cette partie du front, von Kluge préfère faire venir des renforts du Groupe d'armées G cantonnée dans le sud de la France ainsi que de la XVe armée au nord de la Seine.

Ce n'est que le 27 juillet que la réalité de la situation apparaît aux Allemands et ces deux jours de retard ne seront jamais repris. Le 27 au soir, la 3e armée américaine du general Patton, est sur la route de Coutances et le 30 à Avranches. Sur ordres directs d'Hitler, toutes les forces blindées allemandes sont mobilisées pour la contre-attaque Lüttich sur Mortain. Cela dégarnit le front à l'est, permettant enfin la percée de Falaise. Toutes les forces blindées allemandes s'enferrent alors dans la poche de Falaise. La VIIe armée allemande et le 5e groupe Panzer ouest sont anéantis, mettant ainsi fin à la bataille de Normandie et autorisant ainsi la Libération symbolique de Paris.


George Patton

Les pertes humaines

Il est impossible de donner avec précision les pertes subies par les troupes canadiennes comme par les troupes allemandes engagées dans l'opération Spring. Il n'existe que des dénombrements partiels.


Jeunes soldats allemands tués

Il est certain que la journée du 25 juillet 1944 est l'une des plus sanglantes de la Seconde Guerre mondiale pour les troupes canadiennes. Les états officiels s'élèvent à 1 202 pertes dont 362 tués au combat. Mais toutes les pertes de cette journée n'ont pas été comptabilisées sur le 25 juillet. Les Black Watch inscrivent pour le 25 juillet 167 pertes dont 83 tués, mais ils ont 140 autres pertes pour la période du 26 au 28 juillet sans que le bataillon n'ait été engagé ces jours-là. Au total, 5 officiers et 118 hommes de troupe ont trouvé la mort dans ce bataillon pendant l'opération Spring. Le North Nova Scotia Highlanders annonce une perte de 139 hommes (61 tués au combat, 46 blessés et 32 prisonniers) de tous grades pour la journée du 25 juillet et 293 pertes dont 52 tués pour les jours suivants. Le Royal Hamilton Light Infantry, qui tient Verrières en livrant pendant plusieurs jours des combats défensifs, affiche plus de 200 pertes dont 53 tués.


Service funéraire pour enterrer des morts canadiens en Normandie en juillet 1944

 Les états du 26 au 28 juillet font apparaitre, en plus des pertes du 25 juillet, 432 pertes supplémentaires dont 113 tués. Cela fait un total de 1 634 pertes dont 475 tués, mais toutes ces pertes ne sont pas à imputer à l'opération Spring. Elles sont globalement estimées à plus de 1 500 pertes dont environ 450 tués.

Aucun état précis des pertes n'existe pour les troupes allemandes. Le général Zimmermann, qui appartient à l'état-major du commandement ouest, parle de 51 075 pertes entre le 15 juillet et le 7 août. Gregory Liedtke cite une source allemande (un historien de la 9e SS Panzerdivision) qui donne environ 2 000 pertes pour la seule 9e Panzerdivision SS Hohenstaufen les derniers jours de juin et au cours du mois de juillet 1944.


Les soldats canadiens tués pendant l'opération reposent au cimetière canadien de Bretteville-sur-Laize. Les soldats allemands tués lors de la bataille de Normandie sont regroupés et enterrés au cimetière allemand de La Cambe. 


06/07/2013
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Opération Spring


Le clair de lune de Spring

L'opération Spring est une opération militaire menée les forces alliées, principalement le Canada, pendant la Seconde Guerre mondiale. Elle s'est déroulée lors de la bataille de Normandie entre le 25 et le 27 juillet 1944. Elle a pour but de fixer les forces allemandes, principalement les divisions blindées, à l'est du front pour faciliter à l'ouest l'opération Cobra menée par les Américains qui tentent de percer le front dans le sud du Cotentin.

Date                                 lieu                                 issue

25 juillet 1944      Normandie France    Victoire défensive allemande

27 juillet 1944  

                           Belligerants

Canada                                  Reich allemand

Royaume-Uni

                    Commandants alliés

Guy Simonds

                    Commandants ennemis


Sepp Dietrich

                                Forces en présence

8 bataillons d'infanterie        1 division de grenadiers

6 escadrons blindés                2 Panzerdivisions artillerie divisionnaire     

Aviation d'appui                     artillerie divisionnaire

                                   Pertes

Plus de 1 500 pertes                 inconnues dont 450 tués

Cette opération est menée par le 2e Corps canadien commandé par le lieutenant general Guy Simonds. Elle s'oppose au gros des forces blindées allemandes, principalement le 1er Corps de SS-Panzer du SS-oberstgruppenführer Sepp Dietrich qui obtient un succès défensif certain.

Dans la nuit du 24 au 25 juillet, à la lueur de projecteurs anti-aériens et avec l'appui de chars et de l'artillerie, Simonds lance l'infanterie canadienne au sud de Caen, sur les trois axes de May, Verrières et Tilly pour atteindre en profondeur Fontenay-le-Marmion, Rocquancourt et Garcelles-Secqueville, et peut-être ouvrir la route de Falaise. À l'exception de la prise du village de Verrières par le Royal Hamilton Light Infantry du lieutenant-colonel J. M. Rockingham, toutes les autres actions canadiennes échouent face à la résistance allemande de la nuit et de la matinée. Quand le commandement allié envisage de relancer de nouvelles actions en fin d'après-midi, ce sont les blindés allemands qui passent à la contre-attaque et repoussent les Canadiens sur leur ligne de départ.

Cette opération est très coûteuse en vies humaines. Au total, elle cause plus de 1 500 pertes canadiennes, dont environ 450 tués au combat. C’est, pour les forces canadiennes, l’opération la plus importante en pertes humaines de la Seconde Guerre mondiale, après le débarquement de Dieppe, qui fait, sur environ 5 000 combattants, 3 367 pertes dont 907 morts au combat.


L'opération Spring est aussi emblématique de l'incompréhension, par le commandement suprême des forces alliées, de la stratégie utilisée par le général britannique Bernard Montgomery. Le général américain Dwight David Eisenhower veut une guerre de mouvement, avec la prise de gains territoriaux importants. Mais Montgomery s'en tient toujours à des actions d'envergure limitée même pour la prise de Caen car il se heurte continuellement, tout au long de la bataille de Normandie, à une résistance allemande acharnée. Il s'en tient en fait à l'exposé initial de sa stratégie : attirer le gros des forces allemandes à l'est du front pour permettre la percée à l'ouest en direction de la Bretagne. Alors qu'Eisenhower veut une action décisive pour percer sur la route de Falaise, Montgomery donne des instructions verbales à Simonds de limiter l'engagement des troupes canadiennes.

L'échec de l'opération Spring et la réussite de l'opération Cobra valent à Montgomery la perte de son commandement sur les troupes américaines et à Simonds de vives critiques.


Carte générale de la bataille de Normandie avec la situation des opérations Spring et Cobra

La prise de la ville de Caen et de sa plaine environnante est considérée comme très importante pour permettre aux Alliés d'y construire des aérodromes. Elle est initialement l'un des objectifs du Jour J, le premier jour du débarquement, le 6 juin 1944, pour le 21e Groupe d’armées britannique. De plus, Caen étant située sur l'Orne, sa prise permet à la 2e armée britannique aux ordres du lieutenant-general Miles Dempsey et au 2e Corps canadien du lieutenant-general Simonds d'avoir une tête de pont sur l'autre rive de la rivière, et ainsi de mieux protéger le flanc est de toutes contre-attaques allemandes.


lieutenant-general Miles Dempsey

La conquête de la ville est beaucoup plus difficile que prévue, provoquant des pertes importantes parmi les soldats canadiens et britanniques. Les forces de la VIIe armée allemande du SS-obergruppenführer Paul Hausser et du 5e groupe Panzer ouest du general der Panzertruppe Heinrich Eberbach présentes dans cette zone lors du débarquement sont fortement affaiblies par les combats, mais elles reçoivent d'importants renforts blindés d'autres régions. Arrivent : le 18 juin la 2e Panzerdivision et en provenance de Belgique la 1er SS-Leibstandarte Adolf Hitler, le 23 juin de Pologne la 9e SS-Hohenstaufen et la 10e SS-Frundsberg et le 28 juin de Toulouse la 2e SS-Das Reich.


Les Alliés font plusieurs tentatives pour capturer la ville et ses environs en juin et juillet 44, avec pour objectif de dégager la plaine de Caen pour établir des pistes d'aviation en complément de l'aérodrome de Carpiquet pour la chasse et l'appui aérien. Les diverses opérations lancées par le général Bernard Montgomery, commandant en chef des forces terrestres, sur Caen et au sud de Caen sont toujours sujettes à polémique. Montgomery est satisfait de sa stratégie qu'il trouve conforme à celle présentée et approuvée à Londres le 15 mai : la 2e armée britannique a pour rôle de mener l'assaut à l'ouest de l'Orne et d'engager des opérations au sud et au sud-est pour s'assurer des aérodromes et protéger le flanc est de la 1er armée américaine, qui devra se saisir de Cherbourg. Par la suite, la 2e armée pivotera sur sa gauche et présentera un front solide contre les manœuvres adverses venant de l'est. Les opérations s'enchaînent mais sans résultats décisifs, la partie nord de Caen ne tombe que le 10 juillet, après de longues opérations, sans jamais que Montgomery envisage de changer de stratégie: opérations Perch du 7 au 15 juin, Epsom du 25 au 29 juin, Windsor le 4 juillet, Charnwood le 8 juillet, Jupiter le 10 juillet. Le franchissement de l'Orne et le contrôle du sud de Caen n'est possible qu'après les opérations Greenline (15 juillet), Pomegranate (16 juillet), Atlantic (17 au 21 juillet) et Goodwood (18 au 22 juillet). Toutefois, même après la prise de la ville, les plages britanniques et canadiennes continuent d'être sous le feu de l'artillerie allemande.


Un tank Sherman et un canon antichar Ordnance QF 6 pounder dans le centre de Caen

Le general Dwight David Eisenhower ne perçoit pas les choses de la même façon que Montgomery, et juge l’avance trop lente et les pertes humaines trop importantes : 34 700 pertes canado-britanniques, dont 6 010 tués et 62 028 pertes américaines, dont 10 641 tués. Le commandant suprême allié rencontre le lieutenant-general Omar Bradley le 19 juillet et Montgomery le 20. Dès le lendemain, il confirme à ce dernier le contenu de leur entretien du 20 par lettre au ton particulièrement direct : la plus directe qu'il lui ait encore jamais écrite selon l'historien Stacey. Il demande même l’éviction de Montgomery à Winston Churchill le 23 juillet, mais il n’obtient satisfaction que le 1er août, après le succès des généraux Bradley, commandant de la 1er Armée américaine et futur commandant du 12e Groupe d'armées américain, et George S. Patton, commandant de la 3e Armée américaine lors de l'opération Cobra le 25 juillet.

Après la visite d'Eisenhower, Montgomery écrit dans une circulaire : Nous devons améliorer et conserver sans faiblir la position déjà bonne que nous occupons sur le flanc est, et nous tenir prêts à passer à l'action de ce côté. Il demande le 21 juillet à son état-major une opération de grande envergure pour percer le front à l'est, là où il est le plus faible, le long de la côte, à travers les marais inondés de la Dives, en direction de la Seine, face au 86e Corps allemand composé uniquement de trois divisions d'infanterie stationnaires qui n'ont toujours pas combattu. C'est en prévision de cette opération que la 1er armée canadienne est renforcée et la répartition des troupes britanniques et canadiennes sur le front réorganisée.


Explosion d'un camion de munitions de la 11e division blindée après avoir été touché par un tir de mortier durant l'opération Epsom (bataille de Caen) du 25 au 29 juin 1944

Mais c'est à la demande de Bradley, qui planifie à l'ouest l'opération Cobra et qui propose à l'est une opération équilibrante en direction de Falaise, que Montgomery abandonne la percée en direction de l'est pour planifier l'opération Spring, dont l'objectif est juste de fixer les panzers autour de Caen. Même si Eisenhower attend une opération d'envergure sur Falaise, Montgomery laisse Simonds planifier uniquement une opération de fixation, avec éventuellement l'exploitation d'une percée sous les ordres du commandant de corps si la possibilité se présente. Simonds déclara plus tard avoir compris qu'il s'agissait simplement d'une diversion ayant pour but d'occuper l'ennemi pendant que l'offensive principale serait lancée sur le front américain. Mais il ne pouvait être question de donner cours à cette interprétation, et si elle fut bien comprise aux niveaux supérieurs, les commandants de division n'en furent pas mis au courant.

Les généraux Bradley, Montgomery et Dempsey (de gauche à droite) en Normandie, le 10 juin 1944

L'attentat contre Hitler du 20 juillet ne semble pas avoir de conséquences directes sur le comportement des troupes allemandes en Normandie, mais il renforce la méfiance d'Hitler envers les chefs militaires issus de la noblesse germanique

 le relèvement du generalfeldmarschall vonKluge de son commandement le 16 août en est un exemple.


 Le Führer s'appuie de plus en plus sur les chefs SS, exaspérant ainsi les relations déjà difficiles entre la Waffen-SS et la Wehrmacht.

Après le succès de la percée américaine et l'échec de la contre-offensive allemande Lüttich, Montgomery, rétrogradé commandant du 21e groupe d'armées britannique et promu Field Marshal, mais gardant la coordination des deux groupes d'armées américain et britannique, planifie sa propre percée à l'est du front, mais en direction du sud et non de l'est, avec les troupes canadiennes et la 1re division blindée polonaise du général de brigade Stanislaw Maczek (débarquée le 1er août) lors de l'opération Totalize (7 août).

Bradley délaisse en partie la Bretagne et ses ports pour retourner ses troupes américaines avec la 2e DB française du général de division Leclerc (débarquée le 1er août) face à l'est, pour initier l'encerclement des forces allemandes dans le chaudron de Falaise (12 au 21 août).


Évolution du front autour de Caen

Les diverses opérations lancées par le général Montgomery sur Caen et au sud de Caen sont toujours sujettes à polémique. Déjà en juin et juillet 1944, maréchal de l’Air Sir Trafford Leigh-Mallory, commandant en chef des forces aériennes et surtout maréchal de l’Air Sir Arthur Tedder, adjoint direct du général Dwight David Eisenhower, reprochent à Montgomery la faiblesse des gains territoriaux de la plaine de Caen, rendant difficile l'installation de pistes d'aviation. De plus, l'action du lieutenant-général Simonds est fortement soumise à critiques par le commandement supérieur canadien qui voit dans l'opération Spring une action devant ouvrir la route de Falaise, alors que Simonds a toujours déclaré voir cette opération comme une action de fixation d'un maximum de forces allemandes pour favoriser l'opération Cobra. C'est ainsi, en tout cas, qu'il a interprété les ordres de Montgomery.


L’action des troupes canadiennes qui participent à la prise de Caen et à l'opération Spring n’échappe pas non plus à la critique. En particulier, on reproche à ces troupes un manque de combativité. Les premiers ouvrages sont ceux de C. P. Stacey, historien officiel des troupes canadiennes en Normandie, qui fait état d'un manque de préparation des troupes canadiennes, qui montent au front insuffisamment aguerries : Le manque d'expérience au combat exerça sans doute, en fin de compte, son effet au sein des formations canadiennes. Elles se tirèrent assez bien d'affaire, mais elles s'en seraient tirées beaucoup mieux si elles n'avaient dû apprendre leur métier à mesure qu'elles combattaient. Il n'est pas difficile de signaler certaines occasions au cours de la campagne de Normandie où des formations canadiennes n'exploitèrent pas au maximum leurs chances. Quant à John A. English dans The Canadian Army and the Normandy Campaign: A Study of Failure in High Command publié en 1991, il fait reposer le poids des échecs sur le commandement canadien et principalement sur le général Simonds.

Forces en présence

C'est le général d'armée Harry Crerar, commandant de la 1er armée canadienne, qui a en charge la partie est du front. Le lieutenant-general John Crocker et le 1er Corps britannique tiennent le flanc est, relativement stable depuis la nuit du 5 au 6 juin. Le front centre-est est sous la responsabilité du lieutenant-general Miles Dempsey, commandant de la 2e armée britannique. Le sud de Caen, très sollicité, est le champ d'action du 2e Corps canadien du lieutenant-general Guy Simonds. La 1re armée canadienne et la 2e armée britannique sont sous la responsabilité directe du général d'armée Montgomery.


Face aux forces alliées, les Allemands ont réorganisé leurs troupes. Depuis le 2 juillet, le maréchal Hans G. von Kluge remplace le generalfeldmarschall Gerd von Rundstedt, relevé de ses fonctions de chef d'état-major du front Ouest pour avoir à la question du generalfeldmarschall Wilhelm Keitel de l'OKW Que faut-il faire ? Répondu La paix. Il remplace également le generalfeldmarschall Rommel à la tête du Groupe d'armée B depuis le 17 juillet, date de ses blessures lors d'une attaque aérienne de sa voiture. La VIIe armée allemande est sous les ordres du SS-obergruppenführer Paul Hausser, mais les troupes blindées représentant la 5e groupe Panzer ouest sont sous les ordres du general der Panzertruppe Heinrich Eberbach relevant directement de Hitler en vertu d'un principe de centralisation dû à sa méfiance, comme d'ailleurs l'aviation relève directement du Reichsmarschall (maréchal du Reich) Göring et la marine de l'oberbefehlshaber Dönitz.


Ils présentent sur le flanc le 86e Corps allemand face au 1er Corps britannique, au sud de Caen le 1er SS-Panzerkorps face au 2e Corps canadien et le 2e SS-Panzerkorps et le XLVII. Panzerkorps face à la 2e armée britannique. L'opération Spring ne concerne que le 2e Corps canadien et le 1er SS-Panzerkorps.

Forces en présence autour de Caen

xxxx-- ligne de partage entre armées

xxx-- ligne de partage entre corps d'armée

xx-- ligne de partage entre divisions

Forces canadiennes


Unité support du Royal Scots équipée d'un fusil-mitrailleur BREN

À l'ouest de la route de Caen à Falaise, entre cette route et l'Orne, le front d'environ 4 km est tenu par la 2e division d'infanterie canadienne sous les ordres du major-general Charles Foulkes. Ces troupes récemment débarquées sur le théâtre d'opération n'ont pas vraiment l'expérience du combat. À l'est, entre la route de Caen à Falaise et la route de Caen à Mézidon-Canon, le front d'environ 7 km est tenu par la 3e division d'infanterie sous les ordres du major-general Rodney Keller. Ces troupes sont particulièrement aguerries puisqu'elles combattent depuis le jour J. En arrière de la 2e division, la 2e brigade blindée canadienne du général de brigade R. A. Wyman. Derrière la 3e division, la 7e division blindée britannique, les fameux Rats du Désert du major-général Gerald L. Verney détachée du 1er Corps britannique du lieutenant-general Crocker. En réserve dans les faubourgs sud de Caen près d'Ifs, la division blindée des Guards britanniques commandée par le major-général Allan H.S. Adair. Ces troupes blindées ont toutes une sérieuse expérience du combat de chars acquise lors de la guerre du désert ou la campagne d'Italie.

C'est donc au lieutenant-général Simonds et à son 2e Corps canadien que le général Montgomery donne l'honneur d'ouvrir la route de Falaise. Compte tenu des précédentes montées au front, Simonds mobilise pour la 2e division d'infanterie : le Royal Regiment of Canada et le Royal Hamilton Light Infantry de la 4e brigade, le Black Watch, le régiment de Maisonneuve et le Calgary Highlanders pour la 5e Brigade, le Queen's Own Cameron Highlanders of Canada pour la 6e brigade. Pour la 3e division d'infanterie : le North Nova Scotia Highlanders et le Stormont, Dundas and Glengarry Highlanders de la 9e brigade. Cela représente presque une division avec un total de 8 bataillons comprenant environ 4 000 hommes et gradés. En appui, il mobilise 3 bataillons de blindés : le 1er et 5e Royal Tank regiment de la 7e division blindée 22e brigade (détachée du 1er Corps britannique de la 1er armée canadienne) et le squadron B du Fort Garry Horse et les squadrons B et C des 1st Hussars de la 2e brigade blindée canadienne, représentant au total 61 chars et 11 blindés légers. La division blindée des Guards est tenue en réserve pour exploiter les opportunités. Les autres brigades peuvent intervenir en soutien si besoin. Simonds dispose aussi de l'appui feu indirect de l'artillerie divisionnaire de campagne et de l'artillerie royale du groupe d'armée.

Forces allemandes


Pour faire face aux forces britanniques, le SS-oberstgruppenführer Sepp Dietrich, commandant le 1er SS-Panzerkorps, a en charge le front au sud de Caen, de l'Orne à la route de Caen à Mézidon-Canon, sur une longueur d'environ 15 km.

À l'ouest, entre l'Orne et la route de Caen à Falaise, la 272e division d'infanterie aux ordres du generalleutnant  Friedrich-Auguste Schack occupe un front d'environ 4 km. La 272e est une des trois divisions 270 levées à la fin de 1943 et envoyées en formation en France, elle est remontée après le débarquement de Normandie de la région de Perpignan. Les 270 sont globalement constituées de vétérans allemands et d'enrôlés russes et polonais (les Osten Truppen). La 272e a affronté le feu lors de l'opération Atlantic du 18 au 23 juillet. Elle présente toujours ses trois régiments de grenadiers, un bataillon de fusiliers et un bataillon de chasseurs de chars équipé d'anti-chars propulsés de 75 mm. Son artillerie est encore intacte.


Lance-roquettes Nebelwerfer


Au centre, de la route de Caen à Falaise à la route de Caen à Mézidon-Canon, la 1er Panzerdivision SS Leibstandarte Adolf Hitler aux ordres du SS-Brigadeführer Theodor Wisch, sur un front d'environ 7 km. La Leibstandarte Adolf Hitler est la meilleure division Panzer, elle s'est illustrée en Pologne en 1939, en France en 1940, en Grèce en 1941 et en Russie en 1942 et 43. Elle arrive de Belgique où elle était en reconstitution. Elle présente deux bataillons de chars de bataille, un de chars Panthers, l'autre de chars Mark IVs, et de six bataillons d'infanterie montés avec des transporteurs de troupe semi-blindés dont un bataillon de Sturmgeschutz III et un de Panzerjäger avec une compagnie équipée de Jagdpanzer IV particulièrement meurtriers. La 1er SS Panzerdivision est renforcée d'un bataillon indépendant de Tigres le 101e SS Panzer. La 272e division et la 1er SS Panzerdivision sont les deux forces qui reçoivent le choc de l'opération Spring. Elles sont soutenues par l'artillerie du 1er SS Panzerkorps qui vient d'être renforcée par la 8e brigade Werfer.


Troupe allemande au combat

À l'est de la route de Caen à Mézidon-Canon, la 12e Panzerdivision SS Hitlerjugend aux ordres du SS-oberführer Kurt Meyer se trouve sur un front d'environ 4 km. Sur les hauteurs de la rive ouest de l'Orne la 10e Panzerdivision SS Frundsberg du SS-Gruppenführer Heinz Harmel.


En réserve, en arrière de la 272e division d'infanterie, le long de la vallée de la Laize, se trouve la 2e Panzerdivision du generalleutnant Heinrich Freiherr von Lüttwitz. Sur les arrières de la 1er SS Panzerdivision se réserve la 9e Panzerdivision SS Hohenstaufen du SS-Brigadeführer Sylvester Stadler, et la 116e Panzerdivision du généralGerhard von Schwerin est en réserve de la 12e SS Panzerdivision, récemment arrivée sur la théâtre d'opération et sous le contrôle du commandement suprême (l'OKW).

Les forces blindées opérationnelles sont encore importantes. En mai-juin-juillet 1944, la Wehrmacht réceptionne des chaînes de fabrication 2 315 chars alors qu'elle n'en perd que 1 730, mais les difficultés viennent des problèmes d'acheminement : du 6 juin au 23 juillet, le groupe d'armée B ne touche que deux douzaines de chars pour une perte de 3/400, mais surtout 10 078 hommes pour 116 863 pertes. En fait, sur une force théorique de 80 à 88 blindés par division, il reste 79 chars et 32 canons d'assaut pour la 1er SS Panzerdivision, 58 chars pour la 12e SS Panzerdivision, 20 chars et 11 canons pour la 10e SS Panzerdivision, 60 chars et 15 canons pour la 2e Panzerdivision, 44 chars et 14 canons pour la 9e SS Panzerdivision et 63 chars et 25 canons pour la 116e Panzerdivision. Soit en première ligne 157 chars et 43 canons d'assaut, et 167 chars et 54 canons d'assaut en réserve. Dans la région de Bourguébus, l'artillerie de campagne allemande dispose encore à mi-juillet de près de 300 canons et 272 lance-roquettes Nebelwerfer à 6 tubes.


Déroulement de l'opération Spring

L'opération Atlantic permet aux troupes canadiennes d'avancer d'environ 10 km au sud de Caen jusqu'aux villages de Saint-André-sur-Orne et Saint-Martin-de-Fontenay. Les troupes britanniques égalisent le front en progressant de 11 km à l'est de Caen en prenant Bourguébus, en laissant une avancée allemande à l'ouest de Caen entre Orne et Odon, lors de l'opération Goodwood. Mais ni Atlantic ni Goodwood ne peuvent ouvrir la route de Falaise. Elles se sont enlisées avec le mauvais temps (au sens propre comme au sens figuré) et le front se stabilise le 20 juillet.


Réunion au QG du 2e Corps canadien en Normandie, le 20 juillet 1944. (Montgomery (3e à droite) conférant avec Simonds (2e à droite) Photo Lt. Donald I. Grant)

Pour la partie du front qui concerne l'opération Spring, le 2e Corps canadien s'appuie à l'ouest sur l'Orne, est arrêté au nord de Saint-André-sur-Orne, Saint-Martin-de-Fontenay et de la ferme de Troteval. Il tient les villages de Hubert-Folie, Bourguébus et Frénouville.

Le 1er SS Panzerkorps, 1 km plus au sud, s'est réorganisé sur un front appuyé à l'ouest sur l'Orne et les hauteurs entre Orne et Odon, tenue par le 2e SS Panzerkorps. Il occupe les villages de May-sur-Orne à la confluence de l'Orne et du Laizon, Verrières et Tilly-la-Campagne sur une crête contrôlant de part et d'autre la route de Caen à Falaise, et à l'est La Hogue et Bellengreville. Il possède aussi des éléments avancés aux villages de Saint-André-sur-Orne, Saint-Martin-de-Fontenay et de la ferme de Troteval. Les Allemands ont eu le temps de la bataille de Caen pour organiser cette ligne de défense. Le Black Watch en fait l'amère expérience quand il est pris à revers par des éléments de la 272e division d'infanterie qui sont enterrés dans des tunnels de mine, débouchant au lieu dit La Fabrique et circulant ainsi à l'abri des troupes canadiennes.

Devant les Canadiens, la constitution du terrain est faite de champs ouverts couverts de céréales par endroit mais la configuration du terrain est plus complexe. À l'ouest, la vallée de l'Orne, ouverte sur sa rive est, est surmontée de hauteurs sur sa rive ouest. Au centre la route de Caen à Falaise escalade de 25 mètres la crête de Verrières-Tilly-Secqueville avec une forêt à l'ouest de Garcelles-Secqueville. À l'est s'étendent une forêt entre La Hogue et Secqueville et la plaine de Bellengreville avec les marais du Sémillon. À l'arrière des Canadiens se trouve la plaine de Caen, avec à l'ouest la cote 67 prise de haute lutte pendant l'opération Atlantic.

La mauvaise météo qui a mis fin aux opérations Atlantic et Goodwood le 20 juillet par manque d'appui aérien est en passe d'amélioration, et les Alliés n'attendent qu'une éclaircie pour lancer l'opération Cobra.


05/07/2013
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Bataille de l'Escaut

 


Des Landing Vehicle Tracked (LVT) de la 1re armée canadienne traversant l'Escaut.

La bataille de l'Escaut, aussi connue sous le nom de bataille des digues, est une série d'opérations militaires de la Seconde Guerre mondiale, menées dans le cadre d'une guerre d'usure imposée par les Allemands, qui se sont déroulées au nord de la Belgique et au sud-ouest des Pays-Bas, entre le 2 octobre 1944 et le 8 novembre 1944. Lancées par les Alliés, dont le gros des troupes canadiennes, ces opérations avaient pour but de prendre le contrôle des deux rives de l'estuaire de l'Escaut en vue d'ouvrir le port d'Anvers aux cargos alliés pour faciliter l'approvisionnement du front.

Date                                                          lieu                                             issue

2 octobre 1944 au       Belgique (nord) et pays-Bas     libre accès au port d'Anvers

8 novembre 1944                   (Sud-Ouest)                    aux navires alliés                

                        Belligérants

Canada                                  Reich allemand

Royaume-Uni

Armée polonaise de l'ouest

Belgique

Pays-Bas

Norvège

États-Unis

                      Commandants alliés


 
H.D.G. Crerar                         Guy G. Simonds

(1re armée canadienne)               (temporaire)

                     Commandants ennemis


 
Gustav-Adolf von Zangen

 (XVe armée allemande

                       Forces en présence

Inconnu                                           90 000 hommes  

                               Pertes

Canadiens : 6 367 hommes            Approx. 10 000

Total : 12 873 hommes                   à 12 000 hommes

                                                         41 043 prisonniers

Après la dure bataille de Normandie qui a suivi le débarquement du 6 juin 1944 (Jour J), la Seconde armée britannique a avancé rapidement sur la Belgique et libéré Bruxelles et Anvers, cette dernière possédant son port encore intact. En septembre 1944, il devient urgent pour les Alliés de prendre le contrôle des deux rives de l'estuaire de l'Escaut pour permettre l'accès au port d'Anvers aux navires alliés, et faciliter une logistique du front avec des lignes d'approvisionnement qui s'étendent alors sur des centaines de kilomètres depuis la Normandie jusqu'à la ligne Siegfried. La libération de l'accès maritime au port d'Anvers permettrait de ravitailler les armées alliées du front occidental en hommes, en équipement et en approvisionnement beaucoup plus facilement.

Mais les voies d'accès au port, en aval du fleuve Escaut (en néerlandais : Schelde) sont tenues par la Wehrmacht et solidement fortifiées, et il devient vite évident que ces voies seront défendues avec acharnement.

Rien n'a été fait pour débloquer le port d'Anvers durant le mois de septembre car la majeure partie des ressources militaires alliées avaient été allouées à l'opération Market Garden, un plan audacieux de percée directe en Allemagne, amorcé le 17 septembre 1944. Entre-temps, les forces allemandes autour de l'estuaire de l'Escaut ont été en mesure d'organiser leur défense.

Début octobre, après l'échec de l'opération Market Garden et ses lourdes pertes, les forces alliées, avec en tête la Première armée canadienne, entreprennent de prendre le contrôle des accès du port d'Anvers. Mais les défenseurs allemands bien installés mettent en place d'efficaces actions de retardement. Compliquée par le terrain détrempé, la bataille de l'Escaut se révèle particulièrement pénible et coûteuse.

Après cinq semaines de combats difficiles, la Première armée canadienne, renforcée par des troupes de plusieurs autres pays alliés, réussit à remporter la bataille et à libérer les voies d'accès de l'Escaut après nombre d'assauts amphibies, de traversées de canaux et de luttes en terrain découvert. Les terres et les eaux étaient minées et les Allemands défendaient leur ligne de retraite avec de l'artillerie et des tireurs d'élite.

Les Alliés achèvent de nettoyer les abords du port le 8 novembre 1944, mais au prix de 12 873 victimes alliées (tués, blessés ou disparus), dont la moitié est canadienne.

Lorsque la défense allemande ne sera plus une menace, il faudra encore trois semaines avant que le premier navire de ravitaillement allié puisse être déchargé à Anvers le 29 novembre 1944, soit le délai nécessaire pour déminer le port et ses accès.

L'ouverture de l'Escaut


Membres du Corps Provost canadien et de la Résistance intérieure belge, Bruges, septembre 1944

Le 12 septembre 1944, la Première armée canadienne, commandée à titre temporaire par le lieutenant-général Guy Simonds, est chargée de la mission de l'Escaut. À ce moment, Guy Simonds a sous son commandement le 2e corps canadien, la 1re division blindée polonaise, les 49e et 52e divisions britanniques et le 1er corps britannique.

Le plan d'ouverture de l'estuaire de l'Escaut comprend quatre opérations principales menées sur un terrain redoutable.

La première tâche consiste à dégager la zone située au nord d'Anvers et à garantir l'accès au Zuid-Beveland (Beveland du Sud).

La deuxième consiste à éliminer la poche de Breskens au nord du canal Léopold (opération Switchback).

La troisième est la capture du Zuid-Beveland (opération Vitality).

La phase finale est la capture de l'île de Walcheren qui a été aménagée en une puissante forteresse par les Allemands. Faisant partie du mur de l'Atlantique, l'île de Walcheren a été considérée comme la plus solide concentration de défense nazie jamais construite.

Le 21 septembre, la 4e division blindée canadienne se déplace vers le nord le long du canal Gand-Terneuzen. Elle a pour tâche de sécuriser la rive sud de l'Escaut autour de la ville néerlandaise de Breskens, qui forme alors ce qui est appelé la poche de Breskens. La 1ère division blindée polonaise prend la direction de la frontière belgo-néerlandaise plus à l'est et la zone cruciale du nord d'Anvers.

La 4e division blindée canadienne avance à partir d'une tête de pont durement gagnée sur le canal Gand à Moerbrugge. Elle est la première unité alliée à faire face à la redoutable double ligne de défense des canaux Léopold et de la dérivation de la Lys. Une attaque est exécutée à proximité de Moerkerke pour traverser les canaux et établir une tête de pont, mais les Allemands lancent une contre-attaque, obligeant les troupes canadiennes à battre en retraite en subissant de lourdes pertes.

L'avancée de la 1re division blindée polonaise à l'est est, elle, une réussite puisqu'elle peut avancer au nord-est de Gand. Dans une région peu propice aux blindés et contre une résistance allemande acharnée, la division avance sur la côte le 20 septembre. Elle occupe Terneuzen et sécurise la zone sud de l'Escaut à l'est d'Anvers.

Il devient évident pour le général Simonds que tout autre gain sur l'Escaut s'effectuera à un coût humain très élevé. La poche de Breskens, allant de Zeebruges jusqu'à l'entrée de Braakman et dans les terres jusqu'au canal Léopold, est fermement tenue par l'ennemi.

Combats au nord d'Anvers


Le front nord

Le 2 octobre, la 2e Division d'infanterie canadienne commence sa progression au nord d'Anvers. De durs combats à Woensdrecht permettent d'atteindre l'objectif de la première phase le 6 octobre. Les Allemands du 67. Armee Korps, dont le groupe tactique Chill rassemblant les restes de la 85. DI allemande renforcés par le Fallsch. Regt. 6, voient l'importance prioritaire de tenir cette position, car elle permet de contrôler l'accès au Beveland du Sud et à l'île de Walcheren.

Les Canadiens subissent de lourdes pertes quand ils attaquent à découvert sur les terres inondées. La pluie battante, les pièges et les mines terrestres rendent la progression très difficile. Le 13 octobre 1944, qui restera connu sous le nom du Vendredi noir, les Black Watch de la 5e Brigade d'infanterie canadienne sont pratiquement anéantis dans une attaque sans succès. Les Calgary Highlanders suivent avec plus de succès, et leur peloton de transport prend la gare de Korteven. Des combats acharnés à Hoogerheide permettent de prendre Woensdrecht le 16 octobre, coupant le lien entre le Beveland du Sud et Walcheren. Les Canadiens ont atteint leur premier objectif, mais ont subi de lourdes pertes.

Colonne de blindés amphibies Alligator et Terrapin aux abords de la rivière l'Escaut, octobre 1944

À ce moment, voyant l'occasion qui se présente, le Field-Marshal Bernard Montgomery publie une directive qui fait de l'ouverture de l'estuaire de l'Escaut la priorité du 21e Groupe d'armées. À l'est, la 2e Armée britannique attaque vers l'ouest pour sécuriser les Pays-Bas au sud de la Meuse et éviter une contre-attaque allemande sur la région de l'Escaut.

Pendant ce temps, les forces de Simonds se concentrent sur la pointe de la péninsule du Beveland du Sud. La 4e Division blindée canadienne se déplace vers le nord du canal Léopold et prend Bergen-op-Zoom. Le 24 octobre, les lignes alliées ont été avancées au-delà de la pointe de la péninsule, permettant d'éviter qu'une contre-attaque allemande ne puisse couper la 2e Division, qui se déplace maintenant vers l'ouest, le long de l'île de Walcheren.


Bernard Montgomery

Opération Switchback

La deuxième opération principale de la bataille de l'Escaut débute par une lutte farouche pour réduire la poche de Breskens. La 3e Division d'infanterie canadienne rencontre une résistance allemande tenace lors de la traversée du canal Léopold.


Membres de la 4e division blindée canadienne démontrant l'utilisation de lance-flammes à travers le canal, Maldegem, octobre 1944.

Une première tentative avortée de la 4e Division blindée canadienne, lors de la bataille de Moerbrugge, a montré l'importance du défi à relever. En plus des formidables défenses allemandes, établies à la fois sur le canal Léopold et la dérivation du canal de la Lys, une grande partie de la zone d'approche a été inondée.

Il a été décidé que le meilleur endroit pour un assaut serait immédiatement à l'est de l'endroit où les deux canaux se divisent, une étroite bande de terre sèche de seulement quelques centaines de mètres de large au-delà du canal Léopold (décrit comme un long triangle ayant sa base sur la route Maldegem Aardenburg et son sommet près du village de Moershoofd à environ cinq kilomètres à l'est).

Un double assaut commence. La 7e Brigade d'infanterie canadienne de la 3e Division d'infanterie canadienne effectue le premier assaut à travers le canal Léopold, tandis que la 9e Brigade d'infanterie canadienne monte une attaque amphibie à partir du Nord, la zone côtière de la poche. L'attaque débute le 6 octobre 1944, soutenue par l'artillerie et les blindés de transport universel Wasp équipés de lance-flammes. Les blindés lancent un mur de flammes par dessus le canal Léopold, permettant aux hommes de la 7e brigade de lancer leurs bateaux d'assaut. Deux positions précaires distinctes sont créées, mais l'ennemi récupère rapidement du choc de l'attaque aux lance-flammes et contre-attaque, mais il ne parvient pas à déloger les Canadiens de leurs têtes de pont malgré la vulnérabilité de leurs positions. Le 9 octobre 1944, les têtes de pont sont reliées et, tôt le matin du 12 octobre 1944, une position est acquise sur la route d'Aardenburg.


Le Caporal Kormendy, un éclaireur du Calgary Highlanders photo prise près de Kappellen, octobre 1944

La 9e Brigade procède à une opération amphibie à l'aide de véhicules Terrapin (première utilisation de ce véhicule amphibie en Europe) et de Buffalo conduits par le 5e régiment d'assaut britannique des Royal Engineers. La brigade prévoit de traverser l'embouchure du bras de mer de Braakman dans des véhicules amphibies et de débarquer dans les environs de Hoofdplaat, à l'arrière sur la zone côtière de la poche, ce qui exercera une pression dans deux directions à la fois. En dépit des difficultés à manœuvrer les véhicules le long des canaux et les 24 heures de retard que cela entraîne, les Allemands sont pris par surprise et une tête de pont est créée. Encore une fois, les Allemands réagissent rapidement et contre-attaquent avec férocité, mais ils sont contraints lentement de reculer. La 10e Brigade canadienne de la 4e division blindée traverse le canal Léopold et avance vers le polder Isabella. Ensuite, la 8e Brigade canadienne de la 3e division est appelée à se déplacer vers le sud, aux abords de la côte, sur le côté de la poche. Ce qui permet d'ouvrir une voie terrestre d'approvisionnement en direction de la poche.

La 3e division effectue des actions supplémentaires pour éliminer les troupes allemandes des villes de Breskens, Oostburg, Zuidzande et Cadzand, ainsi que de la forteresse côtière du Fort Frederik Hendrik. L'opération Switchback prend fin le 3 novembre 1944 lorsque la 1re Armée canadienne libère les villes belges de Knokke et Zeebrugge, et officiellement lors de la fermeture de la poche de Breskens et de l'élimination de toutes les forces allemandes au sud de l'Escaut.

Opération Vitality

La troisième opération d'envergure de la bataille de l'Escaut débute le 24 octobre 1944 lorsque la 2e Division d'infanterie canadienne commence son avancée sur la péninsule du Beveland du Sud. Les Canadiens ont l'espoir d'avancer rapidement, sans opposition, et d'installer des têtes de pont sur le canal Beveland, mais ils sont ralentis par les mines, la boue et les fortes défenses de l'ennemi.

Une attaque amphibie est exécutée dans l'ouest de l'Escaut par la 52e division britannique pour passer en arrière des positions défensives allemandes du canal Beveland. Ainsi, cette formidable défense est enfoncée et la 6e Brigade d'infanterie canadienne commence une attaque frontale en bateaux d'assaut. Les ingénieurs réussissent à construire un pont sur la route principale pour traverser le canal.

La ligne de défense du canal a disparu, la défense allemande s'est effondrée et le Beveland du Sud est sécurisé. La troisième phase de la bataille de l'Escaut est maintenant terminée.

Opération Infatuate : capture de l'île Walcheren

Seule l'île de Walcheren, à l'embouchure ouest de l'Escaut, est restée aux mains des Allemands. Les défenses de l'île sont extrêmement fortes, de lourdes batteries côtières à l'ouest et au sud défendent l'île et l'estuaire de l'Escaut et la côte est fortement fortifiée contre les attaques amphibies. Un peu plus en retrait dans les terres, un périmètre défensif a été construit autour de la ville de Vlissingen pour défendre ses installations portuaires en cas de réussite d'un débarquement allié sur Walcheren. La seule approche terrestre est le Sloedam, une longue et étroite digue-chaussée depuis le Beveland du Sud, à peine plus large qu'une route à deux voies. Rendant les choses encore plus difficiles, les eaux environnantes sont trop hautes pour les opérations à pied, mais trop basses pour un assaut par bateau.


Photographie aérienne des bombardements du 3 octobre 1944

Pour entraver la défense allemande, des brèches sont créés dans les digues de l'île par des attaques aériennes du Royal Air Force Bomber Command, le 3 octobre 1944 à Westkapelle avec beaucoup de pertes civiles, le 7 octobre 1944 à l'ouest et à l'est de Vlissingen et le 11 octobre 1944 à Veere. Ces brèches permettent d'inonder la partie centrale de l'île, obligeant les défenseurs allemands à se déplacer sur les hauteurs. Elles permettent également l'utilisation des véhicules amphibies.

L'île est attaquée depuis trois directions: par la digue-chaussée à l'est, par l'Escaut au sud et par la mer à l'ouest.

La 2e division d'infanterie canadienne attaque la digue-chaussée 31 octobre 1944. Une première attaque lancée par les Black Watch est repoussée. Les Highlanders de Calgary sont alors envoyés et sont arrêtés à mi-chemin de la digue. Une deuxième attaque menée par les Highlanders le matin du 1er novembre réussit à gagner une position précaire sur l'île. Après une journée complète de lutte, les Highlanders sont relayés par le régiment de Maisonneuve, qui lutte pour maintenir la tête de pont. Les Maisies se retirent le 2 novembre 1944 pour être relevés par un bataillon des Glasgow Highlanders de la 52e division britannique. En collaboration avec l'attaque nautique, la 52e poursuit l'avance.


Carte de la bataille

Les débarquements amphibies sont menés en deux parties le 1er novembre 1944. L'opération Infatuate I est constituée principalement d'infanterie de la 155e brigade d'infanterie britannique (4e et 5e bataillons du King's Own Scottish Borderers, 7e et 9e bataillons des Royal Écossais) et du Commando numéro 4. Ces troupes sont transportées depuis Breskens dans de petits véhicules amphibies pour un débarquement sur les plages au sud-est de Vlissingen, nom de code Uncle. Au cours des jours suivants, ils s'engageront dans de violents combats de rues contre les défenseurs allemands.

Un débarquement amphibie à Westkapelle, opération Infatuate II, est effectué le matin du 1er novembre 1944. Après un lourd bombardement naval de la Royal Navy britannique, les troupes de la 4e brigade des services spéciaux (41e, 47e et 48e Royal Marine Commando et du 10e Inter Allied Commando, composé essentiellement de Belges et de Norvégiens), appuyées par des véhicules blindés spéciaux (transports amphibies, blindés de déminage, bulldozers, etc.) de la 79e division blindée, sont débarquées des deux côtés de la brèche de la digue à l'aide de gros engins de débarquement et de véhicules amphibies permettant de débarquer les hommes et les tanks. De violents combats s'ensuivent avant que la ville en ruine ne soit capturée. Une partie des troupes se déplace vers Vlissingen, au sud-est, tandis que la force principale prend la direction du nord-est pour dégager la moitié nord de Walcheren et établir le contact avec les troupes canadiennes qui ont établi une tête de pont sur la partie orientale de l'île. Une résistance féroce est offerte par certaines des troupes allemandes défendant la zone, de sorte que les combats se poursuivent jusqu'au 7 novembre 1944.

Le 6 novembre 1944, la ville principale de l'île, Middelburg, tombe après un pari calculé de la part des Alliés, alors que le commandement allemand avait été invité à envisager de renoncer s'il faisait face à une force blindée. Middelburg étant impossible à atteindre avec des chars, une force amphibie de débarquement de véhicules à chenilles buffles est conduite jusque dans la ville, mettant un terme à toute résistance allemande le 8 novembre 1944.

Pendant ce temps, la 4e division blindée canadienne pousse vers l'est et dépasse Bergen-op-Zoom et Sint-Philipsland, où elle coule plusieurs vaisseaux allemands dans le port de Zijpe.

Les approches d'Anvers sont sécurisées et la quatrième phase de la bataille de l'Escaut est terminée. L'estuaire est ensuite nettoyé des mines marines et, le 28 novembre 1944 (après de lourdes réparations des installations portuaires), le premier convoi entre au port avec en tête, le cargo de fabrication canadienne Fort Cataraqui.

Autres contributions

Du 23 octobre 1944 au 5 novembre 1944, la 104e division d'infanterie américaine connait sa première bataille lorsqu'elle est rattachée au 1er Corps britannique, 1re armée canadienne, 21e Groupe d’armées britanniques. La 104e réussit à passer la partie centrale du Brabant-Septentrional contre la forte résistance allemande, surtout des tireurs d'élite et de l'artillerie. Ils effectueront quelques batailles de nuit, une spécialité de la 104e.

L'importance de la campagne


Soldats du Royal Regiment of Canada à Blankenberge, septembre 1944

À la fin des cinq semaines d'offensive, la 1re Armée canadienne fait 41 043 prisonniers allemands. Le premier navire arrive le 28 novembre 1944, les convois apportent un flux régulier d'approvisionnement sur le continent, ce qui permet de revitaliser une avance alliée de Paris vers le Rhin qui était dans l'impasse. Le commandement allemand sait l'importance du contrôle d'un port en eau profonde par les Alliés.


V2, quatre secondes après le décollage depuis le banc d'essai VII, été 1943.

 Pour le détruire, ou du moins perturber le flux de l'approvisionnement, les Allemands tirent sur Anvers plus de missiles balistiques V-2 que sur toute autre ville. Près de la moitié des V-2 lancés au cours de la guerre ont été tirés en direction d'Anvers. Ce port a une importance stratégique telle que pendant la bataille des Ardennes, sa reprise était toujours l'un des principaux objectifs allemands. 


01/07/2013
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Bataille de Groningue


Les troupes canadiennes en opération à Groningue.

La bataille de Groningue eut lieu pendant le dernier mois de la Seconde Guerre mondiale, du 13 au 16 avril 1945, dans la ville de Groningue entre des éléments allemands d'infanterie, de kriegsmarine et de luftwaffe et des SS néerlandais et belges d'une part et l'ensemble de la 2e Division d'infanterie canadienne d'autre part.

Date                                       lieu                              issue

13 - 16 avril 1945     Groningue, Pays-Bas     Victoire des Alliés

                   Belligerants

Canada                            Reich allemand

Résistance néerlandaise

                Commandants alliés


Albert Bruce Matthews

               Commandants ennemis


Karl Böttger

                                      Forces en présence

De 36 000 à 45 000 hommes              de 7 000 à 7 500 hommes

                                           Pertes

43 tués                                             130 tués

166 blessés                                      5 212 capturés

Le début de la libération des Pays-Bas commence en septembre 1944. Progressivement au fil des mois, l'ensemble des Pays-Bas est libéré, seules des villes reculées dans le nord du pays sont encore sous contrôle allemand. Après avoir libéré Arnhem début avril 1945, l'objectif des forces canadiennes est de capturer Groningue, constituant une véritable poche de résistance allemande.

L'objectif était d'une double importance pour les deux parties belligérantes. Pour les Allemands, le contrôle de cette ville était capital, afin de couvrir la retraite de leurs coéquipiers encore présents sur le sol néerlandais et de défendre l'Ems. Pour les Alliés (Canadiens), la prise de la ville leur permettrait de contrôler le reste des Pays-Bas, encore sous domination allemande, et de lancer une offensive en Basse-Saxe et en Schleswig-Holstein afin de soutenir la progression des troupes américaines et britanniques en Allemagne qui envahissaient à ce moment précis la Ruhr et la majorité du sud de l'Allemagne.

Déroulement de la bataille

Les forces allemandes étaient principalement déployées dans l'ancien centre-ville de Groningue, protégé par un canal. D'autres troupes étaient déployées dans le sud de la ville. La progression se fait sans véritable difficulté le 13 avril 1945. Elle se complique le lendemain lorsque les ponts surplombant le canal de Groningue furent détruits. Seul le pont d'Herebrug était resté intact, mais il était durement défendu par des mitrailleuses allemandes et il aura fallu une journée entière pour qu'elles soient éliminées.


Soldats allemands servant une MG-42 (Maschinengewehr 42)

Le 15 avril 1945, les troupes canadiennes entrent dans le centre-ville mais les Allemands montrent encore une résistance acharnée. De nombreux bâtiments durent être détruits par les chars car ils abritaient soit des mitrailleurs, soit des tireurs d'élite. La progression était également compliquée par l'interdiction faite par le commandement allié d'utiliser l'artillerie en soutien à la progression de l'infanterie, pour limiter au maximum les pertes civiles. La capture de la ville prit fin finalement le 16 avril 1945 lorsque le reste des troupes allemandes se rendent aux forces alliées, le commandant allemand ne voyant pas l'intérêt de continuer une résistance inutile.

La bataille vit la mort de 43 soldats canadiens et de 130 soldats allemands. Plus de 100 civils furent tués durant les combats et 270 bâtiments furent endommagés ou détruits. Cette bataille vit également la capture de 5 212 soldats allemands, dont 95 officiers. Le reste des troupes allemandes (environ 2 000 hommes) avaient été déjà évacuées avant la chute de la ville.


Soldat allemand prêt au combat

 L'issue de cette bataille permit donc aux Canadiens de lancer une offensive dans le Nord-Ouest de l'Allemagne, la 2e Division d'infanterie canadienne continuera sa progression en Basse-Saxe, où elle affronte des unités allemandes à Delmenhorst. Cette bataille est également considérée comme les plus massifs combats urbains qu'ait connus l'armée canadienne durant la Seconde Guerre mondiale, toutes batailles confondues.


01/07/2013
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Récipiendaires de la Croix de Victoria


Bien que des actes individuels de grande bravoure surviennent fréquemment pendant la guerre, seulement un petit nombre d'entre eux sont vus et consignés. De tels actes servent d'exemples à tous qui admirent et respectent l'auteur d'une telle hardiesse.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, seize Canadiens se sont vus décerner la Croix de Victoria qui est la décoration militaire la plus importante remise par le Commonwealth pour un acte de bravoure. Leur vaillance les distingue comme des Canadiens du plus haut rang.


Le sergent-major de compagnie John Robert Osborn The Winnipeg Grenadiers Hong Kong, le 19 déc. 1941

John Robert Osborn naît à Foulden, en Angleterre, le 2 janvier 1899. Au cours de la Première Guerre mondiale, il sert au sein de la Royal Naval Volunteer Reserve. Osborn immigre au Canada en 1920. En 1933, il s'enrôle dans les Winnipeg Grenadiers, unité de la milice active non permanente. Lorsque débute la Seconde Guerre mondiale en septembre 1939, les Grenadiers sont mis en service actif et stationnés pendant quelque temps en Jamaïque. En octobre 1941, à la demande du gouvernement britannique, le bataillon est envoyé à Hong Kong afin d’y renforcer la garnison.

Le 8 décembre 1941, des unités de l’armée japonaise s’attaquent aux positions défensives britanniques de Hong Kong. Au 18 décembre, trois régiments japonais ont débarqué sur l’île. À l’aube du 19 décembre, on ordonne à la compagnie (A) des Winnipeg Grenadiers de se rendre à Jardine’s Lookout afin d’y déloger l’ennemi, puis d’avancer sur le mont Butler et de le reprendre. Peu après l'aube, la compagnie (A), dirigée par le Sergent-major de compagnie (SMC) Osborn, mène une charge à la baïonnette et s’empare du sommet du mont Butler. Trois heures plus tard, lorsque trois compagnies de troupes japonaises contre-attaquent et forcent ses hommes à se replier en descendant la pente ouest du mont, le SMC Osborn dirige calmement le tir de protection qui tient l’ennemi à distance. En fin de compte, après que le groupe du SMC Osborn a rejoint le reste de la compagnie (A), les Japonais réussissent à encercler le groupe. Au milieu de l’après-midi, après avoir repoussé deux attaques japonaises et faisant face désormais à une pénurie de munitions et à un nombre croissant de blessés, le commandant de la compagnie, le Major A.B. Gresham, décide de se rendre et se place à découvert avec un drapeau blanc. Il est aussitôt abattu par les Japonais, qui commencent à lancer des grenades sur la position de la compagnie (A). Le SMC Osborn en ramasse plusieurs et les renvoie à l’ennemi. Toutefois, l’une des grenades atterrit dans un endroit où Osborn ne peut la récupérer à temps. Lançant un cri d’avertissement tandis qu’il pousse l’un de ses hommes sur le côté, il se jette sur la grenade, qui explose et le tue instantanément.

Lorsque le leadership et le sacrifice du SMC Osborn à cette occasion sont mis en lumière après la défaite du Japon, on lui décerne la Croix de Victoria à titre posthume.

Citation

À Hong Kong, le matin du 19 décembre 1941, une compagnie du Winnipeg Grenadiers, dont le Sergent-major de compagnie Osborn fait partie, se trouve divisée lors d'une attaque sur le mont Butler, une montagne très escarpée. Une partie de la compagnie que commande le Sergent-major de compagnie Osborn s'empare de la montagne à la pointe de la baïonnette et la garde pendant trois heures. Cette position devient rapidement intenable en raison du grand nombre de soldats ennemis et des attaques répétées sur un flanc non protégé. Le Sergent-major de compagnie Osborn et quelques-uns de ses hommes protègent la retraite de la compagnie, et lorsque vient le temps pour ces quelques hommes de retraiter à leur tour, Osborn, à lui seul, repousse l'ennemi pendant que ses hommes rejoignent la compagnie. Il doit ensuite se frayer un passage à travers les tirs de mitraillettes et, sans égard pour sa propre sécurité, il aide les retardataires à atteindre la nouvelle position de leur compagnie. Lorsque le danger menace ses hommes, il est toujours là pour les encourager.

Au cours de l'après-midi, la compagnie se trouve isolée du bataillon et complètement cernée par l'ennemi qui s'est rapproché au point de pouvoir lancer des grenades dans la petite dépression que défend la compagnie. Plusieurs grenades ennemies ainsi reçues sont ramassées par le Sergent-major de compagnie Osborn, qui les relance vers l'ennemi. Tout à coup, l'ennemi lance une grenade qui tombe dans un endroit inaccessible. Tout en criant un avertissement à ses hommes, ce courageux adjudant se jette de tout son long sur la grenade qui explose et le tue instantanément. Son sacrifice sauve certainement la vie de nombreux hommes.

Le Sergent-major de compagnie Osborn a été une inspiration pour tous au cours de cette défense à laquelle il a participé si courageusement pendant plus de huit heures et demie contre une force ennemie écrasante et, par sa mort, il fait preuve des plus hautes qualités d'héroïsme et d’abnégation.


Le lieutenant-colonel Charles Cecil Ingersoll Merritt The South Saskatchewan Regiment Dieppe, France, le 19 août 1942

Charles Cecil Ingersoll Merritt naît à Vancouver, en Colombie‑Britannique, le 10 novembre 1908. En 1929, il obtient son diplôme du Royal Military College, à Kingston, en Ontario, et s’enrôle par la suite dans la milice. Au début de la Seconde Guerre mondiale, Merritt sert en qualité d’officier dans les Seaforth Highlanders of Canada. En 1942, il devient commandant du South Saskatchewan Regiment (SSR).

Le 19 août 1942, le SSR est l’un des bataillons de la 2e Division d’infanterie canadienne qui participent au raid sur le port français de Dieppe. Le bataillon débarque sur la plage Green Beach, exactement en face de Pourville, village situé immédiatement à l’ouest de Dieppe. Afin de pouvoir atteindre leurs objectifs à l’est du village, les Canadiens sont forcés de traverser un pont sur la rivière Scie, qui coule en direction de la mer en passant par Pourville. Le pont et ses abords sont balayés par des tirs d’artillerie, de mitrailleuses et de mortiers allemands depuis les hauteurs dominant la rive est de la Scie, ce qui met un frein à la progression du SSR. À ce stade, le Lieutenant-colonel Merritt s’avance et, prenant les choses en main, traverse calmement le pont à au moins quatre reprises sous un tir déchaîné afin de mener ses hommes par petits détachements sur le côté est. Il organise et commande ensuite des assauts contre plusieurs des casemates et autres positions ennemies qui dominent le pont et le village, et réussit à les éliminer. Toute la matinée, le Lieutenant-colonel Merritt commande ses hommes avec énergie, s’exposant sans prendre garde au feu allemand. Malgré deux blessures, il organise la retraite de son bataillon des plages de Pourville et met sur pied une arrière-garde qui permet à la majorité des hommes du SSR et des Cameron Highlanders of Canada de rembarquer pour l’Angleterre. Le Lieutenant-colonel Merritt et ses hommes de l’arrière-garde ne peuvent cependant pas être ramenés et sont contraints de se rendre.

Pour le leadership et le courage exemplaires dont il a fait preuve à cette occasion, le Lieutenant-colonel Merritt se voit décerner la Croix de Victoria. Il s'éteint à Vancouver, en Colombie-Britannique, le 12 juillet 2000.

Citation

Pour sa bravoure sans égale et pour ses qualités de chef qui ont su rallier ses hommes alors qu'il commandait son bataillon lors du raid de Dieppe le 19 août 1942.

Dès le débarquement, son unité doit traverser un pont, à Pourville, qui est la cible de tirs de mitrailleuses, de mortiers et d'artillerie très nourris. Les premiers groupes sont tués en grande partie et le pont est jonché de corps. Une décision audacieuse s'impose et le Lieutenant-colonel Merritt, tout en brandissant son casque, s'avance en courant et crie : Venez! Traversez! Il n'y a rien à craindre ici.

C'est ainsi qu'il mène les survivants d'au moins quatre groupes, chacun à leur tour, de l'autre côté du pont. Après les avoir rapidement regroupés, il les fait avancer. Lorsqu’ils sont retenus par l'ennemi embusqué dans des casemates, il organise des attaques couronnées de succès. Dans un cas, il élimine lui-même les occupants d'une position à l'aide de grenades. Après que plusieurs de ses messagers sont tombés au combat, il garde personnellement contact avec ses hommes postés dans différents endroits stratégiques.

Bien que blessé lui-même à deux reprises, le Lieutenant-colonel Merritt continue de mener les opérations de son unité d'une façon vigoureuse et déterminée et, alors qu'il planifie la retraite, il traque un tireur embusqué et le tue à bout portant. Ensuite, calmement, il donne des ordres pour le départ et annonce son intention de résister aux attaques et d'obtenir sa revanche sur l'ennemi. Lorsqu'il est vu pour la dernière fois, il rassemble des mitrailleuses Bren et des mitraillettes Thompson et prépare une position défensive qui couvre avec succès la retraite de la plage.

On rapporte que le Lieutenant-colonel Merritt est maintenant prisonnier de guerre.

C’est au courage et à l'audace de ce commandant qu’il faut en grande partie attribuer le succès des opérations de son unité et du réembarquement sécuritaire d'une grande partie de ses troupes.


Le capitaine honoraire John Weir Foote Service d'aumônerie Canadien Dieppe, France, le 19 août 1942

John Weir Foote naît à Madoc, en Ontario, le 5 mai 1904. Ministre presbytérien, il s'enrôle dans le Service de l’aumônerie canadien au début de la Seconde Guerre mondiale.

Le 19 août 1942, le Capitaine honoraire Foote est attaché au Royal Hamilton Light Infantry (RHLI), l'un des bataillons de la 2e Division d’infanterie canadienne qui participent au raid contre le port de Dieppe ce jour-là. Après avoir débarqué, l’aumônier Foote aide le médecin militaire du RHLI à soigner les blessés au poste de secours régimentaire. Il quitte souvent la sécurité relative du poste et se rend à la plage où, à découvert, il prodigue les premiers soins aux nombreux blessés et leur administre des injections de morphine pour calmer leurs souffrances. Plus tard, il transporte des blessés du poste de secours régimentaire jusqu'à la péniche de débarquement qui doit servir à évacuer les survivants de la force d’intervention. L’aumônier Foote décline l’offre d’embarquer, préférant continuer à servir ceux qui sont encore là et partager leur sort de prisonniers de guerre.

À la fin de la guerre, l’aumônier Foote reçoit la Croix de Victoria pour sa conduite à Dieppe, la seule à avoir été décernée à un aumônier canadien. Il s'éteint à Hamilton, en Ontario, le 2 mai 1988.

Citation

À Dieppe, le 19 août 1942, le Capitaine honoraire Foote, du Canadian Chaplain Service (services d’aumônerie canadien), était aumônier de régiment auprès du Royal Hamilton Light Infantry.

À son débarquement sur la plage, sous un tir nourri, il rejoint le poste de secours régimentaire qui a été établi dans une petite dépression de la plage, mais qui ne suffit qu'à abriter quelques hommes en position couchée. L'action se poursuit pendant les huit heures suivantes, et cet officier ne se contente pas de seconder l'officier médical du poste de secours en donnant des soins aux blessés. À plusieurs reprises, en effet, il quitte cet abri pour faire des injections de morphine, donner les premiers soins et transporter les blessés étendus sur la plage jusqu'au poste de secours. Pendant ces déplacements, et au mépris absolu de sa propre sécurité, il s'expose à l'enfer du feu ennemi et sauve de nombreuses vies grâce à ses courageux efforts. Dans le feu de l'action, à la marée descendante, le poste de secours est déplacé à l'abri d'une péniche de débarquement échouée. Le Capitaine honoraire Foote transporte sans relâche et courageusement les blessés de la plage découverte vers la péniche de débarquement. Il en sort également des soldats blessés lorsque des obus ennemis mettent le feu à leurs munitions. Lorsqu'une péniche de débarquement fait son apparition, il y transporte les blessés du poste de secours sous des tirs très nourris.

À plusieurs occasions, cet officier a l'occasion de monter à bord, mais il retourne plutôt à la plage, sa principale préoccupation étant les soins à apporter aux blessés et leur évacuation. Il refuse une dernière chance de s'embarquer, choisissant plutôt de subir le sort des hommes dont il s'occupe depuis plus de trois ans.

Le Capitaine honoraire Foote a sauvé de nombreuses vies grâce à ses efforts, et son exemple a été une inspiration pour ses compagnons. Ceux qui l'ont observé affirment qu'ils n'oublieront jamais cet officier héroïque transportant calmement les blessés étendus sur la plage, sous une pluie de balles.


Le capitaine Frederick Thornton Peters Royal Navy Oran, Afrique du Nord, le 8 novembre 1942

Date et lieu de naissance :

Le 17 septembre 1889 Charlottetown, Île-du-Prince-Édouard, Canada

Fils de Frederick et Bertha Hamilton Peters, de Nelson (Colombie-Britannique). Son frère Gerald Hamilton Peters a servi dans le Première Guerre mondiale et il est dédédé le 3 juin, 1916. Son père fut procureur général et le premier Premier ministre libéral de cette province. Il a fait ses études à l'école St. Peter's Private School, puis poursuivi son éducation à Victoria en Colombie-Britannique avant d'être admis à l'École navale en Angleterre. Il en sortit avec le grade d'aspirant de marine et trois ans plus tard il a été promu au grade de sous-lieutenant. Durant la Première Guerre, il a été décoré de l'Ordre du Service distingué (la première fois que cette décoration était décernée à un Canadien) et de la Croix du Service distingué pour actes de bravoure. Peu de temps après avoir reçu la Croix de Victoria pendant qu'il se rendait en Angleterre, l'avion dans lequel il se trouvait s'écrasa et il fut tué. On ne connaît pas le lieu de son inhumation mais son nom apparaît sur le Naval Memorial érigé à Portsmouth en Angleterre. Décédé le 13 novembre 1942.

Âge            Force             Unité                Division               Mention élogieuse       

53 ans        Marine       Royal Navy         H.M.S. Excellent   Croix de Victoria

La citation, publiée dans le London Gazette du 14 mai 1943, se lit comme suit (traduction)

Le capitaine Peters dirigea l'attaque suicide effectuée par deux petits cotres à Oran. Le Walney et le Hartland étaient deux cotres ayant déjà appartenus aux Américains et qui furent perdus à la suite d'une attaque dans le port d'Oran lors des débarquements sur les côtes de l'Afrique du Nord. Le capitaine Peters et ses hommes furent attaqués à bout portant non seulement par les forces sur le rivage mais aussi par un contre-torpilleur et un croiseur, un fait d'armes qui fut décrit comme étant l'un des grands épisodes de l'histoire navale. Grandement endommagé et en flammes, le Walney atteignit finalement la jetée où il sombra avec son pavillon hissé. Le capitaine Peters, à moitié aveugle, fut le seul survivant des dix-sept hommes à bord du Walney. Il fut fait prisonnier mais plus tard, lors de la capture d'Oran, il fut libéré et porté à travers les rues de la ville par les citoyens qui le couvrirent de fleurs. Il mérita l'Ordre du service distingué et la Croix du Service distingué au cours de la dernière guerre.

Ordre du service distingué (George V), London Gazette, le 30 mars 1915, Croix du service distingué (George V), London Gazette, le 8 mars1918 et agrafe -London Gazette, le 11 juillet 1940. Médaille de guerre britannique, Médaille de la Victoire, Étoile de 1939-45, Étoile d'Afrique avec agrafe (Afrique du Nord 1942-1943), Médaille de 1939-1945, Distinguised Service Cross (É.-U.).


Le capitaine Paul Triquet Royal 22e Régiment Casa Berardi, Italie, le 14 déc. 1943

Paul Triquet naît à Cabano, au Québec, le 2 avril 1910. À 17 ans, il s'enrôle dans le Royal 22e Régiment. En décembre 1943, le Capitaine Triquet est commandant de compagnie au sein de son bataillon qui sert en Italie avec la 1re Division d’infanterie de l'Armée canadienne.

Le 13 décembre 1943, la 1re Division d’infanterie projette de contourner l’extrémité ouest des défenses allemandes en fonçant vers l’intérieur depuis la mer Adriatique, juste au sud de la petite ville côtière d’Ortona. En contournant la ligne ennemie, la 1re Division espère ouvrir la voie vers Ortona, son objectif, et capturer la ville. Pour garantir la réussite du plan, le Royal 22e Régiment doit progresser vers le nord-est, le long de la route vers Ortona, afin de s’emparer d’un important carrefour routier.

À 10 h 30 le matin du 14 décembre, les Compagnies (C) et (D) du Royal 22e, soutenues par les chars de l’Escadron (C) de l'Ontario Regiment, commencent à avancer des deux côtés de la route. La force a déjà rencontré et détruit deux chars allemands. Sur la gauche, à mi-chemin environ du hameau de Casa Berardi, la Compagnie (C) du Capitaine Triquet commence à rencontrer une forte résistance assurée par des mitrailleuses et de l’infanterie ennemie embusquées dans des bâtiments en ruine et sur un terrain favorable aux défenseurs, tous bénéficiant en plus du soutien de chars et de canons automoteurs. Sur la droite, la Compagnie (D) se perd et ne participe plus aux combats ce jour-là. La Compagnie (C) et les chars de l’Ontario Regiment se fraient un chemin et éliminent trois autres chars ainsi que les positions défensives allemandes. À ce moment, la compagnie ne compte plus que 50 hommes et un officier (Triquet). Malgré le manque de munitions, le Capitaine Triquet, ses hommes et les chars d'appui poursuivent leur attaque, prennent Casa Berardi tard dans l’après-midi et se rendent près du carrefour. Là, les survivants, qui ne sont plus que 15 accompagnés de 4 chars, sont arrêtés par des tirs de mortiers et se retirent dans Casa Berardi afin de se préparer aux contre-attaques. Alors que la noirceur tombe, la Compagnie (B) du Royal 22e arrive afin de prêter main-forte à Triquet. Aux premières heures du 15 décembre, les deux dernières compagnies du bataillon ont atteint Casa Berardi. Le flanc ouest de la ligne allemande a été renversé. Pour son courageux leadership et sa détermination qui ont permis de prendre et de conserver Casa Berardi, le Capitaine Triquet se voit décerner la Croix de Victoria. Le Capitaine Triquet s’éteint à Québec, au Québec, le 4 août 1980.

Citation

Pour ses qualités de chef et son exemple remarquable.

La prise du carrefour clé sur la principale voie Ortona-Orsogna repose entièrement sur celle du hameau de Casa Berardi. Or, les Allemands ont transformé cet endroit et un ravin situé en face en des centres de résistance extrêmement bien défendus par l'infanterie et les chars d'assaut.

Le 14 décembre 1943, la compagnie du Royal 22e Régiment du Capitaine Triquet, appuyée par un escadron de régiment blindé canadien, se voit confier la tâche de traverser le ravin et de prendre Casa Berardi. Des difficultés se présentent dès le départ. Le ravin est fort bien gardé et en s'en approchant, la compagnie est attaquée par des rafales de mitrailleuses et de mortiers. Tous les officiers et la moitié des soldats de la compagnie sont tués ou blessés. Faisant preuve d'un superbe mépris envers l'ennemi, le Capitaine Triquet s'affaire à regrouper les survivants et à les encourager en leur disant: Ne vous occupez pas d'eux; ils ne savent pas tirer. Enfin, lorsqu'il constate l'infiltration de l'ennemi de tous les côtés, il crie: Il y a des ennemis devant nous, derrière nous et sur nos flancs. Il ne reste qu'une place sans danger, soit vers l'objectif. Il se précipite en avant et, avec ses hommes derrière lui, il vient à bout de la résistance de l'ennemi. Au cours de cet assaut, quatre chars sont détruits et plusieurs positions ennemies de mitrailleuses sont réduites au silence.

Luttant contre une défense acharnée et sous un tir nourri, le Capitaine Triquet et sa compagnie, en étroite collaboration avec les chars d'assaut, se frayent un passage jusqu'à ce qu'ils atteignent une position à la lisière de Casa Berardi. À ce stade, l’effectif de la compagnie est réduit à 2 sergents et à 15 soldats. En prévision d'une contre-attaque, le Capitaine Triquet se met rapidement à former, avec sa poignée d'hommes, un périmètre défensif autour des chars d'assaut qui restent, puis fait circuler le mot d'ordre : Ils ne passeront pas.

Les Allemands mènent presque immédiatement une contre-attaque appuyée par des chars d'assaut. Ignorant le feu nourri, le Capitaine Triquet est partout à la fois, encourageant ses hommes, dirigeant les opérations et, utilisant tout ce qui lui tombe sous la main, il abat plusieurs soldats ennemis. Cette attaque et les suivantes sont repoussées et se soldent par de lourdes pertes. Contre toute attente, le Capitaine Triquet et son petit groupe tiennent bon jusqu'à ce que le reste du bataillon s'empare de Casa Berardi et leur vienne en aide le lendemain.

Tout au long de cet affrontement, le Capitaine Triquet a fait preuve d'un courage et d'un entrain hors du commun, sous un tir nourri. Partout où la situation est la plus précaire, on peut l'observer en train de lancer des cris d'encouragement à ses hommes et d'organiser la défense. Son mépris absolu du danger, son entrain et son sens du devoir inlassable sont une source d'inspiration intarissable pour ses hommes. Ses talents tactiques et ses qualités de chef leur ont permis, quoique réduits à une simple poignée en raison des pertes, de poursuivre leur marche contre une résistance farouche et de conserver leur avance en dépit de contre-attaques résolues. On lui doit donc la prise de Casa Berardi et l'ouverture de la voie pour l'attaque du carrefour vital.


Le major Charles Ferguson Hoey 1er bataillon, The Lincolnshire Regiment Maungdaw, Birmanie, le 16 février 1944

Date et lieu de naissance :

Le 29 mars 1914 Duncan, Vancouver Island, Columbie-Britannique, Canada

Fils de Ferguson et Mary Rudyard Hoey de Duncan, l'Ile de Vancouver, (Colombie-Britannique). Il étudia aux écoles primaire et secondaire de Duncan. En avril 1933 il partit vers l'Angleterre avec l'intention de faire carrière dans l'armée. Il s'engagea dans le West Kent Regiment, et ayant obtenu une bourse, il entra au Royal Military College à Sandhurst en septembre 1935. Diplômé de Sandhurst en décembre 1936, et après une brève visite à Duncan, il s'engagea dans le 2e bataillon du Lincolnshire Regiment maintenant rebaptisé le Royal Lincolnshires à la suite de la bataille de Birmanie. Il fut transféré au 1er bataillon du Lincolnshire qui était alors aux Indes où il se rendit en septembre 1937. Il partit pour la Birmanie avec le 1er bataillon en 1942 et y demeura jusqu'à sa mort en février 1944. En juillet 1943, on lui décerna la Croix militaire pour sa bravoure à Maungdaw au cours d'un raid sur une position japonaise. Il reçut la Croix de Victoria à la suite des événements décrits dans la citation. Le major Hoey est inhumé au cimetière de Taukkyan à Rangoon, Birmanie. Sa Croix de Victoria est exposée dans la caserne Sabraon, à Lincoln, en Angleterre. Décédé le 17 février 1944.

Matricule   Âge   Force          Unité                             Division

71106         29     Armée        Lincolnshire Regiment    1st Bn

Mention élogieuse :

Croix de Victoria: Extrait de la London Gazette (16 mai 1944) (traduction) :

Le 16 février 1944, la compagnie du major Hoey faisait partie d'une unité en Birmanie ayant pour mission de capturer un poste stratégique à tout prix. Après avoir marché toute la nuit à travers un territoire occupé par l'ennemi, les hommes arrivèrent aux positions ennemies où ils furent accueillis par un feu nourri de mitrailleuses. Dans ces conditions, le major Hoey mena personnellement ses hommes jusqu'au coeur du poste à capturer. Quoique blessé au moins à deux reprises à la jambe et à la tête, il saisit une mitraillette Bren des mains de l'un de ses hommes et continua de tirer tout en menant sa compagnie à son but. Même avec de telles blessures, les membres de la compagnie avaient peine à le suivre; le major Hoey fut le premier à arriver au poste où il tua tous les occupants avant d'être mortellement blessé lui-même. La bravoure extraordinaire et les qualités de chef du major Hoey, ainsi que sa détermination et son manque total de souci pour sa propre sécurité, ont permis la capture de ce poste vital. On lui décerna la Croix militaire à titre posthume (juillet 1943, Maungdaw), l’Étoile de 1939-1945, l’Étoile de Birmanie et la Médaille 1939-1945.


Le major John Keefer Mahony The Westminster Regiment (mortorisé) Rivière Melfa, Italie, le 24 mai 1944

John Keefer Mahony naît à New Westminster, en Colombie-Britannique le 30 juin 1911. Avant la Seconde Guerre mondiale, il est officier de milice dans le Westminster Regiment et y demeure quand le régiment devient mobilisé outre-mer.

Le 24 mai 1944, en Italie, le Major Mahony fait franchir la rivière Melfa à sa compagnie, sous un intense tir d’artillerie. Sa mission est d’établir une solide tête de pont sur le côté ouest de la rivière et fait partie des opérations menées par le 1er Corps canadien visant à briser la ligne Adolf Hitler. Bien que menacée par une force nettement supérieure, la compagnie du Major Mahony réussit à tenir la tête de pont durant cinq heures sous un feu continu, jusqu’à l’arrivée des renforts. Lors de deux contre-attaques allemandes, ses hommes détruisent trois canons automoteurs et un char – fait d’armes remarquable si l’on considère qu’ils n’ont pas de canons antichars. Malgré trois blessures, le Major Mahony est une constante source d’inspiration et de détermination et, sans relâche, il organise la défense, visite ses hommes dans leurs positions et dirige personnellement le tir des armes antichars légères disponibles. Pour le leadership et le courage exemplaires dont il a fait preuve à cette occasion, le Major Mahony se voit décerner la Croix de Victoria. Le Major Mahony s'éteint à London, en Ontario, le 16 décembre 1990.

Citation

Le 24 mai 1944, la compagnie (A) du Westminster Regiment (Motor), sous le commandement du Major Mahony, reçoit l'ordre d'établir la première tête de pont sur la rivière Melfa.

L'ennemi détient encore de solides forces composées de chars d'assaut, de canons automoteurs et de troupes d’infanterie occupant des positions défensives à l'est de la rivière. Malgré cette situation, le Major Mahony dirige personnellement sa compagnie vers la rivière et la traverse en demeurant avec la section de tête. Bien que la traversée se fasse entièrement à découvert et sous un tir nourri de mitrailleuses des postes ennemis situés sur les fronts droit, arrière et gauche, il dirige chaque section vers la bonne position sur la rive ouest avec un sang-froid et une confiance inébranlables. Une fois la traversée terminée, une petite tête de pont est établie à un endroit où il n'est possible de creuser que des trous pour armes peu profonds. La compagnie résiste au tir et aux attaques de l'ennemi de 15 h 30 à 20 h 30, soit jusqu’à ce que les autres compagnies munies d'armes de soutien réussissent à traverser la rivière pour lui venir en aide.

La tête de pont est entourée sur trois côtés par un canon automoteur de 88 mm, situé à 450 verges à droite, une batterie de quatre canons anti-aériens de 2 cm, à 100 verges à gauche, un Spandau à 100 verges de cette dernière et, à gauche du Spandau, un deuxième canon automoteur de 88 mm et environ une compagnie d'infanterie armée de mortiers et de mitrailleuses à gauche du canon de 88 mm. La compagnie du Major Mahony est constamment la cible de toutes ces armes jusqu'à ce qu'elle arrive à éliminer le matériel automoteur et l'infanterie sur le flanc gauche.

Peu après l'établissement de la tête de pont, l'ennemi contre-attaque avec l'infanterie appuyée par des chars et des canons automoteurs. Cette contre-attaque est renversée par la compagnie à l'aide de ses lance-bombes antichar d'infanterie (PIAT), ses mortiers de 2 po et ses grenades, grâce à l'adresse avec laquelle le Major Mahony a disposé ses positions de défense. Avec une intrépidité absolue et au mépris de sa propre sécurité, le Major Mahony dirige le tir de ses PIAT pendant toute cette intervention, en encourageant et en conseillant ses hommes. À ce stade, la compagnie ne compte plus que 60 hommes et tous les officiers du peloton, à une exception près, ont été blessés. À peine une heure plus tard, les chars d'assaut ennemis se regroupent à quelque 500 verges de la tête de pont et lancent une seconde contre-attaque avec environ une compagnie d’infanterie. Le Major Mahony, déterminé à conserver cette position à tout prix, se promène d’une section à l'autre, prodiguant des mots d’encouragement et dirigeant personnellement le tir des mortiers et d'autres armes.

À un moment donné, une section est arrêtée en pleine campagne par un tir de mitrailleuse précis et intense. Le Major Mahony rampe jusqu'à sa position et, en lançant des grenades fumigènes, réussit à tirer la section de ce mauvais pas avec une seule perte de vie. Cette contre-attaque est enfin repoussée grâce à la destruction de trois canons automoteurs ennemis et d'un char Panther.

Au début du combat, le Major Mahony a été blessé à la tête et à deux reprises à la jambe, mais il refuse tout secours médical et continue de diriger la défense de la tête de pont en dépit des douleurs intenses que provoque le moindre mouvement. Ce n'est qu'après que le reste des compagnies du régiment a traversé la rivière pour lui venir en aide qu'il accepte de faire panser ses blessures, refusant cependant d'être évacué pour demeurer avec sa compagnie.

L'établissement et le maintien d'une tête de pont sont essentiels à l'ensemble du combat du Corps canadien et un échec à ce chapitre se traduirait par une nouvelle attaque entraînant probablement de lourdes pertes de vie, de matériel et de temps, en plus de donner à l'ennemi un moment de répit qui pourrait freiner l'élan de l'avance du Corps.

Conscient de ce fait, le Major Mahony ne laisse jamais l'idée d'un échec ou d'un repli envahir son esprit et insuffle sa fougue et sa détermination à tous ses hommes. Au premier signe d'hésitation, il s'empresse d'encourager par l'exemple les soldats qui subissent la tension du combat. L'ennemi s'aperçoit que cet officier est l'âme de la défense et, par conséquent, il est la cible de toutes leurs armes, des fusils au canon de 88 mm. Le Major Mahony les ignore totalement et, faisant preuve d'un courage remarquable et au mépris du danger qu'il court, il commande sa compagnie avec une confiance, une énergie et une adresse telles que tous les efforts de l'ennemi visant à détruire la tête de pont sont vains.

Le courage remarquable dont le Major Mahony a fait preuve dans ce combat demeurera à jamais une inspiration pour son Régiment et pour l'Armée canadienne.


Le sous-lieutenant d'aviation Andrew Charles Mynarksi Aviation royale du Canada France, le 12 juin 1944

Andrew Charles Mynarski naît à Winnipeg, au Manitoba, le 14 octobre 1916. Il s'enrôle dans l’Aviation royale du Canada (ARC) en 1941.

Dans la nuit du 12 au 13 juin 1944, le Sous-lieutenant d’aviation Mynarski est mitrailleur dorsal à bord d’un bombardier Avro Lancaster du 419e Escadron de l’ARC durant une attaque contre la gare ferroviaire de marchandises à Cambrai, en France. L’avion est attaqué par un chasseur de nuit allemand, les deux moteurs gauches tombent en panne, et un incendie éclate entre les tourelles dorsales et arrière ainsi que dans le réservoir d’essence de l’aile gauche. L’incendie prend bientôt une telle ampleur que le pilote ordonne d’abandonner l’appareil. Alors que Mynarski quitte sa tourelle et se déplace vers la trappe d’évacuation, il s’aperçoit que le mitrailleur arrière, le Lieutenant d’aviation G. P. Brophy, est incapable de sortir de sa tourelle, qui ne peut être déplacée en raison d’une panne des circuits hydraulique et manuel. Le Sous-lieutenant d'aviation Mynarski se dirige immédiatement vers l’arrière, au milieu des flammes, afin de libérer Brophy. Son parachute et ses pantalons maintenant en feu, Mynarski s’efforce sans succès de déplacer la tourelle et de libérer Brophy. À ce moment-là, le Lieutenant d'aviation Brophy indique clairement qu’il n’y a plus rien à faire et que Mynarski doit tenter de se sauver. À regret, le Sous-lieutenant d'aviation Mynarski retourne à la trappe d’évacuation au milieu des flammes et saute, son parachute et ses vêtements en feu. Après avoir touché terre, il est finalement trouvé par les Français, mais il meurt en raison de la gravité de ses brûlures.

La Croix de Victoria est décernée à titre posthume au Sous-lieutenant d’aviation Mynarski pour sa tentative courageuse et désintéressée en vue de sauver son camarade. De façon miraculeuse, le Lieutenant d’aviation Brophy survit à l’écrasement du Lancaster en détresse et, grâce à la Résistance française, il est de retour en Angleterre en septembre.

Citation.

Le Sous-lieutenant d'aviation Mynarski est mitrailleur dorsal à bord d'un appareil Lancaster qui doit attaquer une cible à Cambrai (France), la nuit du 12 juin 1944. L'appareil est attaqué par-dessous et par l'arrière par un avion ennemi, et il finit par s'écraser en flammes.

Immédiatement après cette attaque, les deux moteurs de gauche s'arrêtent. Un incendie se déclare entre la tourelle centre-supérieure et la tourelle arrière de même que dans l'aile gauche. Les flammes s'intensifient et le capitaine ordonne à l'équipage d'abandonner l'appareil.

Le Sous-lieutenant Mynarski quitte sa tourelle et se dirige vers la trappe d'évacuation. Il constate alors que le mitrailleur arrière est toujours dans sa tourelle et semble incapable d'en sortir. En fait, la tourelle est immobilisée, étant donné que l'équipement hydraulique est devenu hors d'usage depuis l'arrêt des moteurs de gauche et que le mitrailleur a brisé l'équipement manuel en tentant de s'échapper.

Sans hésitation, le Sous-lieutenant Mynarski traverse les flammes pour tenter d'atteindre la tourelle arrière et de dégager le mitrailleur. Ce faisant, son parachute et ses vêtements, jusqu'à la taille, prennent feu. Tous ses efforts pour dégager son compagnon demeurent vains. Celui-ci lui indique clairement qu'il ne peut rien faire de plus et qu'il doit essayer de sauver sa propre vie. Le Sous-lieutenant Mynarski retourne à regret à travers les flammes vers la trappe d'évacuation. Il se retourne alors vers le mitrailleur emprisonner et, dans un dernier geste, se met au garde-à-vous dans ses vêtements en flammes et le salue avant de sauter de l'appareil. Sa descente est aperçue par des Français qui se trouvent au sol. Son parachute et ses vêtements sont en feu. Les Français finissent par le trouver, mais ses brûlures sont si graves qu'il n'y survit pas.

Le mitrailleur arrière s'en sort par miracle lorsque l'appareil s'écrase. Il affirme plus tard que si le Sous-lieutenant Mynarski n'avait pas tenté de lui sauver la vie, il aurait pu quitter l'avion en toute sécurité et certainement échapper à la mort.

Le Sous-lieutenant Mynarski devait être tout à fait conscient qu'en essayant de libérer le mitrailleur arrière, il était presque sûr d'y laisser sa propre vie. Il s’est tout de même porté au secours de son compagnon avec un courage remarquable et au mépris de sa propre sécurité. Acceptant volontairement le danger, il perd la vie en raison d'un acte d'héroïsme insigne exigeant un courage peu commun.


Le capitaine d'aviation David Ernest Hornell Aviation royale due Canada Patrouille maritime, Mer du Nord, le 25 juin 1944

David Ernest Hornell naît à Toronto, en Ontario, le 26 janvier 1910. En 1941, il s’enrôle dans l’Aviation royale du Canada (ARC), devient pilote puis obtient sa commission d'officier en 1942. À l’époque de l’opération pour laquelle il a mérité la Croix de Victoria à titre posthume, le Capitaine d’aviation Hornell pilote, en tant que commandant de bord, des avions amphibies Consolidated Canso pour l’Escadron de bombardiers de reconnaissance no 162 de l’ARC, à la station Wick de la Royal Air Force (RAF), dans le Nord de l’Écosse.

À la fin de la journée du 24 juin 1944, le Canso de Hornell termine sa patrouille de 12 heures au-dessus de l’Atlantique Nord lorsque le sous-marin allemand U-1225 est aperçu en surface à environ 120 milles au nord des îles Shetland. Au moment où l’avion exécute son vol d’attaque, un feu antiaérien intense et précis en provenance du sous-marin endommage le moteur droit et cause un incendie sur l’aile droite. Avec beaucoup de détermination et d’habilité, le Capitaine d'aviation Hornell maintient la trajectoire de vol du Canso malgré les vibrations, largue ses quatre bombes de profondeur sur la cible et coule le sous-marin. Peu après, le moteur droit se détache de l’aile et force Hornel à abandonner l’avion, tout en flammes, dans une mer agitée. Pendant plusieurs heures, disposant d’un seul canot pneumatique en bon état, les huit membres d’équipage, immergés dans l’eau glacée, s’y accrochent à tour de rôle. Même si le canot pneumatique est repéré par un hydravion à coque Consolidated Catalina appartenant au No. 333 (Norwegian) Squadron de la RAF cinq heures après que Hornell a abandonné son avion, les tentatives de sauvetage échouent durant les 16 heures qui suivent en raison de la mer démontée et du mauvais fonctionnement du matériel. Deux membres d’équipage meurent finalement de froid. À un certain moment, les hommes du Capitaine d’aviation Hornell doivent retenir celui-ci, lorsque, au bout de ses forces et sur le point de devenir aveugle, il propose de nager jusqu’à un canot qui a été lâché des airs. Finalement, au bout de 21 heures, une vedette de sauvetage arrive pour recueillir les survivants, mais toutes les tentatives pour réanimer le Capitaine d'aviation Hornell échouent; il est mort de froid.

Le Capitaine d’aviation Hornell est le premier membre de l’ARC à avoir été décoré de la Croix de Victoria.

Citation

Le Capitaine d'aviation Hornell était capitaine et premier pilote d'un avion amphibie bimoteur faisant partie d'une patrouille anti-sous-marine dans les eaux nordiques. La patrouille se poursuit depuis quelques heures lorsqu'il aperçoit, à la surface de l'eau, un sous-marin allemand filant à toute vitesse par le travers bâbord. Le Capitaine Hornell se prépare immédiatement à l'attaque.

Le sous-marin modifie sa course. Il a aperçu l'avion et il ne peut être surpris. Le sous-marin attaque avec un tir anti-aérien qui devient de plus en plus intense et précis.

À une distance de 1 200 verges, les canons avant de l'appareil répliquent, puis les canons de droite bloquent, n'en laissant qu'un seul en fonctionnement. La tour de commandement du sous-marin et la surface environnante sont touchées, mais l'avion subit également des dommages, dont deux trous béants à l'aile droite.

Ignorant le tir de l'ennemi, le Capitaine d'aviation Hornell se prépare soigneusement à l'attaque. De l'huile s'échappe de son moteur droit, qui a déjà pris feu, tout comme l'aile droite; les réservoirs sont menacés. Pendant ce temps, l'appareil est touché à plusieurs reprises par les canons du sous-marin. Transpercé en de nombreux endroits, il vibre violemment et devient difficile à maîtriser.

Néanmoins, le capitaine décide de donner l'attaque, sachant que chaque minute qui passe réduit les chances que son courageux équipage et lui ont de s’échapper. Il fait donc descendre son appareil à très basse altitude et lance ses grenades sous-marines en encadrant parfaitement son objectif. La proue du sous-marin est propulsée hors de l'eau avant de sombrer. On aperçoit alors des membres d'équipage à la mer.

Déployant des efforts surhumains, le Capitaine d'aviation Hornell trouve le moyen de prendre un peu d'altitude. L'incendie de l'aile droite s'est intensifié, et la vibration s'est accentuée. Puis, le moteur en feu se détache. La situation de l'appareil et de son équipage est dorénavant désespérée. Avec le plus grand sang-froid, le capitaine reprend l'appareil et, malgré les nombreux dangers, le descend en toute sécurité sur la forte houle. Lourdement endommagé et en flammes, l'appareil s'immobilise rapidement.

Les avaries attribuables au feu sont suivies de celles occasionnées par l'eau. L'appareil ne compte qu'un seul canot pneumatique utilisable et il est impossible d'y faire monter tous les membres d'équipage. Ils s'accrochent donc aux bords de l'embarcation, à tour de rôle. Lorsque le canot chavire dans les eaux houleuses et qu'il est redressé avec beaucoup de difficultés, deux membres d'équipage meurent de froid.

Un canot aéronautique leur est lancé, mais il est poussé par le vent à 500 verges d'eux. Les hommes s'efforcent en vain de l'atteindre et le Capitaine d'aviation Hornell, qui les a constamment encouragés par son entrain et son leadership inspirant, leur propose de nager jusqu'à l'embarcation, bien qu'il soit au bord de l'épuisement. Il a été difficile de l'en empêcher. Les survivants sont enfin secourus après avoir passé 21 heures dans l'eau. À ce stade, le Capitaine d'aviation Hornell a perdu la vue et il est complètement épuisé. Il meurt peu après avoir été secouru.

Le Capitaine d’aviation Hornell a accompli 60 missions opérationnelles comportant 600 heures de vol. Il connaissait bien le danger et les difficultés liés aux attaques contre les sous-marins. En donnant l'attaque malgré une féroce opposition et avec un appareil en piteux état et en stimulant et en encourageant ses camarades dans l'épreuve qui a suivi, cet homme a fait preuve d'une bravoure et d'un sens du devoir peu communs.


Le commandant d'aviation Ian Willoughby Bazalgette Royal Air Force Trossy St-Maximin, France, le 4 août 1944

Date et lieu de naissance :

Le 19 octobre 1918 Calgary, Alberta, Canada

Ian Willoughby Bazalgette est le fils de Charles Ian et Marion Edith Bunn Bazalgette. En 1923, sa famille déménagea à Toronto, en Ontario, où il fit ses études primaires à l'école Balmy Beach avant de partir pour l'Angleterre et avec ses parents qui retournaient dans leur pays natal. Il compléta ses études à Rokeby, The Downs, Wimbledon, et avec des professeurs particuliers. En septembre 1940, il fut nommé à un commandement dans la Royal Artillery et l'année suivante il fut transféré à la Réserve des Volontaires de la Royal Air Force. À l'automne de 1942, il fut affecté à l'escadrille no 115 de la Royal Air Force et en septembre 1943, il devint instructeur avant de rejoindre l'escadrille n o 635 (Pathfinder) en avril 1944 à titre de commandant d'escadrille avec le grade de commandant d'aviation. Il obtint la Distinguished Flying Cross en Italie le 9 juillet 1943. En 1949, une montagne fut nommée en son honneur dans le parc national Jasper. Le commandant d'aviation Bazalgette est inhumé dans le lot militaire du cimetière de Senantes, Oise, France, à quelques douze milles à l'ouest-nord-ouest de Beauvais. Sa Croix de Victoria est en montre au musée Hendon de la R.A.F. en Angleterre. À l'été 1990, une plaque a été dévoilée par Mme Ethel Broderick, la soeur de Ian Bazalgette, et l'immatriculation de l'aéronef de M. Bazalgette (F2-T) a été dévoilée par Chuck Godfrey, DFC, son radiotélégraphiste (Escadrille de construction verticale), et George Turner, son mécanicien naviguant. Un CF-5 des Forces armées et un Aurora de l'Escadron no 407ont participé à un défilé aérien, à Comox. Hamish Mahaddie, une véritable légende de l'AR qui permis à Ian de se joindre aux Éclaireurs, et Larry Melling, DFC, un pilote qui vola avec Baz au sein de l'Escadron no 635, étaient des conférenciers d'honneur au banquet. Le maître de cérémonie était Duke Warren, DFC.

 Matricule   Âge            Force                     Unité              Division

 118131       25     Aviation militaire         Royal Air Force   635 Squadrom

                                                                   Volunteer Reserve  

Mention élogieuse :

Croix de Victoria Extrait du The London Gazette, le 17 août 1945 Le 4 août 1944, le commandant d'aviation Bazalgette était bombardier-en-chef d'une escadrille d'éclaireurs (Pathfinder) qui avait pour mission de marquer une cible importante à Trossy St-Maximin pour l'escadrille de bombardiers qui suivit. Alors qu'il s'approchait de la cible, son Lancaster fut attaqué par une volée de tir anti-aérien. Les deux moteurs droits furent complètement détruits et des incendies éclatèrent dans le fuselage de l'avion. Le viseur de lance-bombes fut gravement blessé. Comme le sous-chef bombardier avait déjà été abattu, le succès de l'opération reposait maintenant sur le chef d'escadrille Bazalgette qui évalua la situation. En dépit de la condition pitoyable de son avion, il continua vers la cible et la marqua avec précision. C’est grâce à son effort magnifique que l'attaque fut un succèès. Immédiatement après le lancement des bombes, le Lancaster piqua presque hors de contrôle. C'est avec beaucoup d'efforts et d'expérience que le chef d'escadrille Bazalgette put reprendre contrôle de son avion, mais le moteur gauche tomba en panne et tout le côté droit de l'avion prit feu. Le commandant d'aviation Bazalgette lutta bravement pour sauver son avion et son équipage. Un mitrailleur fut incommodé par les émanations. Le commandant d'aviation Bazalgette ordonna à ceux de son équipage qui le pouvaient de sauter en parachutes. Il resta alors aux commandes et tenta de poser l'avion en flammes dans un dernier effort pour sauver la vie du viseur de bombes et du mitrailleur. Avec une maîtrise incroyable et ayant pris soin d'éviter un petit village avoisinant, il se posa sans incident. Malheureusement, quelques instants plus tard, l'avion explosa et ce brave officier ainsi que ses deux camarades périrent. Son sacrifice héroïque fut le point culminant d'une longue bataille contre l'ennemi. Croix de services distinguées, decernée le 1 juillet 1943 London.


Le major David Vivian Currie The South Alberta Regiment (29e régiment d'automitrailleuses) Saint-Lambert-sur-Dives, France du 18 au20 août 1944

David Vivian Currie naît à Sutherland, en Saskatchewan, le 8 juillet 1912. Avant la Seconde Guerre mondiale, il est membre d’une unité de la milice basée à Moose Jaw, en Saskatchewan. Durant la campagne en France qui suit le débarquement de Normandie, le 6 juin 1944, le Major Currie sert dans le 29e Régiment de reconnaissance blindé (The South Alberta Regiment).

Le Major Currie a obtenu la Croix de Victoria pour les faits d'armes accomplis le 18 août 1944 en vue de capturer et de tenir le village de Saint-Lambert-sur-Dives, durant la bataille visant à bloquer la voie d’évasion d'importantes forces allemandes isolées dans la poche de Falaise. À la tête d’une petite formation composée de chars, de soldats d’infanterie et de canons antichars, mais sans l’appui de l’artillerie de campagne, il organise une attaque du village et réussit à s’emparer d’une position située à mi-chemin à l’intérieur de l’agglomération et à la renforcer. Pendant 36 heures, les hommes du Major Currie contrecarrent à plusieurs reprises les tentatives de l’infanterie et des chars allemands pour se frayer un passage dans le village en contre-attaquant les Canadiens. Finalement, le Major Currie et ses hommes reprennent l’attaque et chassent l’ennemi de Saint-Lambert-sur-Dives, confirmant ainsi la prise du village. Les hommes du Major Currie causent la perte de 800 soldats allemands et font 2 100 prisonniers. Le Major Currie s'éteint à Ottawa, en Ontario, le 24 juin 1986.

Citation

En Normandie, le 18 août 1944, le Major Currie commande une petite force mixte, composée de chars d'assaut, de canons antichars automoteurs et de troupes d'infanterie, à qui on a ordonné de couper une des principales voies d'évasion de la poche de Falaise.

Cette force est retenue par une solide résistance ennemie dans le village de Saint-Lambert-sur-Dives, et deux de ses chars sont démolis par des canons de 88 mm. À la tombée du jour, seul et à pied, le Major Currie entre immédiatement dans le village en passant par les avant-postes ennemis, pour faire une reconnaissance des défenses allemandes et dégager les équipages des chars en détresse. Il réussit l'opération malgré un lourd tir de mortier.

Tôt le lendemain matin, sans avoir effectué auparavant un bombardement d'artillerie, le Major Currie dirige personnellement une attaque sur le village malgré une opposition féroce menée par les chars, les canons et l'infanterie des forces ennemies. À midi, il a réussi à saisir et à consolider une position à mi-chemin à l'intérieur du village.

Au cours des 36 heures qui suivent, les Allemands contre-attaquent la force canadienne à maintes reprises, mais le Major Currie a si habilement organisé sa position défensive que ces attaques sont repoussées, occasionnant de graves pertes chez l'ennemi, après de violents combats.

Le 20 août, au crépuscule, les Allemands tentent un assaut final contre les positions canadiennes, mais la troupe assaillante est mise en déroute avant même de pouvoir être déployée. Sept chars ennemis, 12 canons de 88 mm et 40 véhicules sont détruits, 300 Allemands sont tués, 500 blessés et 2 100 faits prisonniers. Ensuite, le Major Currie ordonne rapidement une attaque et achève la capture du village, obstruant ainsi la voie d'évasion Chambois-Trun aux forces restantes des deux armées allemandes isolées dans la poche de Falaise.

Pendant toutes ces journées et ces nuits de combat féroce, le courage et le mépris du danger dont le Major Currie fait preuve servent d'exemple magnifique à tous les hommes de la troupe qu'il commande.

À une occasion, il dirige personnellement le feu de son char de commandement sur un char Tiger qui harcèle sa position et il réussit à le démolir. Au cours d'une autre attaque, pendant que les canons de son char de commandement s'attaquent à d'autres cibles plus éloignées, il se sert d'une carabine pour se débarrasser de tireurs isolés qui ont réussi à s'approcher à moins de 50 verges de son quartier général. La seule fois où des renforts parviennent à se rendre jusqu'à ses forces, c’est lui qui fait avancer les 40 hommes vers leurs positions et leur explique l'importance de leur tâche dans le cadre de la défense. Lorsque, pendant l'attaque suivante, ces nouveaux renforts reculent sous le feu nourri de l'ennemi, il les regroupe lui-même et les met de nouveau en position où, inspirés par ses qualités de chef, ils résistent jusqu'à la fin de la bataille. Sa façon d'employer l'artillerie, qui devient disponible après le début de son attaque originale, est typique de son calme calcul des risques dans n'importe quelle situation. À un moment donné, malgré le fait que des cartouches courtes tombent à moins de 15 verges de son propre char, il ordonne à l'artillerie moyenne de continuer à faire feu en raison de son effet dévastateur sur l'ennemi dans sa zone immédiate.

Durant toutes les opérations, les troupes du Major Currie subissent un grand nombre de pertes de vies humaines. Cependant, il n'envisage jamais la possibilité d'échouer et ne permet jamais qu'elle effleure ses hommes. D'après l'un de ses sous-officiers, nous étions conscients qu'il s'agissait d'une lutte à finir, mais le major était si calme devant la situation qu'il nous était impossible de nous énerver. Tous les officiers sous son commandement étant morts ou blessés au combat, le Major Currie n'a pratiquement aucun répit et ne réussit, en fait, à prendre qu'une heure de sommeil durant toute cette période. Néanmoins, il ne laisse jamais paraître sa fatigue à ses troupes et il saisit toutes les occasions possibles de se rendre aux fosses à armes et aux autres positions défensives pour s'entretenir avec ses hommes, les conseiller sur la meilleure façon d'utiliser leurs armes et les encourager. Lorsque ses troupes obtiennent enfin du secours et qu'il est satisfait de sa mission, il s'endort debout, puis tombe d'épuisement.

Il ne fait aucun doute que la réussite de cette attaque et de la résistance contre l'ennemi, à Saint-Lambert-sur-Dives, peut largement être attribuée au sang-froid de cet officier, à ses grandes qualités de chef et à sa façon d'utiliser habilement le peu d’armes dont il disposait.

Le courage et le sens du devoir dont le Major Currie a fait preuve durant une longue période de combat intense ont été exceptionnels et ils ont eu un effet d'une grande portée sur la réussite de la bataille.

Le soldat Ernest Alvia Smith The Seaforth Highlanders of Canada Rivière Savio, Italie, les 21-22 oct. 1944

Ernest Alvia Smokey Smith naît à New Westminster, en Colombie-Britannique, le 3 mai 1914. Il est le seul soldat à avoir mérité la Croix de Victoria lors de la Seconde Guerre mondiale. Il accomplit le fait d'armes qui lui vaut cette décoration, à Savio, en Italie, les 21 et 22 octobre 1944. Alors qu’une compagnie avancée des Seaforths Highlanders tente de consolider la tête de pont du côté allemand du fleuve Savio, elle est soudainement contre-attaquée par trois chars allemands, deux canons automoteurs et environ trente fantassins. Malgré un feu nourri, le Soldat Smith conduit son détachement PIAT (lance-bombes anti-chars) à découvert vers une position défensive appropriée. Ses hommes se trouvent alors face à face avec l’un des chars allemands, qui s’avance sur le chemin en crachant un feu de mitrailleuses intense. Le Soldat Smith tient sa position et, à une distance de 10 mètres, il tire avec le PIAT et met le char hors de combat. Le détachement s’engage alors sur la route en faisant feu avec des mitraillettes Thompson et force l’ennemi à battre en retraite en désordre.

Le Soldat Smith s’éteint à Vancouver, en Colombie-Britannique, le 3 août 2005

Citation

En Italie, dans la nuit du 21 au 22 octobre 1944, une brigade d'infanterie canadienne reçoit l’ordre d'ériger une tête de pont sur la rivière Savio.

Le Seaforth Highlanders of Canada est sélectionné pour servir d'avant-garde à l'attaque et, par un temps des plus défavorables à l'opération, les soldats traversent la rivière et capturent leur objectif malgré une forte opposition de la part de l'ennemi.

Des pluies torrentielles ont occasionné une crue de six pieds du niveau de la rivière, en l’espace de cinq heures. Étant donné que les rives verticales amollies rendent impossible la construction d'un pont sur la rivière, aucun char ni aucun canon antichar ne peut être transporté sur la rive opposée du cours d'eau déchaîné pour venir en aide aux compagnies de fusiliers.

Tandis que le bataillon de droite consolide son objectif, il est contre-attaqué soudainement par un groupe de trois chars Panther Mark V secondés par deux canons automoteurs et une trentaine de soldats d'infanterie; la situation semble désespérée.

Sous un tir nourri provenant des chars ennemis qui s'approchent, le Soldat Smith, faisant preuve d'un grand sens de l’initiative et de qualités de chef remarquables, fait traverser un champ à son groupe de deux hommes, vers une position lui permettant d'utiliser le mieux possible son lance‑bombe antichar d'infanterie (PIAT). Laissant un homme sur le lanceur, le Soldat Smith traverse la route avec un compagnon et obtient un autre PIAT. Presque aussitôt, un char ennemi descend la route en mitraillant la ligne des fossés. Le camarade du Soldat Smith est blessé. À une distance de 30 pieds et contraint de s'exposer complètement à l'ennemi, le Soldat Smith ouvre le feu avec son lanceur et frappe le char en l'immobilisant. Dix soldats d'infanterie allemands sortent immédiatement à l'arrière du char et le chargent avec des Schmeisser et des grenades. Sans aucune hésitation, le Soldat Smith sort de la route et, avec sa mitraillette Thompson, il tue quatre Allemands à bout portant et fait reculer les autres. Presque aussitôt, un autre char fait feu et d'autres soldats d'infanterie ennemis cernent de près la position du Soldat Smith. Récupérant des chargeurs de fusils Thompson abandonnés dans un fossé, il tient fermement sa position, protégeant son camarade et combattant les ennemis jusqu'à ce qu'ils capitulent et se dispersent en désordre.

À ce stade, un char et les deux canons automoteurs ont été détruits, mais un autre char continue à faire feu de plus loin sur la zone. Démontrant encore un mépris total à l'égard du feu ennemi, le Soldat Smith aide son camarade blessé à se mettre à l'abri et obtient du secours médical pour lui derrière un immeuble situé à proximité. Il retourne à sa position située au bord de la route au cas où surviendrait une autre attaque de l'ennemi.

Étant donné qu'aucune autre attaque n'a lieu, le bataillon peut consolider la tête de pont si essentielle à la réussite de toute l'opération, qui permet en fin de compte de capturer San Giorgio Di Cesena et de pousser l’avance vers la rivière Ronco.

Ainsi, grâce à la détermination inébranlable, au dévouement exceptionnel et au courage extraordinaire dont ce soldat a fait preuve, ses camarades ont été si inspirés que la tête de pont résiste fermement à toutes les attaques ennemies jusqu'à l'arrivée des chars et des canons antichars, quelques heures plus tard.


Le sergent Aubrey Cosens The Queen's Own Rifles of Canada Route Goch-Calcar, Allemagne, les 25-26 fév. 1945

Aubrey Cosens naît à Latchford, en Ontario, le 21 mai 1921. Durant la Seconde Guerre mondiale, il s’enrôle dans les Argyll and Sutherland Highlanders mais, au milieu de 1944, il passe aux Queen’s Own Rifles of Canada.

La Croix de Victoria a été décernée à titre posthume au Sergent Cosens pour sa bravoure et son leadership énergique lors de l’engagement de Mooshof, en Allemagne, les 25 et 26 février 1945. Avec le soutien de deux chars, le peloton du Sergent Cosens attaque deux fois les centres de résistance allemands qui sont établis dans trois bâtiments de ferme, mais il est repoussé à chaque occasion. Le peloton subit alors une violente contre-attaque durant laquelle son commandant est tué. Le Sergent Cosens prend le commandement du peloton, qui ne comprend désormais que quatre hommes et lui-même. Pendant que ces soldats assurent un tir de protection, le Sergent Cosens s’élance en terrain découvert vers le dernier char encore en état de marche et ouvre le feu sur les bâtiments de ferme. Ayant ordonné au char d’enfoncer le premier bâtiment, Cosens y pénètre seul, tue plusieurs de ses occupants et capture les autres combattants. Il attaque ensuite seul le deuxième et le troisième bâtiment, tuant ou capturant ceux qui restent. Tout de suite après la prise des centres de résistance, le Sergent Cosens est tué d'une balle à la tête par un tireur embusqué.

Citation

Aux Pays-Bas, dans la nuit du 25 au 26 février 1945, le 1er Bataillon des Queen's Own Rifles of Canada lance une attaque contre le hameau de Mooshof afin de s’emparer d’un terrain considéré comme essentiel au développement des opérations.

Aidé de deux chars d'assaut, le peloton du Sergent Cosens attaque l'ennemi qui était réfugié dans trois maisons de ferme et il est repoussé deux fois par une défense fanatique de la part de l'ennemi, qui contre-attaque ensuite. Au cours de cette contre-attaque, le commandant du peloton ainsi qu’un grand nombre de ses soldats sont tués.

Le Sergent Cosens assume immédiatement le commandement des quatre survivants de son peloton et, les ayant placés de façon à ce qu'ils le couvrent, il court à travers le champ vers le seul char d'assaut non atteint et, en dépit du tir nourri des obus et des mortiers, il se place debout devant la tourelle et dirige le feu sur l'ennemi.

Après avoir repoussé une deuxième contre-attaque, le Sergent Cosens ordonne au char d'assaut d'attaquer les maisons de ferme et demande à ses quatre hommes qui ont survécu de suivre en renfort. Dès que le char d'assaut a enfoncé la première maison, le Sergent Cosens y entre seul, tuant plusieurs des occupants et faisant les autres prisonniers.

Seul, sans aide, et malgré un feu nourri de mitrailleuses et d’armes légères, il court ensuite vers les deuxième et troisième maisons, dont il tue ou capture tous les occupants.

Presque immédiatement après cette réduction importante des bastions ennemis, un tireur embusqué tire sur le Sergent Cosens, qui est atteint d'une balle à la tête et meurt presque sur le coup.

Grâce à la bravoure extraordinaire, à l'initiative et à la détermination de cet homme courageux, qui à lui seul a tué au moins 20 hommes et en a fait autant prisonniers, il a été possible de capturer un poste essentiel au succès des opérations futures de la Brigade.


Le major Frederick Albert Tilston The Essex Scottish Regiment Hochwald, Allemagne, le 1er mars 1945

Frederick Albert Tilston naît à Toronto, en Ontario, le 11 juin 1906. Il sert avec l'Essex Scottish Regiment durant la Seconde Guerre mondiale. Avant de se voir décerner la Croix de Victoria, le Major Tilston avait déjà été blessé à deux reprises : la première fois à l’entraînement, et la deuxième fois par une mine terrestre durant les combats autour de Falaise, en France, à l’été de 1944.

Fin février, début mars 1945, la 1re Armée canadienne lutte afin d’éliminer la résistance ennemie dans la forêt de Hochwald, dernière position défensive de l’Allemagne sur la rive occidentale du Rhin. En fait, les défenses de Hochwald protègent une voie d’évasion vitale pour les forces terrestres allemandes qui cherchent à battre en retraite en traversant le fleuve. Tôt le matin du 1er mars 1945, soutenu par un tir d’artillerie et un escadron de chars du Sherbrooke Fusiliers Regiment, l'Essex Scottish Regiment attaque la partie nord de la forêt. Sur le flanc gauche de l’attaque, le Major Tilston fait franchir à la Compagnie (C) un terrain découvert de 500 mètres suivi de 3 mètres de fils barbelés pour se rendre à la première ligne de tranchées ennemies, à l’orée du bois. La progression se fait malgré un tir de mitrailleuse intense et sans l’appui des chars, en raison du terrain mou. Bien que blessé à la tête, le Major Tilston est le premier à pénétrer dans les tranchées allemandes, utilisant une grenade pour réduire au silence une mitrailleuse qui retarde la progression d’un de ses pelotons. Il continue avec sa compagnie à attaquer et à dégager la deuxième ligne des défenses ennemies et subit une deuxième blessure à la cuisse. Alors qu’ils s’emploient à occuper ce deuxième objectif, les hommes du Major Tilston renversent les positions de poste de commandement de deux compagnies de parachutistes allemands qui défendent la forêt. Cependant, avant que le reste de la Compagnie (C) ne puisse renforcer sa position, les Allemands contre-attaquent, abondamment soutenus par des tirs de mitrailleuses et de mortiers. Le Major Tilston se déplace calmement à découvert, d’un peloton à l’autre, au milieu d’un intense tir ennemi, et organise la défense. À six autres reprises, il brave le feu intense afin de transporter des munitions et des grenades qu’il obtient d’une compagnie de l’Essex à proximité et dont ses hommes ont grand besoin. Quand il est blessé plus gravement aux jambes, le Major Tilston refuse les soins médicaux jusqu’à ce qu’il ait transmis le plan de défense au seul officier qui reste et qu'il l'ait convaincu de la nécessité de tenir la position. Ce n’est qu’après s’être acquitté de ces tâches qu’il abandonne le commandement. La position est conservée. Pour le courage et le leadership exemplaires dont il a fait preuve à cette occasion, le Major Tilston mérite la Croix de Victoria.

Citation

La 2e Division canadienne s'est vu confier la tâche de défoncer la ligne de défense très fortifiée de la forêt de Hochwald. Cette ligne couvre Xanten, dernier bastion allemand situé à l'ouest du Rhin protégeant la voie d'évasion vitale du pont de Wesel.

L'Essex Scottish Regiment a reçu l'ordre de briser la ligne de défense située au nord-est d’Udem et de dégager la moitié nord de la forêt, où passera le reste de la brigade.

À 7 h 15, le 1er mars 1945, l'attaque est lancée, mais en raison du sol mou, on juge qu'il est impossible de la soutenir avec des chars comme prévu.

Franchissant quelque 500 verges de champ plat et exposé au tir intense de l'ennemi, le Major Tilston dirige personnellement sa compagnie au cours de l'attaque, restant dangereusement près de nos propres obus de manière à obtenir la protection maximale du barrage. Malgré une blessure à la tête, il continue à faire avancer ses hommes, à travers des barbelés de 10 pieds de profondeur jusque dans les tranchées ennemies en criant ses ordres et ses encouragements et en se servant très efficacement de son pistolet-mitrailleur Sten. Lorsque le peloton de gauche est assailli par un tir nourri de mitrailleuse ennemie, il se précipite lui-même pour la réduire au silence avec une grenade. Il est le premier à atteindre la position ennemie et il capture le premier prisonnier.

Résolu à maintenir l'élan de l'attaque, il ordonne au peloton de réserve d’éliminer ces positions et, avec un courage exceptionnel, il se rend avec sa force principale jusqu'à la deuxième ligne des défenses ennemies, situées à l'orée de la forêt.

En s'approchant de la forêt, il est blessé gravement à la hanche et tombe au sol en criant à ses hommes de poursuivre l'attaque sans lui et en leur ordonnant de pénétrer dans la forêt. Il réussit à se relever et à les rejoindre au moment où ils atteignent les tranchées de leur objectif. Là, un réseau complexe de tranchées et d'abris souterrains est infesté de soldats ennemis et un violent corps à corps s'ensuit. Malgré ses blessures, sa volonté inflexible de se battre contre l'ennemi est une source d'inspiration extraordinaire pour ses hommes puisqu'il les amène à vider systématiquement les tranchées des forces qui résistent férocement. Lors de ce combat, les postes de commandement de deux compagnies allemandes sont envahis et les défenseurs fanatiques subissent de nombreuses pertes de vie.

Le combat est si âpre et la résistance de l'ennemi si sauvage que la compagnie ne compte plus que 26 hommes, soit le quart de son effectif de départ. Avant que la consolidation soit terminée, l'ennemi contre-attaque à plusieurs reprises, soutenu par un tir nourri de mortiers et de mitrailleuses provenant du flanc ouvert. Le Major Tilston se déplace rapidement d'un peloton à l'autre pour organiser leur défense et diriger le tir contre l'ennemi qui s'avance. Les attaques ennemies se rapprochent tellement des positions que des grenades sont lancées dans les tranchées occupées par ses troupes. Cependant, la confiance indéfectible et l'enthousiasme intarissable du major inspirent tellement ses hommes qu'ils résistent fermement à l'assaut alors que tout les défavorise.

Lorsque les provisions de munitions viennent à manquer sérieusement, il traverse à plusieurs reprises le champ de bataille sous le feu des balles, jusqu'à la compagnie à sa droite, pour apporter des grenades, des fusils et des munitions Bren à ses hommes et remplacer un appareil radio sans fil endommagé afin de rétablir les communications avec le poste de commandement du bataillon. Il effectue au moins six fois ce dangereux trajet, traversant chaque fois une route criblée par un tir nourri provenant de nombreux postes de mitrailleuses bien situés.

Lors de son dernier voyage, il est blessé pour la troisième fois, à une jambe cette fois. Il est retrouvé dans un cratère d'obus en bordure de la route. Très gravement blessé et à peine conscient, il refuse tous les soins médicaux avant d'avoir donné toutes ses instructions relativement au plan de défense, souligné la nécessité absolue de tenir la position et ordonné à son dernier officier de prendre sa relève.

En raison de son courage exemplaire, de sa bravoure et du mépris total qu’il affiche pour sa propre sécurité, le Major Tilston commande ses hommes avec une volonté inflexible. Grâce à la grande détermination de ceux-ci, le régiment a pu accomplir sa mission consistant à fournir à la brigade une base solide pour l’aider à lancer d'autres attaques réussies en vue de dégager la forêt et d’ainsi permettre à la division d'accomplir sa mission.


Le caporal Frederick George Topham 1er bataillon canadien de parachutistes Bois de Diersfordt, Allemagne, le 24 mars 1945

Frederick George Topham naît à Toronto, en Ontario, le 10 août 1917. En mars 1945, le Caporal Topham sert en qualité de préposé aux soins dans le 1er Bataillon canadien de parachutistes. À cette époque, le Bataillon fait partie de la 3rd Parachute Brigade de la 6th Airborne Division de l’Armée britannique.

Le matin du 24 mars 1945, les troupes de parachutistes et de planeurs de la 6th Airborne Division atterrissent sur la rive orientale du Rhin, non loin de la ville de Wesel, en Allemagne. Ces atterrissages ont lieu à l'appui des opérations d'assaut commencées la nuit précédente par la 1re Armée canadienne et la 2nd British Army pour se rendre sur la rive orientale du fleuve. Après l’atterrissage du 1er Bataillon canadien de parachutistes, juste au nord du bois de Diersfordt, le Caporal Topham entend un appel à l’aide venant d’un blessé qui se trouve à découvert. Deux préposés aux soins qui tentent l’un après l’autre d’aller soigner le blessé sont tués. Immédiatement après, et de sa propre initiative, Topham avance au milieu d’un intense tir allemand afin de venir en aide au blessé. Alors qu’il le soigne, Topham est lui-même atteint au nez, mais continue à prodiguer les premiers soins malgré la douleur et le saignement de sa propre blessure. Il est alors en mesure de transporter le blessé à l’abri sous un feu continu. Le Caporal Topham refuse d’être soigné pour sa blessure et continue à aider le blessé pendant deux autres heures, jusqu’au moment où tous les combattants blessés ont été évacués en lieu sûr. Bien qu’il finisse par consentir à se faire panser le nez, il refuse d’être évacué avec les blessés. Plus tard, seul et de nouveau sous le feu ennemi, le Caporal Topham porte secours à trois soldats d’une automitrailleuse en feu qui menace d’exploser, les amène en lieu sûr et organise l’évacuation des deux survivants.

Pour son dévouement courageux et désintéressé envers ses camarades, le Caporal Topham se voit décerner la Croix de Victoria. Il s'éteint à Toronto le 3 mai 1974.

Citation

Le 24 mars 1945, le Caporal Topham, alors infirmier, est parachuté avec son bataillon dans une zone défendue avec acharnement, à l'est du Rhin. Vers 11 h, alors qu'il traite des camarades qui se sont blessés en sautant, il entend un appel à l'aide d'un blessé resté à découvert. Deux infirmiers venant d'une ambulance de campagne se rendent vers lui l'un après l'autre, mais sont tués tous les deux en s'agenouillant à ses côtés.

Sans hésitation et de son propre chef, le Caporal Topham s'avance sous un tir nourri pour aller remplacer les infirmiers qui viennent de se faire tuer sous ses yeux. Pendant qu'il prodigue des soins au blessé, il est lui-même touché. Malgré d'abondants saignements de nez et d'intenses souffrances, il poursuit sa tâche sans relâche. Après avoir prodigué les premiers soins au blessé, il le transporte graduellement et lentement à l'abri d'un bois, toujours sous les balles ennemies.

Au cours des heures qui suivent, le Caporal Topham refuse toutes les offres d'aide médicale qu'on lui propose pour sa propre blessure. Il travaille avec un dévouement extrême pendant toute cette période pour soigner les blessés au mépris total du tir nourri et précis de l'ennemi. C’est uniquement lorsque tous les blessés sont soignés qu'il consent à se faire traiter.

On ordonne son évacuation immédiate, mais il insiste avec une telle ardeur qu'il est autorisé peu après à reprendre ses fonctions.

En retournant à sa compagnie, il aperçoit un véhicule transporteur de troupes qui a reçu un coup direct. Des obus de mortiers ennemis tombent encore, le véhicule brûle intensément et ses propres munitions de mortier explosent. Un officier d'expérience qui se trouve sur place a prévenu tous les soldats de ne pas s'en approcher.

Cependant, le Caporal Topham sort seul en faisant fi des munitions qui explosent et du tir de l'ennemi et vient au secours des trois occupants. Il ramène ces hommes à découvert et, bien que l'un d'eux meure presque immédiatement par la suite, il prend les dispositions nécessaires pour faire évacuer les deux autres qui lui doivent sans aucun doute la vie.

Ce sous-officier a fait preuve d'un courage des plus remarquables. Pendant six heures d'intenses souffrances presque constantes, il a posé une série de gestes d'une bravoure exceptionnelle et son altruisme peu commun a inspiré tous ceux qui en ont été témoins.


Le lieutenant Robert Hampton Gray Réserve volontaire de la Marine royale du Canada Baie Onagawa, Honshu, Japon, le 9 août 1945

Robert Hampton Gray naît à Trail, en Colombie-Britannique, le 2 novembre 1917. S’étant enrôlé dans la Réserve des volontaires de la Marine royale canadienne en juillet 1940, il est affecté à l’aéronavale de la Royal Navy, où il reçoit une instruction de pilote de chasse et où il passe le reste de la Seconde Guerre mondiale. Le Lieutenant Gray sert en Grande-Bretagne, en Afrique orientale et, finalement, avec la flotte britannique du Pacifique. Au cours des dernières semaines de la guerre, il mène des opérations contre les îles du Japon avec la troisième flotte de la Marine américaine. Il reçoit la Croix du service distingué pour avoir coulé un destroyer japonais le 28 juillet 1945.

La Croix de Victoria a été décernée à titre posthume au Lieutenant Gray pour les exploits accomplis le 9 août 1945. Ce jour-là, il est à la tête de huit chasseurs Corsair du HMS Formidable en mission de bombardement d’un convoi ennemi à Onagawa Wan; chaque avion transporte deux bombes de 500 livres. Quand le Lieutenant Gray amorce son attaque, il fait face à un tir antiaérien nourri qui atteint son chasseur presque immédiatement. L'une des bombes est délogée, ce qui provoque un incendie. Malgré les dégâts, le Lieutenant Gray mène son attaque avec une grande détermination et atteint directement le navire d’escorte japonais Amakusa, qui coule. Au lieu d'effectuer des manœuvres d’évitement du feu ennemi, son appareil tourne alors lentement à droite, se retourne et plonge dans la baie, ce qui donne à penser que le Lieutenant Gray a peut-être été blessé durant sa ruée vers la cible. Il n’a pas survécu à la chute de son appareil.

Citation

Pour sa bravoure exceptionnelle alors qu'il dirige une attaque contre un destroyer japonais à Onagawa Wan, le 9 août 1945. En dépit du feu d'artillerie provenant des forces riveraines et d’une forte concentration de tirs provenant de quelque cinq navires de guerre, le Lieutenant Gray mène son attaque, volant à très basse altitude pour assurer le succès de sa mission, et bien qu’il soit atteint et que son avion soit en flammes, il touche sa cible au moins une fois et coule le destroyer. Le Lieutenant Gray a toujours fait preuve d’un esprit combatif et d’un leadership qui inspire. 


30/06/2013
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